Bonjour Sylvie,

Vous avez créé votre entreprise dans le secteur touristique après avoir été salariée durant une vingtaine d’années.

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise ?

Je m’appelle Sylvie MAUBLANC, née il y a 50 ans (que le temps passe vite), j’ai été salariée pendant près de 20 ans à des postes toujours très prenants, aussi bien dans leur contenu que dans le temps à y consacrer.  Je suis mariée et ai la chance d’avoir deux fils extraordinaires que nous avons adoptés il y a 14 ans à MADAGASCAR. Ce sont des champions de judo tous les deux (ils ont hérité de mon esprit combatif  je crois).

En 2005, j’ai réalisé le rêve de me lancer dans une aventure extraordinaire. D’un emploi salarié, je suis passée à la gestion de chambres d’hôtes (avec table d’hôtes le soir). Après le succès des chambres d’hôtes, le ronronnement s’est un peu installé. En 2011,  j’ai donc décidé d’entreprendre l’ouverture d’un restaurant (plutôt un lieu de vie comme j’aime à le définir) en pleine campagne.

Création d’entreprise : chambres d’hôte et tables d’hôte

Comment vous est venue l’idée ? Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer ce projet ?

Depuis toujours (d’aussi loin que mes souvenirs me le permettent), je suis passionnée par les relations humaines, les échanges verbaux.  Je voulais faire des études de tourisme, mais mes parents ne souhaitaient pas financer une telle orientation. Pour eux, les métiers du tourisme n’en étaient pas vraiment. Nous avons connu les chambres d’hôtes à leurs prémices, mon mari et moi, alors que nous étions très jeunes et leur concept m’a tout de suite séduite. Cette proximité avec les gens, la possibilité de travailler dans un domaine où j’avais des compétences (la communication, la décoration et l’entretien d’une grande maison) m’invitaient à réfléchir au projet. Mais je ne me sentais pas vraiment prête, d’autant que l’adoption de nos enfants était en cours et que je ne souhaitais pas mener de front les deux projets. Chaque chose en son temps.

En 2005, des événements familiaux ont fait que de rêves je suis passée à la réalité. Forte d’une expérience professionnelle riche et diverse, j’ai su mettre mes compétences (ce que je sais faire) au service de mes souhaits (ce que je veux faire). Ainsi ai-je repris l’exploitation de chambres d’hôtes (qui tournaient au ralenti) dans le Nord de la Bourgogne pour en faire aujourd’hui une petite entreprise qui fonctionne très bien.

Après l’euphorie de la création, le ronronnement  de cette nouvelle activité ne donnant pas assez d’adrénaline à ma vie professionnelle, je me suis lancée en 2011 dans l’entreprise d’ouvrir un restaurant (ou plutôt un lieu de vie) dans un petit village médiéval  de Bourgogne. Je souhaitais apporter un concept d’actualité : faire travailler les producteurs locaux pour valoriser la vie économique de la région et privilégier les produits de qualité pour une alimentation plus saine.

Créer et gérer une entreprise, ce n’est pas si simple. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui se lance dans la création d’une entreprise ?

Bien étudier le marché (le potentiel, la concurrence, le produit, le concept, l’implantation). J’avoue m’être un peu « plantée » quant au mien en ce qui concerne le restaurant. Le concept que je développe est malheureusement peu porteur à la campagne. Je pense délocaliser pour m’implanter plus près de mes chambres d’hôtes (réduire le coût des déplacements) et me rapprocher d’une clientèle qui sera plus intéressée par le concept.

Et puis, ne pas oublier que créer et gérer une entreprise, c’est oublier les loisirs et la disponibilité pour les autres, au moins pour un bon moment. Je pense que l’expérience professionnelle antérieure est un plus. Je ne suis pas contre les jeunes entrepreneurs, au contraire, mais certains domaines demandent un minimum de connaissances du terrain.

Se lancer, oui ! Mais on a une vie à côté… avez-vous dû faire des sacrifices pour vous lancer ? En faites-vous toujours actuellement ?

Cette question rejoint mon propos ci-dessus. Bien sûr que l’on doit faire des sacrifices. La vie de famille n’est plus la même. J’ai la chance (dans une certaine mesure) d’exercer mon activité à mon domicile, ma maison étant mon entreprise. Mais le désagrément existe : il n’y a pas de frontières entre la vie familiale et la vie professionnelle. Ma famille est une entité faisant partie de mon univers professionnel, et cela est très difficile à vivre, surtout pour les enfants.

