Est-il plus compliqué de concrétiser son projet d’entreprise quand on est une femme ? Le quotidien des dirigeantes est-il vraiment différent de celui des hommes ? Qu’est ce l’entrepreneuriat apporte aux femmes qui osent se lancer ?

Sandra Perez est consultante en communication (Harmony Com) et freelance depuis 10 ans. Elle a accepté de partagé son ressenti sur l’entrepreneuriat au féminin.

Cette interview est réalisée à l’occasion de la semaine Entreprendre au Féminin du 10 au 17 février 2015 sur Gautier-Girard.com. 

Interview d’une femme entrepreneure

A votre avis, pourquoi les femmes hésitent encore à entreprendre ? Est-ce que cela vous semble plus difficile, au quotidien, d’être une femme entrepreneure ?

Il faut bien reconnaître que c’est plus difficile de l’avis général. Je suis freelance depuis 10 ans, en contact avec beaucoup de femmes entrepreneurs forcément, et ce sont souvent les mêmes éléments qui reviennent.

Les femmes sont plus prudentes (je parle de façon générale bien sûr) par rapport aux enfants (déjà là ou à venir). Elles investissent moins, demandent moins de prêts ou aides, et force est de constater qu’elles ont plus de mal à en obtenir aussi (ou des sommes moindres). Une femme est souvent une mère, avec une maison à gérer, etc… De ce fait, vu le temps que demande une entreprise et le peu de participation masculine dans bien de cas (les études le confirment hélas), c’est forcément plus délicat à vivre, et à “vendre” aussi face à des banquiers, partenaires…

Je relève aussi globalement un manque de confiance et une tendance à se sous-estimer (j’en parle en connaissance de cause ;o). Alors les femmes hésitent à se lancer, et voient souvent “plus petit” que les hommes. La vie privée a plus d’importance en général, donc elles ne sont pas prêtes à tout sacrifier pour leur activité. Ce qui a des effets positifs, car globalement, je trouve qu’elles gèrent mieux leur temps, sont plus responsables et savent notamment dire “stop”.

Là où beaucoup d’hommes se dispersent ou prennent du travail alors qu’ils savent très bien qu’ils sont déjà saturés et ne vont pas pouvoir suivre. Les femmes ont souvent une approche plus qualitative et personnelle avec le client.

A titre personnel, qu’est-ce qui vous a donné le déclic de l’entrepreneuriat ?

J’avais déjà le souhait d’être chef d’entreprise ou à mon compte un jour, avant même d’entrer en école de commerce ! Depuis la 3ème, les tests psychologiques faisaient toujours ressortir “chef d’entreprise” en carrière.

Donc quand j’ai eu l’expérience, les fonds, une opportunité suite à la fermeture de la structure qui m’employait, j’ai sauté sur l’occasion.

Votre entourage vous a t-il soutenue ? Est-ce qu’il est difficile de bien séparer vie privée et vie professionnelle ? De trouver assez de temps pour gérer les deux ?

J’étais seule quand j’ai créé l’entreprise donc à part le soutien moral de mes parents (et parfois un coup de pouce physique, par exemple pour mettre en place un bureau), je me suis débrouillée seule.

Mais j’ai de suite clairement mis en place les choses avec l’entourage. Un bureau bien séparé (j’ai la chance qu’il soit à l’étage, ça aide), ne pas me déranger sauf si c’est important (et surtout pas si je suis au téléphone), je ne suis pas là pour l’extérieur (je fais comme si j’étais en entreprise), etc…

Le temps est le bien le plus précieux d’un entrepreneur, il faut vite apprendre à le gérer et à dire “non”. Il est impératif de poser de suite des limites et de s’y tenir. Des horaires, manger sainement entre autres, ce qui est essentiel pour tenir sur la durée. Il faut aussi savoir se réserver des week-ends autant que possible et souffler, c’est important pour se ressourcer et rester motivée.

Quelle est votre plus grande fierté actuellement ? Ce que vous n’auriez pas imaginé être capable de réaliser quand vous avez démarré ?

Avoir co-écrit le livre “La communication commerciale en clair” aux éditions Ellipses ! C’est clairement mon plus gros défi. Si Pierre Maurin, le co-auteur, n’avait pas insisté, je ne m’en serais pas crue capable. Et je n’aurais probablement pas eu le courage de démarcher ensuite l’AFNOR pour écrire des articles.

Ce livre a été un grand révélateur pour moi, qui m’a donné davantage confiance en mes compétences. Et même si nous avons été un peu limités par les règles à respecter pour ce type d’ouvrage, j’en suis fière.

Comment voyez-vous l’avenir de votre entreprise à court et à moyen terme ?

Je m’oriente de plus en plus vers les audits de site ou social media, et la rédaction commerciale. Ma force est d’avoir un panel de compétences, j’essaye d’axer davantage là dessus car c’est ce qui est très apprécié par mes clients.

Maintenant, depuis le livre, le plaisir d’écrire (sur mon blog, etc…) fait que j’envisage aussi des choses de ce côté là, même si rien n’est fixé pour l’instant. Je suis en train de terminer un guide gratuit de plus de 80 pages qui je l’espère, portera ses fruits.

Mais le contexte est difficile dans mon secteur (comme dans beaucoup d’autres du reste), alors à moyen terme je n’ai guère de visibilité à l’heure actuelle…

Merci Sandra !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Crédit photo : Shutterstock.com
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