Ils sont jeunes, ils sont entrepreneurs et ils ont envie que les choses changent ! Tous les porteurs de projet ne partent pas à l’étranger pour créer leur entreprise et ils ne se lancent pas tous non plus dans la course au prix le plus bas.

Eux, ce qui les motive, c’est de faire bouger les lignes et de contribuer à valoriser le savoir-faire des entreprises françaises, y compris sur des marchés où on ne les attend pas.  En 2011, Guillaume Gibault, âgé de 25 ans à peine, a créé “Le Slip français”.  En 2013, son chiffre d’affaires a atteint les 900 000 €.

Une belle preuve qui montre que, oui, il y a de la demande pour le “Made in France” !

D’autres depuis ont aussi osé se lancer dans le secteur du textile. Hélicia Sonneville et Aurélien Jagot ont par exemple relevé fin 2013 un pari un peu fou : créer une marque de jeans made in France, French Appeal (www.frenchappeal.com).

Découvrez l’interview réalisée à l’occasion des 3 Jours du Made in France, du 11 au 13 novembre 2014, sur Gautier-Girard.com.

Made in France : les fondateurs de French Appeal

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise, en quelques mots ?

Nous, Hélicia et Aurélien avons créé French Appeal, une marque de jeans made in France qui redore l’image de la fesse française.

On entend dire tous les jours que l’industrie va mal, que c’est la crise… Dans ce contexte, pourquoi avoir choisi de lancer ce projet un peu fou ?

Peut-être parce que nous le sommes aussi un peu :-)  Nous croyons au fait que les actions de chacun peuvent changer les choses. Oui, c’est la crise, mais si c’était une raison suffisante à démotiver toute initiative, plus rien n’aurait vu le jour depuis 2008.

De grandes entreprises se sont crées en contexte de crise, c’était le cas pour Zara avec la crise textile et beaucoup d’entreprises du digital qui sont devenues des acteurs importants (Uber, La Fourchette, Blablacar, Freeletics…).

Les contextes “difficiles” obligent à trouver des solutions alternatives, à être créatif, à écouter le client et répondre à son besoin le plus finement possible. Tout l’inverse du début du vingtième siècle avec Ford et sa phrase mythique : “n’importe quelle couleur, pourvu que ce soit le noir”.

Est-ce que vos jeans sont vraiment 100 % Made in France ? Comment vous faites pour vous y retrouver entre des charges plus élevées et des marges plus faibles ?

Un jean 100% made in france est impossible dans la mesure où on ne cultive pas de coton en France. 99% du coton est cultivé en dehors de l’Europe.
Pour notre première collection, plus de 70% de la valeur du jean était produite en France (confection plus sérigraphie). Pour rappel, afin d’obtenir le label “origine france garantie”, c’est 50%.

Le but est, au fur et à mesure de notre évolution, de maximiser le “fabriqué en france”. Ainsi, nous avons augmenté notre part de made in France pour la seconde collection à venir. Outre la confection (principal poste de coût) réalisée à Marseille, nos délavages sont faits au Mans, certains accessoires à Saint-Etienne ou même dans le Nord de la France.

Notre toile est italienne car le choix y est important, c’est historiquement un acteur majeur dans le domaine et la qualité est remarquable.

Le but est de proposer un produit made in France, sans cependant imposer des prix trop élevés à nos clients. Il s’agit de faire un arbitrage de ce qui est acceptable ou pas pour le consommateur final. Certains éléments peuvent être difficiles à trouver en France, encore plus en séries assez limitées.

Depuis la création officielle de notre entreprise (et même pendant un an avant), nous n’avons pas reçu un seul euro de salaire. Ce qui permet de ne pas alourdir les charges.

Nos marges sont faibles car nous ne voulons pas créer des produits inaccessibles, ou seulement accessibles à une élite. Nous n’avons pas de loyer, de bail commercial, de salariés… Nous limitons les dépenses tant que possible. Nous pensons qu’avec des marges faibles, nous pouvons quand même réussir à développer notre activité, notre marque pour ainsi embaucher pleins de salariés heureux de travailler dans une bonne ambiance afin de faire de beaux produits.

Vous dites que le « Made in France » est « parfois poussiéreux ». Pourquoi ?

Nous pensons que l’image du made in France se cantonne à deux visions :

  • celle du luxe à la Française, les grands couturiers, Paris, les défilés…
  • celle d’un made in France plus artisanal, composé de petites séries de produits basiques simplement décorés d’un drapeau tricolore.

Or, nous voulons changer ces mentalités. Faire comprendre que l’on peut encore faire du prêt à porter en France, une vraie marque tendance avec de beaux produits, une marque qui compte dans le paysage et qui ne se résume pas à des charentaises ou des bérets. D’autres marques vont dans le même sens de ce combat.

Comment avez-vous réussi à financer le lancement de votre marque et la création de vos premiers modèles ?

C’est assez simple, nous avons autofinancé notre première collection. Essayer de financer une nouvelle marque textile auprès d’une banque, c’est de la science fiction…

Entre quelques petits boulots et un peu d’héritage, nous avons rassemblé la somme nécessaire.

Un conseil pour tous ceux qui veulent se lancer dans le Made in France ?

Foncez ! La France est un pays magnifique que nous envie la majorité de la planète ! Nous sommes créatifs, nous avons une diversité, une polyvalence, du talent, une certaine liberté, un beau pays…

Mais tout n’est pas rose pour autant. Le côté administratif demande de réelles simplifications, les charges sont lourdes et le fait de faire du made in France ne nous donne droit à aucun avantage supplémentaire (règlementairement parlant). Mais, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

On y croit, et on connaît tous le potentiel du made in France, localement ou à l’international. Notre savoir faire et notre bon-goût sont célèbres. Continuons de faire de la France ce qui la rend si particulière, osons avant que d’autres n’osent pour nous !

Merci Hélicia et Aurélien !

Et vous, que pensez-vous de ce concept de vêtements fabriqués en France ?

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