En tant que femme ET dirigeante d’entreprise, avez-vous déjà été confronté à des préjugés ? Il semblerait que la création d’entreprise au féminin ne soit pas toujours perçue comme une création d’entreprise à part entière.

Dans une chronique publiée en 2012 (voir ici),  Alexandra le Dauphin racontait les clichés auxquels elle est confrontée en travaillant à son domicile.

Véronique Kuborne, assistante de direction trilingue à Tours (actionDentreprise), témoigne à son tour du regard un peu biaisé (même inconsciemment), que certains(es) portent sur les femmes qui créent leur entreprise.

Cette interview est réalisée à l’occasion de la semaine Entreprendre au Féminin du 10 au 17 février 2015 sur Gautier-Girard.com. 

Entreprendre au féminin : les préjugés sur les femmes entrepreneuses

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise, en quelques mots ?

Véronique KuborneAssistante administrative depuis 2008, j’assiste essentiellement les TPE et professionnels indépendants de manière ponctuelle ou plus régulière dans le cadre de la mise en place d’un projet de développement d’entreprise.

  • dans le cadre d’un déplacement : assistance logistique (agenda, réservation des déplacements et suivis financiers, préparation des dossiers)
  • dans le cadre d’une communication (congrès, salon) : assistance logistique au déplacement, préparation du matériel et autorisations, suivi des contacts, écriture/relecture du dossier
  • dans le cadre d’une (re)structuration de service : j’interviens en tant qu’appoint, garant des procédures mises en place ensemble. Ex : procédures liées au suivi des paiements, au calcul des prix, à la satisfaction clientèle, … après un temps d’imprégnation de la culture de l’entreprise.
  • dans le cadre d’un projet de développement : assistance à la communication écrite et à l’image (logo, flag, stand, réseaux sociaux), assistance à la logistique (contacts, suivis fournisseurs, rétroplannings, …)

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’entreprendre ? Pourquoi avoir choisi ce secteur d’activité ?

Mon parcours professionnel de salariée était essentiellement à l‘étranger. J’avais également fait une longue pause de 10 ans pour élever mes trois enfants et leur donner une certaine qualité de vie car mon mari travaillait dans le BTP, avec de très longues journées. Par ailleurs je n’avais pas de famille sur place.

Ayant également largement dépassé le cap des 30 ans, je souhaitais donner la préférence à la variété et l’épanouissement dans mon travail, la liberté. Les études en lettres m’ont naturellement menées vers cette accroche du secrétariat mais j’ai rapidement orienté mes prestations vers du conseil et des projets allant bien au-delà du secrétariat pur.

Dans le même temps j’ai rencontré une responsable d’agence de relocation et après des contacts assidus et très longs (plus de 3 ans) j’ai été sélectionnée comme prestataire. Le fait que je sois trilingue a pesé dans la balance et je travaille avec eux régulièrement depuis plus de 4 ans. Cette activité représente environ 50% de mon chiffre d’affaires annuel.

Trouvez-vous qu’il soit plus difficile de se lancer à son compte quand on est une femme ? Avez-vous été confrontée à certains préjugés ?

Je pense qu’il n’est pas plus difficile de se lancer et que les femmes ne sont pas « moins bonnes » ou « moins imaginatives », « moins tenaces » que les messieurs. Elles sont bien souvent plus prudentes, plus réfléchies, ce qui en revanche peut vouloir dire « moins entreprenantes ».

Le préjugé qui court dans les milieux que je fréquente est que la femme fait forcément une activité « pour son développement personnel », « pour s’épanouir» et non pas, comme pour les Messieurs « pour gagner sa vie ». Il est souvent supposé qu’il y a un conjoint avec un emploi sécurisé, que la femme est un« appoint », un « plus ».On fera donc appel aux femmes « pour de la recommandation» ou en supposant qu’elles sont tellement dans le besoin qu’elles accepteront forcément tout et à n’importe quel prix. Il y a parfois un recul face aux compétences, souhaits et prix affichés.

L’égalité a encore du chemin à parcourir.

Qu’est-ce qui est, selon vous, le plus compliqué à gérer ? (gestion du temps, recherche des clients, trouver des financements…..)

Le plus difficile en ce qui me concerne est d’être reconnue, considérée, comme tout autre chef d’entreprise, avec l’ensemble de mes compétences professionnelles et humaines et non pas comme « petite main », comme « dilettante ».

J’ai la chance de pouvoir gérer mon temps car j’accepte peu de missions sur site et mon mari peut parfois adapter son emploi du temps. Mes enfants ont également grandi et sont plus autonomes; ils sont conscients de ce qu’implique « travailler en solo », avec ses bons côtés (je vais très souvent les chercher à l’école, je suis présente) et ses moins bons côtés (fluctuation des revenus, travail parfois le week-end ou le soir).

Chercher des clients est évidemment « moins agréable » mais comme j’ai la chance de travailler en sous-traitance, je peux me permettre d’être plus détendue à ce niveau. Ce qui me plaît est de faire du sur mesure à chaque fois et de convaincre mon interlocuteur que ma prestation lui apportera une réelle plus-value.

Quel conseil pourriez-vous donner à toutes celles qui ont envie d’entreprendre ?

Croire en soi, ne jamais lâcher, ne jamais se dévaloriser. Les filles fonctionnent AUTREMENT, pas mieux ni moins bien.

Merci Véronique !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Crédit photo : Shutterstock.com
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