Bonjour Chantal,

Vous avez créé une activité assez atypique dans le domaine de l’entrepreneuriat :

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise ?

Je m’appelle Chantal Djedje, j’ai 44 ans et deux grandes filles de 21 et 18 ans. Mon parcours professionnel est assez hétéroclite , peut être parce que je suis curieuse de nature.

Agence conseil en communication et marketing, production audiovisuel et dernièrement accompagnement d’associations dans le montage de projet et la recherche de financements au sein d’une structure, mais aussi comme auto entrepreneur. C’est dans ce dernier poste que j’ai fait le constat que les sources de financement pour les associations se réduisent même en intégrant les programmes européens.

L’objectif de ce site est d’étendre la palette d’outils mis à la disposition des associations et organisations pour accomplir leurs missions en stimulant la générosité publique. C’est une plateforme communautaire pour accompagner les solidarités individuelles de particuliers ou d’entreprises et soutenir des projets associatifs de proximité dont l’action est réalisée en France. Les valeurs d’ « undonpouragir.fr » sont la proximité, la transparence, l’échange et la solidarité.

Financement associations

 Comment vous est venue l’idée ? Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer ce projet ?

Le constat que les financements publics ne peuvent pas, à eux seuls, répondre aux besoins de notre société en crise qui augmente chaque jour la précarité et la lecture  du rapport 2010 de « France Générosité » sur l’état de la générosité des Français. Près de deux milliards d’euros sont collectés chaque année en France. Une part minime de cette somme est utilisée pour des actions faites en France par les petites et moyennes associations de proximité. Je ne parle donc pas des grandes causes telles que les “restos du cœur” ou le “Téléthon”.

La question est pourquoi ? Pourquoi l’argent donné par les Français ne sert pas plus à aider des actions sur le territoire Français ?

Une partie des réponses est dans le fait que nous sommes persuadés que les associations ont des subventions et que celles-ci leur permettent de mener à bien leurs actions.

Une autre des raisons est que les petites et moyennes associations ne communiquent pas assez pour faire connaître leurs actions qui pourtant sont le socle du vivre ensemble. Non qu’elles ne le veuillent pas, mais parce ce n’est pas dans les usages et elles n’ont pas les compétences en interne pour mener de telles opérations de communication.

Et le dernier point que j’évoquerai est la valorisation des donateurs. Il est plus valorisant de dire en société qu’on parraine un enfant au Darfour, et je trouve que c’est une très belle action, que de dire qu’on a fait un don au centre social de notre quartier. Il faut valoriser les dons et les actions menées par les structures de proximité et c’est la communication qui peut faire ce travail là.

Créer et gérer une entreprise, ce n’est pas si simple. Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui se lance dans la création d’une entreprise ?

Bien analyser sa situation personnelle, savoir si on est autonome dans la prise de décision, si on est sujet au stress et si on est vite débordé… bien déterminer ses compétences et les incompétences.

Moi pour mon projet je savais que je n’étais pas compétente sur les techniques internet alors que c’est est une variable incontournable de mon mix, de mon circuit de distribution. Mon associé est ingénieur réseaux. Dans le recrutement des salariés on a privilégié l’âge et l’activité sur les réseaux sociaux plutôt que l’expérience.

Nos deux salariés, le développeur et le graphiste sortent de l’école mais ils ont grandi avec internet et les réseaux sociaux.

Côté comptabilité et juridique nous avons choisi de travailler dès le départ avec un cabinet d’experts-comptables, ce qui représente un coût pour une entreprise en création, pour pallier tous risques d’erreur de gestion parce que nous sommes sur un secteur sensible. Collecter de l’argent nécessite une rigueur et du contrôle. Cela me permet de me libérer de ce poste qui prend beaucoup de temps.

Le principal conseil que je donnerais serait de bien évaluer ses forces et faiblesses sans complaisance.

Se lancer, oui ! Mais on a une vie à côté… avez-vous dû faire des sacrifices pour vous lancer ? En faites-vous toujours actuellement ?

J’ai créé ma première entreprise quand mes filles étaient petites. Et là , c’était vraiment difficile, parce que je ne voulais pas négliger mon rôle de mère, je voulais garder des moments complices avec elles. Mon mari à l’époque ne me soutenait pas puisque je quittais un poste de cadre bien payé pour quelque chose d’incertain. J’ai d’ailleurs fini par vendre mes parts car le grand écart devenait ingérable.

Aujourd’hui mes filles sont grandes, 18 et 21 ans. Elles participent à l’entreprise, elles sont les reines de Facebook et Google +. Je les ai impliquées dès le début. Elles sont à l’origine de la carte cadeau « transmettre des valeurs solidaires ». Elles ont fait l’étude auprès de leurs amis pour savoir comment ils recevraient un tel cadeau venant de leurs grands parents.

Pour moi je ne fais pas beaucoup de sacrifice parce que je partage quelque chose avec mes filles. Je pense que c’est le bon moment. Je m’oblige à faire une heure de sport par semaine, et une série télé en VO pour m’obliger à me concentrer et décrocher du boulot. C’est ma soupape de sécurité. Pour ma vie amoureuse, on verra plus tard…rires.

Concrètement, qu’est-ce que l’entreprise vous a apporté de bien à vous, à titre personnel ?

A titre personnel, je me suis réconciliée avec moi-même. Je réunis dans cette entreprise mes deux faces. Une face qui pense que la logique entrepreneuriale est nécessaire au développement de notre société et l’autre qui pense que ce développement ne peut être bénéfique si on ne prend pas en compte la valeur humaine.

J’ai créé une entreprise dans une logique d’entreprise, c’est une SARL et non une association, mais je suis à l’écoute de l’humain, car son objectif est l’aide aux associations qui s’occupent des personnes en difficultés.

Je ne suis pas obligée de choisir entre gestion et rentabilité, comme cela était le cas dans mes postes précédents et implication sociétale que je devais satisfaire dans mes activités associatives.

Que recherchez-vous pour votre entreprise à ce jour ?

Qu’elle trouve sa clientèle…gros rire. Comme tout chef d’entreprise : qu’elle marche !

Je vais terminer par une question originale : entreprendre, est-ce pour vous une manière d’exercer des talents artistiques ou est-ce que cela n’a rien à voir avec l’art ?

La question n’est pas originale. Je peins , j’ai fait de la réalisation cinématographique , je suis sensible au processus de création. Le cheminement est presque le même. Dans le dictionnaire , la définition de “création” c’est l’action de donner de l’existence. Je pars de quelque chose qui est dans ma tête et donc personnel et j’essaie de lui donner vie pour le faire partager avec les autres. Et ceci étape par étape en prenant en compte les contraintes extérieures, le peintre la palette de couleur, le réalisateur les contraintes budgétaires et techniques, l’entrepreneur les contraintes du marché. Et après, comme le peintre et le réalisateur, attendent de voir comment le grand public va accueillir leurs œuvres, je suis dans cette phase, j’attends de voir comment le public va accueillir ma création.

Merci Chantal !

Pour contacter Chantal, vous pouvez :

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