Bonjour Claire,

Vous avez créé votre entreprise de prestation de services offshore (Inde) dans trois secteurs : l’informatique, le conseil stratégique et le “business development”.

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise ?

Moi c’est Claire, 26 ans, diplômée de l’école supérieure de Bordeaux (ESC – BEM) en 2011. Dès l’obtention de mon diplôme, j’ai été embauchée en tant qu’ingénieur commercial par une jeune SSII sur Aix En Provence. Après plusieurs mois dans cette société et alors que je m’interrogeais sur ma capacité à accepter certaines décisions, certaines façons de faire sans rien dire et donc mon souhait d’y rester, j’ai eu l’opportunité de créer LastShore.

La création d’entreprise répondait à plusieurs questions. J’avais en effet travaillé à plusieurs reprises pour des grands groupes, notamment Procter&Gamble, et avais conclu que ça n’était pas fait pour moi. J’avais alors opté pour la PME familiale, qui, visiblement, ne me convenait pas non plus… J’étais donc faite pour quoi ? Et bien… pour diriger ma propre société bien sûr !

LastShore est une société française qui s’appuie sur une structure indienne créée en 2007 : cette structure nous permet de travailler avec notamment des développeurs et ainsi de proposer des prestations de services informatiques offshores. Nous avons un fonctionnement particulier par rapport à d’autres sociétés proposant de l’offshore puisque nous tenons à ce que l’intégralité de la gestion de projets soit maintenue en France, pour, en autres, des raisons de qualité et de compréhension du client et de ses besoins.
Nous proposons deux types de fonctionnements.

Le premier, qui représente 95% de notre activité, est un fonctionnement type assistance technique ou mission d’intérim : le client sélectionne le profil avec lequel il souhaite travailler et une fois la mission démarrée, il gère le développeur directement. Nous les mettons en contact, grâce à des outils tels que SKYPE ou Yahoo Messenger et nous leur apportons tous les conseils nécessaires à la réussite de cette collaboration. Nous connaissons les Indiens, leur culture, nous connaissons personnellement chacun des développeurs avec lesquels et nous pouvons donc informer nos clients sur les points sur lesquels il faudra être particulièrement attentif. Nous les accompagnons ensuite pendant toute la prestation, clients et développeurs, pour nous assurer que tout se déroule correctement et qu’il n’y a pas d’incompréhension, ni d’un coté ni de l’autre. Nous n’intervenons pas dans le projet, notre rôle ici est purement un rôle de gestion de ressources humaines.

Le second fonctionnement est celui du projet au forfait, classique. Notre client nous confie son cahier des charges (ou nous charge de le rédiger) puis nous réalisons le projet en interne, avec un chef de projets français qui reviendra régulièrement vers le client pour lui faire part des avancées ou des questions de design, par exemple… Nous tenons à ce qu’il y ait un lien fort entre le chef de projets et le client qui ne peut pas être totalement exclu du processus.

Comment vous est venue l’idée ? Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer ce projet ?

Comme je l’ai expliqué plus haut, j’étais un peu perdue. PME ou grand groupe, je ne savais plus trop où aller. Ce que je souhaitais, c’était avoir une voix. Que mon avis soit pris en compte et pas uniquement réutilisé à mes dépends. Que ma personnalité soit un atout et non un fardeau. Que les valeurs mises en avant par la société dans laquelle je travaillais soient réelles, et pas juste une liste. J’étais également frustrée dans mon travail : j’avais pour rôle de répondre aux besoins de mes clients, qui me les confiaient sans hésiter mais en parallèle, je ne parvenais que rarement à trouver le profil idéal. On me demandait des développeurs JAVA, PHP… des technologies pourtant communes. Mais je n’avais jamais la bonne personne, au bon moment, avec la bonne motivation et des prétentions salariales réalistes. Déroutant, non ?

