Une Scop est une société coopérative dont les salariés sont les associés majoritaires : ils détiennent au moins 51 % du capital social et 65 % des droits de vote. Les salariés ne sont pas forcément tous des associés mais tous peuvent le devenir.

La forme juridique est une SA, une SARL ou une SAS et il y a bien évidemment un dirigeant. Mais contrairement aux autres entreprises, le dirigeant d’une Scop est élu par les salariés associés.

Ce mode de fonctionnement coopératif s’applique également lorsqu’il s’agit de partager les profits :

  • une part va dans les réserves de l’entreprise (elles représentent en moyenne 40 à 45 % du résultat, et elles sont impartageables et définitives afin de garantir la pérennité de l’entreprise)
  • une part est distribuée à tous les salariés sous forme de participation et d’intéressement
  • une part est reversée aux salariés associés sous forme de dividendes

Lorsqu’un associé décide de quitter la scop, son apport en capital/en travail lui est remboursé mais il ne peut pas prétendre à une plus-value.

Vous pensez que la mise en place d’une Scop est un peu utopiste ? Détrompez-vous ! Il y a de plus en plus de Scop et certaines se font remarquer pour la qualité du projet qu’elles défendent.

Un exemple : la Scop Alter Egaux, qui accompagne tous les types d’organisation afin de développer la mixité des équipes et la diversification des profils. L’objectif viser est  d’améliorer considérablement les conditions de travail et donc  d’augmenter les performances (diminution des arrêtes maladie, plus -value individuelle et collective, fidélisation des collaborateurs/trices, création d’une émulation positive, meilleure compréhension et acceptation des changements….). En 2014, Alter Egaux a reçu le Trophée d’Or de l’APEC.

Découvrez l’interview d’Anne-Gaël Bauchet, la dirigeante d’Alter Egaux, à l’occasion de la Semaine spéciale Statuts Juridiques d’entreprises du 18 au 25 novembre 2014 sur Gautier-Girard.com.

Statuts juridiques : itw d’anne-gaël bauchet, dirigeante d’une scop

 Pourquoi avoir fait le choix de la SCOP ?

J’aime l’approche coopérative, je me reconnais dans les valeurs de la scop (la responsabilité dans un projet partagé, la transparence et la légitimité du pouvoir, la pérennité de l’entreprise fondée sur des réserves, etc).

Et puis je trouve que le statut coopératif dynamise l’entreprise, il favorise la créativité et l’initiative. L’esprit collaboratif est très fédérateur, la culture et les valeurs de l’entreprise sont naturellement partagées sans besoin de les rappeler. A mon sens, le volet collaboratif est un atout considérable : il oblige chacun.e à étayer ses arguments pour convaincre et remporter l’adhésion. Commercialement, c’est très structurant.

Alter Egaux existe depuis 18 mois, notre réactivité et notre dynamisme nous permettent déjà concourir aux mêmes prix que Bull, Orange ou le Commissariat à l’énergie atomique (CEA), eux-aussi lauréats des Trophées de l’égalité APEC. Emmanuelle Wargon, Déléguée Généraleà l’emploi et à la formation professionnelle au Ministère de l’Emploi, a déclaré, lors de la réception de remise des prix, son coup de cœur pour Alter Egaux, en saluant le côté innovant,dynamique et résolument pétillant de l’entreprise… Je pense qu’une SCOP crée les conditionsfavorables d’un excellent climat social. On a plaisir à travailler parce qu’on croit en ce qu’on fait, et ça se voit !

Qu’est-ce que ça change, au quotidien, dans le fonctionnement de l’entreprise ?

Au quotidien, pas grand’chose ! Si ce n’est le sentiment de ne pas être seul : souvent les entrepreneurs soulignent la solitude de la direction, ce n’est pas le cas en SCOP.

Si la responsabilité des décisions est portée par le (la) la gérant(e), les stratégies sont élaborées collégialement. La direction est dépositaire du collectif, c’est très sécurisant. Ensuite, le quotidien se gère comme ailleurs, dans n’importe quelle structure professionnelle : les stratégies globales sont déclinées en objectifs opérationnels et en plan d’action.Et tout le monde travaille sur des missions spécifiques.

