Vous avez le profil d’une créatrice d’entreprise mais vous vous posez encore beaucoup de questions ? Dans le cadre de la semaine “Entreprendre au féminin” du 9 au 15 octobre sur Gautier-Girard.com, découvrez le témoignage de Delphine,  la fondatrice d’Ovody (site-internet-ovody.com), et profitez de ses conseils!

1) Pourriez-vous vous présenter ainsi que votre activité en quelques mots ?

Je suis ingénieur en informatique et ma passion est le dessin numérique. Lorsque j’ai eu besoin de m’affranchir des aspects géographiques pour mener ma vie professionnelle, j’ai décidé de créer mon entreprise, j’ai choisi l’alliance de ces deux domaines et j’ai créé OVODY, une webagency.

Je conçois des sites internet à partir d’un moteur que j’ai créé moi-même. Grâce à lui, il n’y a pas de limites aux demandes de mes clients, je peux faire exactement ce qu’ils veulent. Mais surtout, les outils qui permettent de mettre à jour mes sites internet ne demandent aucune formation pour mettre en place un référencement naturel. Il n’y a pas de mots techniques et tout ce qui doit être expliqué l’est dans l’écran. J’ai une cliente brodeuse qui est arrivée mais qui n’utilisait pas internet. Elle a bâti le contenu et le référencement naturel de son site internet seule après une formation brève chez moi. J’ai corrigé son travail bien entendu mais les erreurs étaient rares. C’est aussi cela le service rendu : un site internet au design qui vous ressemble doté d’outils qui correspondent à votre formation et vos compétences internet.

De fil en aiguille, j’ai bâti un réseau d’imprimeurs et de sous-traitants en objets personnalisés pour répondre aux besoins complémentaires de mes clients : un site web ne va jamais seul. Lorsqu’il fut abouti, j’ai élargi mes services de design à tous les professionnels en créant Carte-Impression.

Aujourd’hui, je propose les services d’une agence de communication : logo, cartes de visite, flyers, site web. Au besoin, j’ai dans mon réseau des cinéastes pour réaliser des vidéos.

Je prends le temps de connaître mes clients, je les fais parler d’eux, de leur entreprise et de leur projet, je cherche à comprendre leur philosophie et leurs goûts. Mon objectif est qu’ils puissent ce dire en regardant leurs designs : « Si je l’avais fait moi-même, je l’aurais fait ainsi ».

Ensuite, mon entreprise me demandant beaucoup de temps, j’ai perdu du temps pour dessiner mais je ne me suis pas laissée abattre : j’ai ajouté une branche design pour les particuliers à Carte-Impression. J’y commercialise des cartes postales, papiers à lettre, faire-part sur catalogue ou totalement personnalisés. Jolie astuce pour faire de mon temps de travail du temps de loisir !

2) En 2012, seulement 30% des créateurs d’entreprises sont des femmes. Quelles sont, à votre avis, les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes qui veulent entreprendre ?

Lorsque j’étais consultante en ingénierie, j’ai peu été confronté au problème de crédibilité, j’étais portée par le nom de ma société et mes clients passés. Aujourd’hui, en tant qu’entrepreneur indépendante, je dois y faire face d’autant que j’ai changé de métier.

Certains partenaires semblent sous-entendre que mon travail est un salaire d’appoint, que je vais donc travailler à la légère alors même que je me présente à eux de la même manière que lorsque j’étais salariée. Ils ne me prennent ainsi pas avec suffisamment de sérieux et je dois démontrer mes compétences de manière très fine autant sur le fond que dans la forme.

J’imagine que toutes celles qui ont accès à des aides financières ou techniques pour bâtir leur projet rencontrent cette situation dès ce premier stade et peuvent se décourager.

Il faut avoir une bonne connaissance de sa valeur, étayée par des éléments matériels, pour résister à cette ambiance. Il faut être soutenue par des gens qui reconnaissent cette valeur et savent vous la remémorer sinon le moral descend en flèche et c’est l’abandon.