C’est alors que j’ai rencontré par hasard Jean-Xavier Bersot (sur un circuit de moto, pour tout vous dire) ! Il est le gérant d’une société française qui, en 2007, a cherché à recruter en France un développeur PHP… et ne l’a jamais trouvé ! Son besoin l’a poussé à créer une structure en Inde, utilisée alors uniquement pour ses projets internes. Pendant des années, il a appris à recruter les bonnes personnes, à les faire monter en performance, à les former à ses méthodologies, à les garder, etc… Il avait alors, avec l’un de ses associés, l’idée de proposer un service de prestations informatiques indiennes. Mais la compétence pour monter cette société était manquante dans leur carnet d’adresse. Le projet était donc en suspend.

Lorsque j’ai expliqué mon métier et mes doutes sur mon poste à Jean-Xavier, il m’a tout de suite proposé de m’associer à lui pour monter cette société de prestations de services offshores ! J’étais la pièce manquante du puzzle et nos discussions, notre vision commune des problématiques, notre complémentarité et mes constats sur les difficultés à recruter des développeurs en France nous ont convaincus de nous lancer ensemble dans cette aventure.

J’ai eu la chance pour me lancer d’avoir des associés avec des compétences différentes, une expérience plus importante que la mienne et de grandes qualités humaines. Jean-Xavier, gérant d’Oboulo.com, m’apportait principalement un support technique et managérial : il avait par exemple une parfaite connaissance de la culture indienne qu’il m’a transmise, il a pu m’épauler pour les différentes étapes de la création de l’entreprise en elle même (qui sont souvent longues et épuisantes) et aujourd’hui encore après deux ans de développement de LastShore, m’apporte encore des idées et des conseils. Julien, gérant d’Edit-Place, m’a quant à lui accompagné sur l’aspect commercial. Il a une importante expérience sur cet aspect et a pu m’en faire bénéficier.

Créer son entreprise, c’est compliqué, et si je me suis lancée, je pense, c’est avant tout parce que j’avais à mes cotés les bonnes personnes pour m’accompagner.

Société offshore de développement informatique

Créer et gérer une entreprise, ce n’est pas si simple. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui se lance dans la création d’une entreprise ?

Pour qu’une société fonctionne, je pense qu’il y a deux choses nécessaires.

Avant tout, la compétence. On ne se lance pas seul dans une société de création de caramel si nous avons passé notre vie à fabriquer des chaussures… Si nous n’avons pas, nous mêmes, la compétence, alors il faut savoir s’encadrer. Trouver le bon associé. Celui qui aura la bonne compétence mais qui également, partagera votre vision des choses. Celui qui sera conscient qu’il est nécessaire pour la bonne marche et le développement de cette entreprise, mais que nous le sommes au même titre que lui. Celui avec lequel nous pourrons discuter de toutes les problématiques que nous pourrons rencontrer au cours de la vie de l’entreprise, même lors de coups durs. Bref, la bonne personne.

Ensuite, l’organisation. Peut-être un peu moins commune comme idée sur les points clés de la réussite d’une entreprise mais pour moi elle est primordiale. L’organisation permettra de travailler vite et bien. Elle nous permettra de répondre avec réactivité à nos clients et de ne jamais en oublier un au passage. Et la réactivité, si il y a des concurrents, c’est ce qui nous démarquera. Une bonne organisation nous permettra de savoir et d’anticiper où il faut être et à quel moment, pour que rien ne soit jamais laissé au hasard. Elle servira aussi d’exemple à nos employés et partenaires qui s’efforceront de l’être également, pour un service encore plus efficace !

Une fois que nous avons cela, il faut bien sûr tenir une feuille de trésorerie ou un budget (ça va de pair avec l’organisation, je pense) qui permettra de s’assurer au quotidien que nous ne sortons pas des clous.

Un avocat permettra de valider le concept et d’alerter sur les risques éventuels, etc… dans notre cas par exemple, notre avocate nous a averti sur les risques liés au prêt de main d’œuvre illicite dans lequel il ne fallait pas tomber.

Et enfin, pensez à demander à votre banquier une facilité de caisse ! Il est toujours plus facile de l’obtenir quand tout va bien que quand on en a vraiment besoin !

Se lancer, oui ! Mais on a une vie à côté… avez-vous dû faire des sacrifices pour vous lancer ? En faites-vous toujours actuellement ?