Nous avons su, au cours du temps, aménager des périodes plus propices à notre vie familiale (en dehors des saisons  de forte activité où nous travaillons 110 heures par semaine – 7 jours sur 7 et entre 15 heures et 17 heures par jour, soit pendant environ 5 mois). Mais il est difficile de trouver un équilibre et le ressenti des uns n’est pas celui des autres ! Nous avons néanmoins réfléchi à ces problèmes parce que nos enfants ont beaucoup pâti de nos choix et il n’était pas question que cela dure. Nous leur réservons donc une attention toute particulière à des moments choisis, même s’ils ne sont pas aussi nombreux que nous l’aurions souhaité.

Concrètement, qu’est-ce que l’entreprise vous a apporté de bien à vous, à titre personnel ?

Un épanouissement total dans ce que j’AIME faire. J’ai l’immense satisfaction de réussir dans un domaine que j’ai CHOISI. Se lever tous les matins en se disant que la journée sera une BELLE journée, même si c’est dur quelquefois (et même souvent, surtout en haute saison), c’est un luxe que j’apprécie tous les jours.

Je sais que nombre de personnes ne sont pas satisfaites par leur travail. Moi, SI ! J’ai pris des risques mais je ne le regrette vraiment pas.

Aujourd’hui, je suis très fière de la notoriété qu’ont mes chambres d’hôtes. Je reçois à peu près entre 900 et 1000 personnes par an, 90 % sont des étrangers et la publicité se fait de bouche à oreille. C’est plutôt un succès non ? D’autant que j’apparais dans des guides renommés (notamment LE ROUTARD) et que des adeptes d’une association gastronomique sont passés par chez moi et m’ont délivrée un diplôme qui récompense l’accueil et la bonne table que j’offre à mes hôtes. C’est plus dur pour le restaurant, c’est peut-être une entreprise que j’ai mal appréciée au départ. Mais il n’y a pas d’échecs dans la vie, que des expériences qui nous construisent et nous remettent sur le chemin !

Que recherchez-vous pour votre entreprise à ce jour ?

D’abord, sa pérennité. Mais mon point fort, c’est d’avoir 90 % de ma clientèle provenant d’Europe du Nord. Pour l’instant, les pays concernés ne semblent pas souffrir de la crise autant que les habitants de l’hexagone. Ce que je voudrais également, c’est prolonger les séjours de mes hôtes. Le bémol, c’est que je ne suis pas dans la partie la plus touristique de la Bourgogne et qu’il est difficile de s’appuyer sur la logistique touristique du département que j’habite (puisque tout est axé sur le Sud du département).

Mais peu à peu, je progresse et fais moi-même la promotion de notre belle région. Les néerlandais sont très réceptifs au message que je fais passer. Les Français semblent encore avoir beaucoup de chemin à parcourir pour le comprendre. C’est en tout cas ma perception des choses. Je recherche les moyens de communiquer plus efficacement sur les opportunités de séjour de mon environnement. Il me faut cibler des clientèles qui devraient adhérer à la vision de mon offre.

Je vais terminer par une question originale : entreprendre, est-ce pour vous une manière d’exercer des talents artistiques ou est-ce que cela n’a rien à voir avec l’art ?

Bien sûr que cela relève du domaine artistique et créatif. Il faut innover, créer, être talentueux tous les jours pour garder sa clientèle et en capter de nouvelles ! D’ailleurs, l’une des définitions du mot « art » est la suivante : « ensemble des règles et techniques d’une activité professionnelle ». Alliée à une deuxième définition « expression par des créations humaines d’un idéal esthétique », elle définit exactement l’entreprise dans toute sa dimension.

Chaque jour, j’exerce mes talents d’artiste pour satisfaire le plaisir de mes hôtes. Et comme les artistes, peut-être serai-je riche post-mortem à défaut de l’avoir été (financièrement parlant bien sûr) pendant mon activité. Mais la seule vraie richesse, c’est celle d’aimer ce que l’on accomplit. Et dans ce domaine, je peux vous avouer que je suis milliardaire !

Merci Sylvie !

Pour contacter Sylvie, vous pouvez :

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