Pourquoi les femmes hésitent-elles encore à créer leur entreprise ? Goretty Ferreira, la fondatrice de l’Agence pour l’entreprenariat féminin,  est convaincue que leur principal handicap est l’autocensure qu’elles s’appliquent systématiquement, à chaque étape de leur projet.

Voici pourquoi.

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise, en quelques mots ?

Je suis une femme de terrain, de communication et de relations interpersonnelles.

Une passionnée et une opérationnelle engagée dans l’entreprenariat depuis 20 ans : en tant qu’intrapreneure et entrepreneure.

Je viens du milieu de la finance, où j’y ai passé les 16 premières années de mon parcours professionnel. On pourrait croire que la finance est loin du monde de l’entreprenariat, mais ce n’est pas le cas. L’esprit entreprenarial est partout quand il s’agit de développement, de croissance, de performance ou encore de pérennité d’entreprise.

Sur les huit dernières années j’ai occupé le poste de Directrice en développement et stratégie commerciale. J’ai crée et développé plusieurs entités pour des groupes de grande renommée. J’ai poursuivi mon parcours en tant qu’Executive Coach avec l’Agence pour la performance Humaine. Lors de mes missions régulières en entreprise, mes champs de compétences se focalisent sur l’accompagnement des dirigeants, des managers, des cadres ou encore des équipes.

Mon expertise est tournée vers la performance, la productivité, l’efficacité… et le bien-être.

Mes 20 années d’expériences professionnelles m’ont apporté le pragmatisme et le recul nécessaires face aux réalités humaines, économiques et financières pour développer et assurer la pérennité d’une entreprise.

Forte de cette solide et riche expérience, en tant que femme engagée et mère de deux filles, il m’était indispensable d’apporter ma contribution pour faire bouger les lignes en faveur de la femme ; ce qui a renforcé ma volonté de dédier mon activité aux femmes en créant L’Agence pour l’Entreprenariat Féminin.

L’Agence pour l’entreprenariat féminin accompagne toutes structures fondées ou co-fondées par une femme.  Nous les accompagnons dans le pilotage stratégique et la conduite du changement. Nous les aidons à identifier leurs opportunités de croissance et les accompagnons dans chacune des étapes de leur développement.

Notre mission est aussi la leur : Croissance, Rentabilité et Pérennité !

Pourquoi créer une agence spécialisée dans l’entrepreneuriat féminin ?

Ma volonté était d’orienter mon engagement envers les femmes. Contribuer au fait qu’elles occupent, enfin, la place qui les attend dans le milieu entrepreneurial et qu’elles soient reconnues pour leurs réussites. Permettre à celles qui veulent entreprendre d’oser entreprendre et à celles qui ont entrepris de ne pas être confinées dans une économie informelle.

Pour cela il y a deux axes de travail :

  • Leur savoir-être : acquérir la confiance en elles suffisante à la gestion de leurs peurs et de leurs freins et acquérir les comportements et les attitudes favorables à leur réussite.
  • Puis, leur savoir-faire : savoir gérer, développer et pérenniser leur entreprise.

Les deux étaient indissociables.

Créer une agence qui leur soit propre où elles puissent être accompagnées dans la durée et où elles trouvent la réponse à ces besoins dans leur globalité était pour moi une évidence.

Je voulais mettre les femmes au cœur du processus, comme un soleil. Elles sont au centre et autour d’elles il y a toutes les branches d’expertises, prêtes à être actionnées, répondant à leurs besoins et à leurs objectifs.

Au travers ce ‘’business model’’, il était important pour moi de privilégier le relationnel, la simplicité de gestion et l’accessibilité des expertises mais aussi la rentabilité de leur investissement… un premier pas vers leur confiance indispensable à l’acte d’entreprendre et à leur réussite.

Entreprendre au féminin

A votre avis, quels sont les freins qui empêchent les femmes d’entreprendre ? Coline Debayle,co-fondatrice d’Artips, estime que ce sont surtout les femmes qui s’ « auto-censurent » elles-même (voir interview). Partagez-vous cette analyse ?

Je partage en effet l’avis de Coline Debayle, les femmes s’autocensurent. Quelque soit l’étape du projet, les femmes s’autocensurent systématiquement. Cela se traduit essentiellement par un manque de confiance. Avoir confiance dans ce qu’elles font et dans ce qu’elles sont.

Mais la principale difficulté c’est qu’elles n’en sont pas responsables, la majorité n’arrivent pas à le contrôler, ou pire, n’en n’ont même pas conscience. Ceci est la cause de l’éducation, mais aussi des préjugés et des croyances culturelles et sociétales dans lesquelles nous évoluons.

Le problème est très profond, puisqu’il est ancré dans leur « programmation interne » relevant de l’inconscient et tout individu est principalement contrôlé par son inconscient. L’inconscient est le siège de nos souvenirs, de nos habitudes, de nos réflexes et de nos instincts. Il est le réservoir de nos connaissances, le répertoire de toutes les données du monde que nous avons reçu depuis notre naissance par l’entremise de notre conscience objective.

Notre conscience est scindée en deux parties. D’un côté le conscient, qui est la pointe de l’iceberg, et de l’autre l’inconscient qui est la partie immergée de notre conscience. Le conscient et l’inconscient travaillent main dans la main. L’un apporte des informations à l’autre qui les archive jusqu’à ce qu’on en ait besoin.