J’ai souvent déménagé et force est de constater que dans certains lieux, les femmes ne sont pas encore considérées comme les égales des hommes. Sur le plan personnel, il m’est arrivé de ne pas pouvoir présenter mon projet à un couvreur parce que mon mari n’était pas là ! Dans ces endroits, on ne montre aux femmes ni par l’exemple ni par le respect qu’elles sont capables de prendre des responsabilités et d’être autonomes. Franchir le pas est ainsi un vrai défi pour celles qui en ont l’idée !

Femme et entreprise

3) Comment faites-vous pour concilier vie privée et vie professionnelle ?

Au lancement de l’entreprise, c’était très difficile, je ne faisais pas vraiment la part des choses, je travaillais dès que ma famille ne me sollicitait pas.

Depuis ma situation familiale a évoluée, mon mari travaille à l’étranger toute la semaine et je gère seule notre enfant, la maison, les travaux d’entretien,… Je dois être présente pour tous les sujets. Les week-ends mon mari prend en charge notre fille, il va au marché et parfois au supermarché si je n’ai pas eu le temps d’y aller dans la semaine. Cela me permet de souffler un peu.

Avec ce rythme, il est essentiel de conserver des loisirs et des temps de récupération sinon le moral et la légèreté d’esprit s’en vont au galop. Je travaille donc le matin, en début d’après-midi je vais jouer au billard, puis je reprends le travail jusqu’au dîner. Le soir, si je suis inspirée, je fais des petites choses qui ne demandent pas de concentration en regardant un film.

Mon bureau est installé dans le salon, cela me permet d’être présente pour ma fille lorsqu’elle rentre du collège tout en continuant de travailler. Bien sûr, lorsqu’elle est là, je réalise des activités où je peux être interrompue plus ou moins longtemps et souvent en fonction de ses besoins à elle et non de mes contraintes à moi. Heureusement pour moi, elle est à l’âge où un ordinateur est un compagnon omnipotent. Je n’aurais pas pu faire cela lorsqu’elle était en primaire ou en maternelle !

Le week-end, je suis toujours levée la première alors je travaille un peu en attendant de prendre un petit-déjeuner en famille.

Mis bout à bout, cela ne représente pas plus d’heures de travail que lorsque j’étais salariée mais je travaillais déjà beaucoup à l’époque.

Un des avantages d’être entrepreneur, c’est qu’il y a des choses de toutes sortes à faire : du bricolage, de la compta, du marketing, de la conception, de la réalisation, …. Il y a donc toujours une tâche qui correspond à la quantité d’attention ou à l’éventualité d’être dérangée régulièrement ou pas. Mais il ne faut pas vouloir terminer une tâche avant d’en commencer une autre de nature différente, sinon c’est la surcharge de travail garantie ! Par contre l’organisation s’impose !

4) Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui veulent créer leur entreprise ?

Dans la continuité de la question précédente, je leur conseillerais :

. de découper leur journée en plusieurs périodes et d’organiser leur « to do » par niveau d’attention/dérangement et ensuite par priorité et de les répartir dans les périodes adéquates.

. de conserver du temps pour elles seules

. de dispatcher les tâches ménagères sur tout le monde à hauteur de leur capacité et du temps qu’ils peuvent raisonnablement y consacrer

Pour faire face au problème de crédibilité, j’ai construit un book de mes meilleures actions. Lorsque je sors d’un rendez-vous qui fut difficile sur ce thème, je me plonge dedans pour ne laisser aucune chance à mon moral de descendre. C’est un truc tout simple à effet immédiat et sans intervention d’autrui. Le mauvais moment est effacé de suite et je peux poursuivre la journée de bonne humeur et avec toute l’efficacité que cela implique : il n’y a pas de temps à perdre.

Mais la première des conditions de réussite me semble être que le conjoint considère son épouse comme son égale à tous les niveaux. Et puis, de la même manière qu’une épouse devrait le faire pour son conjoint d’entrepreneur : qu’il la soutienne moralement dans son entreprise.

Merci à Delphine d’avoir accepté de répondre à nos questions !

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