Comment créer une entreprise pour lancer une idée géniale quand personne ne veut vous financer ? D’après Dominique Fonfrède, le fondateur de Recépieux, il n’y a pas 36 solutions : il faut avoir une motivation à toute épreuve et un gros sens du système D.

Cet inventeur sait de quoi il parle ! Il s’est lancé alors qu’il avait juste son invention en poche. Sans fonds financiers, sans le soutien des banques, il s’est débrouillé avec ce qu’il appelle ces “bricolages de bouts de ficelle”.

Aujourd’hui, sa petite TPE française exporte son invention sur les chantiers du monde entier et elle a été récompensée par une médaille d’or au concours Lépine et à l’INPI, par l’association Entreprendre en 1998 (lauréat), et par les Concours de l’Innovation Intermat (2000 et 2003).

Découvrez l’interview sans langue de bois de cet entrepreneur passionné !

Dominique Fonfrede

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise, en quelques mots ?

Dominique FONFREDE, 63 ans, autodidacte, inventeur et concepteur du procédé de « pré recépage » que j’ai inventé il y a maintenant 17 ans, en créant la société RECEPIEUX.

Ce procédé permet, dans le domaine des fondations profondes des gros ouvrages du BTP, de « substituer un travail pénible par un travail peinard ».

Il a été breveté dans 40 pays, et toutes les tentatives de procédés concurrents substitutifs ont échouées. Ce procédé reste unique au monde à ce jour et utilisé sur les 5 continents.

De l’idée à l’invention concrète et utilisable, il y a un monde… Avez-vous bénéficié d’aides ou d’accompagnement pour formaliser votre invention ?

Entre l’idée de départ, qui paraissait « farfelue » au regard des tiers, et l’invention concrète utilisable, il s’est passé 2 ans qui m’ont servi à imaginer une solution concrète et réaliste. Aucune aide à ce stade n’est envisageable, seule l’imagination fut capable de venir à mon secours. J’ai réalisé des « bricolages de bouts de ficelles » afin de concevoir un prototype présentable à mes interlocuteurs !

A la création de Recépieux, on vit avec l’équivalent du RMI pendant les 3 premières années, puis l’équivalent du SMIC pendant 2 ans (mais pour 70h travaillées par semaine), pour enfin se payer un salaire d’instituteur la 6° année mais sans les 4 mois de vacances…. Salaud de patron !

Comment est-ce que cela se passe quand on a une super idée d’invention mais pas de fonds pour la développer ? Est-ce qu’il est facile de convaincre des partenaires financiers (banques, investisseurs) de vous accompagner dans cette aventure ?

Lorsque vous avez une idée révolutionnaire et que vous n’avez pas de fonds propres il est impossible de trouver des financements.

Les banques ne prêtent que contre des garanties concrètes et solides. Elles prêteront facilement sur un projet médiocre accompagné de garantie solide plutôt qu’à un projet génial sans garantie.

L’ANVAR (Devenue BPI) ne prête qu’à hauteur des fonds propres, le minimum étant à l’époque de 300 000 F) ne m’a pas accompagné, ne disposant pas d’une telle somme.

Les ASSEDICS m’ont octroyé 3 mois d’indemnité chômage en échange d’une renonciation définitive à tout retour à la case chômage.

Les « Business Angels » étaient, à l’époque, concentrés autour de la bulle internet, prêt à tout pour monter dans n’importe quel wagon pourvu qu’il s’appelât « e-quelque chose en Anglo-saxon ». Le projet RECEPIEUX était alors à mille lieues de leurs préoccupations !

Seule l’association RHONE ALPES ENTREPRENDRE m’a octroyé un prêt d’honneur, insuffisant toutefois pour permettre un éventuel accompagnement bancaire.

Conclusion, j’ai dû me débrouiller avec comme seuls outils mes tripes et des bouts de ficelles, et me lancer dans l’aventure, sans possibilité de retour.

Comment avez-vous procédé pour contacter et persuader les grosses sociétés du BTP d’utiliser votre invention ?

Je suivais les gros appels d’offres du Génie civil qui paraissaient dans les journaux spécialisés, puis contactais les entreprises adjudicatrices pour identifier les conducteurs de travaux que je contactais directement par téléphone puisque n’ayant pas les moyens financiers de me déplacer.

Je tentais de les convaincre d’essayer ma solution en leur garantissant qu’ils ne paieraient uniquement qu’en cas de réussite. Je ne vendais pas un produit, mais un résultat.

Il était impératif de créer immédiatement des relations de confiance avec ces partenaires pour ne pas risquer des impayés de type « mauvaise foi ». Je n’ai jamais eu à me plaindre de cette stratégie qui fonctionne toujours 17 ans après !

Avec le recul, quelle erreur auriez-vous pu éviter ?

Des erreurs purement techniques, induites par le manque de trésorerie, ce qui m’a poussé à anticiper la commercialisation avant d’avoir validé les procédures de mise en œuvre. Mes clients ont donc servis de cobaye et j’ai subi de nombreux échecs.

Toutefois, j’ai pris la précaution d’en informer mes clients qui étaient alors volontaires et acceptaient de facto les échecs éventuels et les ont acceptés comme tel !

Les conséquences ont été une perte de temps énorme. J’ai donc mis 5 ans avant de rendre le procédé fiable à 100%.

Et le conseil que vous pourriez donner à tous les créateurs d’entreprises ?

Il faut qu’ils se posent les questions suivantes :

  • Suis-je prêt à vivre sans aucun salaire, sans aucunes vacances, en travaillant 60h par semaine pendant les 2 premières années ?
  • Suis-je capable de comprendre que l’on ne vend jamais un produit, mais toujours la solution qui satisfait le besoin du marché ? Donc être capable d’appréhender le besoin dudit marché alors que celui-ci n’est pas exprimé !
  • Pour pouvoir innover, suis-je capable de désobéir à toutes les règles que les écoles m’ont inculqué ?

Pour résumer je leur conseille vivement de lire le poème « IF » de Rudyard Kipling, et de se référer en permanence à ce que je considère comme étant le meilleur livre de gestion qui n’ai jamais été écrit : « Les Fables de la Fontaine ». Car gérer une entreprise ce n’est jamais autre chose que de gérer des relations humaines ; que ce soit les clients, les fournisseurs, les partenaires ou les collaborateurs. Le reste n’est que de la simple technique qui peut être aisément confiée à des techniciens spécialisés.

Merci Dominique !

Et vous, que pensez-vous du parcours et des conseils de cet entrepreneur du BTP ?

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