Aussi étonnant que ça puisse paraître, pas tant que ça. Je dirais même que j’ai gagné en qualité de vie. Avant tout, je travaille depuis chez moi. Fini les temps de trajet indécents, les embouteillages et les rendez-vous à la banque le samedi matin. Au lieu de prendre ma voiture à 7h du matin pour être opérationnelle à 8h, j’attaque ma journée à 7h.

Forcément, il est plus difficile de couper : je reçois mes mails soirs et weekends et suis en mesure de gérer les urgences quand il y en a. Mais ce n’est pas réellement un sacrifice puisque je le faisais aussi avant. Je n’ai pas encore d’enfants donc je peux me consacrer à 100% à LastShore sans avoir d’obligations à coté.

Concrètement, qu’est-ce que l’entreprise vous a apporté de bien à vous, à titre personnel ?

Tellement de choses…

Avant le lancement officiel de LastShore, ce projet m’a donné confiance en moi. Il m’a permis de me rendre compte du soutien que j’avais autour et de ce que les gens pensaient de moi. J’avais 24 ans. Et seulement 11 mois d’expériences professionnelles depuis l’école donc 5 en stage. Ça a été fabuleux de m’apercevoir qu’on croyait en moi. Quand le projet a été évoqué la première fois, des centaines de questions se sont bousculées parmi lesquelles « je me lance ? » et « je me lance pas ? » J’ai appelé deux personnes. Une amie, qui m’a répondu « rien n’arrive jamais par hasard » et qui a su trouver les mots pour me rassurer sur cette opportunité que je devais saisir. Et mon père. Qui m’a dit « c’est un projet fou mais telle que je te connais t’es fichue de le réussir »

Ensuite, j’ai dû aller en Inde pour prendre en main ce projet. Quelle belle surprise ! Je suis tombée sous le charme… sous le charme de cette culture, de ces gens, de ces rues bruyantes, de cette gentillesse. Je me suis sentie bien, là bas, et aujourd’hui, au quotidien, le contact avec les équipes Indiennes m’apporte énormément.

Enfin en termes d’expériences, de maturité. Gérer LastShore me permet d’être confrontée, certaines fois, à des situations difficiles à gérer. Les maîtriser m’apprend beaucoup sur moi même et me permet de gérer certaines situations, pourtant très différentes, dans ma vie de tous les jours. J’apprends à aller de l’avant, à ne plus attendre qu’un changement vienne d’ailleurs, je le provoque.

Que recherchez-vous pour votre entreprise à ce jour ?

Un développement progressif et stable. Je veux que mes équipes puissent avoir une vision claire sur la société pour laquelle elles travaillent et s’y sentent en sécurité.

Je souhaite également étendre notre activité, développer de nouvelles compétences. Nous sommes aujourd’hui spécialisés en développement PHP, je veux que nos clients soient conscients qu’ils peuvent aussi faire appel à nous pour des besoins différents : d’autres technologies telles que JAVA, sur lesquelles nous avons des demandes encore trop rares.

Je vais terminer par une question originale : entreprendre, est-ce pour vous une manière d’exercer des talents artistiques ou est-ce que cela n’a rien à voir avec l’art ?

Disons qu’on ne peut pas comparer l’entrepreneuriat avec tous les arts.

Si on prend, par exemple, la peinture ou le dessin. Il s’agit de créer quelque chose, qui plaira à certains et pas à d’autres, qui représentera un état d’esprit à un moment donné… Alors non, entreprendre n’est pas un art.

Si par contre non prenons pour exemple un orchestre, avec le dirigeant pour chef d’orchestre et le créateur pour compositeur, nous nous en rapprochons. Créer une société, c’est avoir de l’imagination, une vision globale sur un projet. La diriger, c’est être capable de s’entourer des meilleures personnes pour transformer une idée, une note, en un somptueux ensemble orchestral.

Mon art, à moi, celui de LastShore, c’est d’être capable de comprendre le besoin d’un client et d’y répondre avec franchise, transparence, efficacité et réactivité.

Merci Claire !

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