Notre conscience objective est une fenêtre sur le monde extérieur. Seulement,nous regardons tous à travers la fenêtre de notre maison et l’intérieur de notre maison est notre inconscient. Nous regardons donc de l’intérieur vers l’extérieur.

Les femmes sont alors contrôlées par leur programme interne. Il forme leurs pensées, leurs paroles, leurs habitudes, leurs réactions et leurs actions involontaires !

Voilà où se trouvent les freins des femmes aujourd’hui. Simone de Beauvoir écrivait dans les années 1970 que notre condition de femme n’est pas une fatalité génétique mais une conséquence culturelle : « on ne nait pas femme, on le devient ». Cette affirmation est encore très largement d’actualité aujourd’hui.

Selon vous, quelles seraient les mesures qui pourraient aider les femmes à créer et à développer leur entreprise ? Y a t-il des besoins spécifiques ?

De nombreuses aides gouvernementales ont été mises à la disposition des femmes pour l’aide à la création d’entreprise. Mais nous sommes-nous vraiment interrogés sur tous les besoins que peut avoir une future dirigeante d’entreprise ? Je ne le pense pas.

Les femmes et l’entrepreneuriatAujourd’hui il manque des actions complémentaires qui viendraient contrer les plus gros freins liés à l’entreprenariat : le savoir-être. Il faut avancer, œuvrer pour réussir à dépasser ces difficultés culturelles. La confiance, les peurs, la légitimité, la cohérence sur les projets, l’esprit entreprenarial doivent être fondamentalement travaillés.

Les femmes doivent acquérir de nouveaux comportements, de nouvelles attitudes et aptitudes indispensables à leur évolution et à leur réussite. La dimension personnelle est très importante.

Même les fonds d’investissement nous le prouvent. Les investisseurs investissent dans les équipes, dans les personnes, bien au-delà du projet lui-même. C’est l’entrepreneur qui porte le projet et pas le projet qui porte l’entrepreneur.

L’État devrait favoriser l’accompagnement des structures privées qui relèvent du coaching, de la conduite du changement. Les rendre accessible en les reconnaissant et en les remboursant au même titre que la formation à toutes les femmes qui souhaitent entreprendre ou qui entreprennent. Cette action encouragerait vraiment l’entreprenariat féminin, permettant à un grand nombre de femme de passer le « cap »,  se sachant aidées financièrement et accompagnées sur leurs besoins premiers.

Les avantages se répercuteraient sur la durée, permettant un vrai travail de fond quant à la survie ou la croissance des entreprises. Nous avons tous des freins à lever et un potentiel à développer.

A titre personnel, avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme pour créer votre entreprise ?

Bien sur, j’ai rencontré pleins de difficultés. Des difficultés personnelles, financières, administratives, relationnelles et sûrement d’autres encore. Mais la majeure partie de ces difficultés est propre à tout entrepreneur, nous y sommes tous confrontés, les femmes comme les hommes.

Ce qui fera la différence face à ses difficultés, relève encore une fois du savoir-être. La confiance, la foi en son projet, la détermination, la persévérance, la passion…Oser !

Oser la visibilité, oser faire, oser se tromper, oser convaincre, oser parler de soi, oser parler aux autres, oser sortir, oser rencontrer, oser écouter, oui clairement, oser se mettre en avant, oser l’audace.

Quand vous croyez en vous, en vos compétences, en votre projet et que vous osez, la magie opère. Être une femme n’est absolument pas une difficulté, bien au contraire.

Quel conseil vous a été le plus utile ? Et l’erreur que vous auriez pu éviter ?

Aucun. Car je crois que c’est ce qui se trouve derrière le conseil qui est le plus utile et qui à le plus d’influence dans votre vie : l’Humain.

Pour ma part, ce ne sont pas les conseils qui me font grandir, progresser ou réussir, mais les rencontres et les échanges que la vie m’offre. C’est la richesse de ces rencontres qui m’amènera à m’ouvrir, à m’interroger, à m’inspirer, à reconsidérer une opinion. C’est la richesse de ces rencontres qui sera déterminante et qui coordonnera indirectement ma vision, mes choix et mes actions.

D’ailleurs, soyons clairs, un conseil ne sera jamais appliqué à la lettre, l’individu suivra toujours une part de son intuition, c’est humain et tant mieux. Il est la seule personne à savoir ce qui est bon pour lui.

La preuve étant, en coaching professionnel, donner des conseils est contre éthique et déontologique, nous devons amener la personne à s’interroger, à se poser les bonnes questions, à trouver un sens et une cohérence à ses possibilités, pour faire les bons choix, ceux qui lui permettront de satisfaire ses besoins, de respecter ses valeurs et d’atteindre ses objectifs personnels et/ou professionnels.

Concernant l’erreur c’est pareil, je vous répondrai : aucune. En effet, je pars du principe que je n’aurais pu éviter aucune de mes erreurs. Mais pour moi cela a peu d’importance. Mes erreurs m’ont permise d’en être là où j’en suis aujourd’hui dans ma vie personnelle et professionnelle et c’est l’essentiel. Les erreurs sont les apprentissages de la vie, ce qui nous permet de nous remettre en question, de s’auto-analyser, d’être plus forts et plus épanouis. Les erreurs font partie du chemin que nous devons prendre pour évoluer, devenir meilleur et être au bon endroit.

Merci Goretty !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Crédit photo : Shutterstock.com 
Mettre en favoris et partagerEntreprise»Abonnement