Bonjour Olivier, Vous avez créé votre société, Antelium, en 2008 et vous intervenez aujourd’hui à l’international avec un objectif : améliorer la gestion et l’organisation des entreprises grâce à des solutions logicielles spécifique. Antelium a été sélectionnée pour figurer dans la Boutique des Entrepreneurs 2013-2014.

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise ?

Diplômé d’une école d’ingénieur en 1996, j’ai débuté ma carrière dans un grand groupe de BTP. Rapidement, au fil de mes postes, je me suis rendu compte du manque d’outils logiciels pour manager ma structure.

J’ai donc lancé, en 2000, un projet d’informatisation de mon système d’information, mélant des fonctionnalités de GED à des applications métier.

En 2008, fort de l’expérience acquise, et comptant déjà plusieurs centaines d’utilisateurs, je quitte mon employeur, et en association avec le responsable du développement ayant conduit l’évolution de ce logiciel, nous fondons la société Antelium. Loin de nous limiter aux métiers de la construction, nous prospectons de nouveaux marchés, notamment en Suisse Romande.

En 2010, pour être au plus près de ce marché difficile, nous implantons Antelium en Suisse. Les métiers de l’horlogerie nous ont ouvert des perspectives fortes en matière de GPAO. Notre activité est aujourd’hui basée sur le développement logiciel, l’audit et le conseil en organisation d’entreprise.

Comment vous est venue l’idée ? Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer ce projet ?

Le monde de l’entreprise, quelle que soit sa taille, peut difficilement se passer d’outils informatiques. Mais bien souvent, l’environnement logiciel manque de cohérence, dans la mesure où les données saisies dans les différents outils (traitement de texte, tableaux de suivi, comptabilité, etc.) ne sont pas aisément interfaçables. Gérer le management par la qualité, les reporting financiers et commerciaux, qu’ils soient mensuels ou annuels, la formation des salariés, la maintenance du matériel, et suivre l’exploitation de son activité au jour le jour devenait une véritable gageure. Il me fallait rationaliser mon organisation.

J’ai donc décidé de lancer un projet d’informatisation du système d’information de ma structure (100 personnes) début 2000, afin de mettre en cohérence l’ensemble des données générées par les différents acteurs (RH, comptables, Chargés d’affaires, secrétaires, etc.) et d’éviter les multiples ressaisies. Les bases de la suite logicielle Djinn System étaient jetées.

8 ans après son lancement, il était temps de donner une envergure plus large à ce projet. Avec mon associé, nous avons donc lancé notre société, et prospecté dans le secteur du BTP. Au fil des opportunités de marché, nous nous sommes implantés en 2010 en Suisse, et avons développé un solution de Gestion de production assistée par ordinateur (GPAO). Au fil de nos contrats, nous avons créé de nouveaux modules métiers, dédiés aux besoins spécifiques de nos clients. Notre catalogue d’offres s’est ainsi enrichi sans cesse, en répondant aux attentes du marché.

Mais nous lancer en démissionnant de nos postes respectifs n’a pas été chose facile. Par chance,  ayant eu le temps de valider notre suite logicielle dans diverses structures d’entreprises durant plusieurs années, en France comme à l’international, nous étions convaincus de la valeur ajoutée de celle-ci. L’envie de prendre notre destin en main a fait le reste.

Gestion et organisation de l’entreprise avec Antelium

Créer et gérer une entreprise, ce n’est pas si simple. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui se lance dans la création d’une entreprise ?

Je dirai qu’il y a de nombreux critères à analyser avant de se lancer. N’étant pas un spécialiste de cette question, je me contenterai de lister les questions qui ont conduit à ma prise de décision :

  1.  ai-je un projet viable ? Mon idée est-elle bonne ?
  2.  quels sont les fonds nécessaires pour donner une chance à mon entreprise de réussir ?Mon banquier est-il disposé à me suivre, ou comme bien souvent attend-t-il de constater votre réussite pour se rappeler à votre bon souvenir ?
  3. quels sont les sacrifices que je suis prêt à consentir pour cela ?
  4. mes éventuels partenaires et associés sont-ils autant impliqués que moi dans ce projet ?
  5. Ai-je pris toutes les précautions pour me garantir un minimum de revenus durant la phase de lancement de mon entreprise (parfois peu, voire pas de salaire durant plusieurs mois) ? Avant de quitter mon emploi actuel, ai-je pris toutes les dispositions nécessaires pour quitter mon employeur dans les meilleures conditions ?
  6. Ma famille me soutiendra-t-elle, même en cas de difficultés ?
  7. Gérer une entreprise est très contraignant, et surtout non dénué de risques financiers à titre personnel. Ai-je l’expérience nécessaire ? Mon cabinet comptable sera un partenaire incontournable, tant pour la rédaction des statuts de mon entreprise que pour me conseiller ou m’alerter chaque fois que nécessaire. Suis-je dans une relation de confiance avec lui ?
  8. Mon business plan et mon business model sont-ils crédibles ? Qu’en pense mon cabinet comptable ?