C’est davantage la culture de l’entreprise que son quotidien qui est atypique.

Est-il plus compliqué de faire accepter une décision difficile quand on est élu dirigeant pour une durée de 4 ans ? N’avez-vous pas le sentiment d’être sur un « siège éjectable » ?

Le statut SCOP ne met pas le ou la dirigeant(e) sur un siège éjectable ! La philosophie de la coopération c’est plutôt de garantir la stabilité de l’entreprise en associant chacun(e) au processus de décision. La personne qui tient la barre est dépositaire du collectif et d’autant plus légitime à diriger qu’il ou elle représente l’ensemble des ressources.

La scop n’est pas le lieu de l’hyper pouvoir ou de l’organisation verticale du travail, mais elle renforce le/la dirigeant(e) dans sa légitimité, en interne comme en externe, et garantit à l’entreprise une stabilité qui n’est pas incarnée dans le seul chef. La tête est là pour représenter la diversité et la pluralité des talents. C’est la différence entre la masse salariale et les ressources humaines !

Bon nombre d’entreprises appartiennent à leurs actionnaires, ici elle appartient à celles et ceux qui la l’inventent et la développent chaque jour.

Faire accepter une décision difficile n’est jamais un moment agréable, mais là encore, quand le moment de décider est arrivé, il n’y a aucune surprise pour personne puisque la gestion en transparence fait que les salarié.es. sont associé.es au quotidien de l’entreprise. Les décisions, quelles qu’elles soient, sont l’aboutissement d’un trajet ensemble.

Comment avoir une stratégie d’entreprise à long terme (5 ou 10 ans) si le dirigeant change régulièrement ?

Je vois les modalités d’exercice de la direction d’une scop comme l’opportunité d’asseoir les décisions sur une réalité plurielle du travail. En validant la direction avec les co-équipiers, il est plus facile de maintenir le cap !

Le statut scop est une forme d’organisation moderne et l’aventure participative est très en phase avec la société. Le collectif n’est pas un poids mais bien une richesse où chacun.e connait la plus-value des autres et sait qu’il/elle est reconnu(e) comme tel. Le statut SCOP privilégie le développement durable de la structure et crée les conditions de fidélisation des salarié(es).

A l’heure où la RSE semble être un questionnement qui traverse nombre d’entreprises, Alter Egaux l’a inscrite dans ses gènes ! Le climat social est excellent et l’investissement des salarié(es) est réel.

Rien ne contraint la direction à changer souvent, dès lors qu’elle incarne la société toute entière et que l’entreprise se reconnaît en elle. La fonction de dirigeant(e) n’est pas une aventure en solo, et je suis convaincue que c’est une bonne chose.

Quels conseils pourriez-vous donner aux salariés qui souhaitent se lancer dans l’aventure de la SCOP ?

Le premier conseil est de s’assurer que toutes les personnes engagées dans le projet portent bien les mêmes valeurs et partagent les mêmes objectifs. La co-construction est un atout quand elle est un outil, mais elle n’est pas le but recherché.

L’autre piège à éviter est de rassembler des personnes qui se ressemblent trop ! La richesse nait de la différence et c’est bien la diversité des profils et des expériences qui génère de la plus-value. La multiplication du même amorce les conditions d’une concurrence interne néfaste à la stimulation recherchée.

Pour travailler ensemble dans une scop, il n’est pas nécessaire d’être d’accord sur tout, mais de partager une culture commune et de se retrouver à la fois dans les objectifs à atteindre et dans les moyens d’y parvenir. C’est un pari humain au service de l’économique… mais n’est-ce pas finalement ce que tout dirigeant fait chaque jour ?

Merci Anne-Gaël !

Et vous, que pensez-vous de la Scop ? Est-ce que ce statut coopératif vous semble être une bonne alternative ?

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