Pour finir, je retiendrai une leçon : je n’ai jamais été optimiste (ni pessimiste d’ailleurs), et j’ai basé mes prévisions au plus juste. Rien ne s’est passé comme prévu. J’avais fait des hypothèses commerciales hautes et basses, et durant trois années, je suis resté dans le cadre de mes hypothèses les moins favorables. Mais je les avais prévues. Heureusement.. Aussi, à celui qui veut créer son entreprise et en vivre, je lui conseillerai de rester humble, de ne pas économiser sa peine au travail et de savoir patienter.

Se lancer, oui ! Mais on a une vie à côté… avez-vous dû faire des sacrifices pour vous lancer ? En faites-vous toujours actuellement ?

Dire le contraire serait mentir. Les doutes, les incertitudes du lendemain, oui, bien sûr. La recherche de prospects, pouvoir être sollicité pour rédiger des offres, signer des contrats, et surtout, être payé… un parcours du combattant, à chaque instant.

Personnellement, avec mon associé, nous travaillons 70 à 80 heures par semaine, depuis quatre ans. Pas de week-end, peu de vacances, mais quelle satisfaction de voir notre société progresser, année après année. Pour tout dire, la vie « à côté » est conditionnée par le rythme des réussites et des échecs de l’entreprise. Avoir comme partenaire un associé disposant de la même motivation m’a assurément aidé à poursuivre l’aventure.

Et que dire de la crise que traversent de nombreux pays d’Europe ? Créer une entreprise aujourd’hui est un acte citoyen, mais ô combien périlleux. Seule la motivation nous permet de tenir un rythme quotidien, épuisant mais gratifiant.

Concrètement, qu’est-ce que l’entreprise vous a apporté de bien à vous, à titre personnel ?

« Ma liberté de penser », mais à quel prix… Mon propos pourrait paraître pessimiste. Il ne l’est pas en réalité. Mais s’agissant de communiquer sur mon expérience, je ne voudrais pas faire croire à vos lecteurs que l’aventure est gagnée d’avance.

Créer une entreprise est un projet qui peut vous coûter votre mariage, votre patrimoine, et vos amis. Mais il peut aussi vous révéler, décupler vos compétences et vous permettre de vous réaliser. Je ne serais sans doute jamais millionnaire, mais qu’importe… J’ai le sentiment d’innover, de permettre à mes clients de créer de la richesse. Je ne vis pas de subventions (même si je regrette de ne pas avoir pu en bénéficier durant les périodes difficiles). Mais je suis passé d’une vie de cadre supérieur, disposant de revenus confortables, à une vie où tout est compté, pour mener à bien mon projet.

Créer mon entreprise est donc le début d’une histoire, qui s’écrit chaque jour. A titre personnel, je dirais pour conclure que cette aventure me permet de tenir le stylo, et de décider autant de la syntaxe que du contenu de cette épopée.

Que recherchez-vous pour votre entreprise à ce jour ?

Nous devons développer notre marque, nos services et nos implantations. Cette étape est cruciale tout autant que risquée. Nous intervenons actuellement dans de nombreuses zones géographiques (Europe, Océan indien et Afrique). Mais nous sommes contraints de structurer notre développement sur un réseau de partenaires.

Nous cherchons donc des distributeurs, sans contraintes particulière de statuts d’entreprise, motivés et disposant d’une bonne connaissance de l’entreprise. Les zones prioritaires aujourd’hui sont pour la France, la zone Sud Ouest, Nord Ouest, et la la région parisienne. Pour l’étranger, nous souhaitons trouver un distributeur pour la Belgique, l’Allemagne et la Suisse Alémanique.

Je vais terminer par une question originale : entreprendre, est-ce pour vous une manière d’exercer des talents artistiques ou est-ce que cela n’a rien à voir avec l’art ?

Originale sans doute, mais non dénuée de sens. Créer une entreprise, c’est avant tout faire vivre ses idées. De sa capacité à imaginer, anticiper et améliorer son « œuvre », relève sans aucun doute une part fondamentale de sa réussite.
Rien n’est acquis. Votre marché, vos clients, l’économie et les opportunités sont sans cesse en mutation. En tant que tel, « entreprendre c’est toujours plus ou moins casser l’ordre établi » (Jacques Barraux) et comme disais André Gide, « l’art commence avec la difficulté ». Alors oui, je pense qu’il existe une certaine similitude entre créer, au sens artistique du terme, et entreprendre.

Merci Olivier !

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