Bonjour Bertrand,

Vous avez choisi de lancer votre activité à Barcelone.

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise ?

Ancien cadre commercial et marketing chez Danone puis Reckitt Benckiser, je me suis souvent senti frustré par les services des agences, qui souvent ne cherchent pas à répondre à un objectif marketing ou ne le comprennent pas. Leur objectif est en général de gagner une statuette à Cannes, et si leur créativité aide à vendre ça ne les contrarie pas tant qu’ils peuvent faire un spot primé, ou un pack publié.

En marketing Grande Conso, nous avons les yeux rivés sur les tableaux de bord, sur les KPI que sont la part de marché, la pénétration, la répétition … les agences qui se prennent pour des artistes et recherchent la gloire médiatique au lieu de rechercher les ventes nous rendaient plutôt nerveux.

Barcelone est une ville célèbre pour son design, où se trouvent de bonnes écoles, de bonnes agences et où il est facile d’attirer des talents étrangers. Plusieurs fois en travaillant pour Danone ou Reckitt Benckiser je me suis dit qu’il faudrait avoir une agence pilotée par une équipe de marketing pour vraiment avoir un bon service.

Puis j’ai rencontré un Directeur Créatif à fort potentiel, et une Directrice de Production qui pilotait tous les packs produits pour Nestlé dans une agence internationale. Ensemble nous avons voulu tenter l’aventure et nous avons fondé Little Buddha fin 2006.

Agence de communication à Barcelone

Comment vous est venue l’idée ? Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer ce projet ?

L’idée vient du service inadapté qu’offrent la majeure partie des agences.

En plus de la conviction de pouvoir faire mieux que les agences présentes. J’arrivais à un moment de ma vie où j’avais l’impression d’avoir appris tout ce que je voulais apprendre dans les grandes écoles vente et marketing de grand conso que sont Danone et Reckitt Benckiser. J’avais aussi créé une agence dans le groupe Havas où le principal obstacle était en interne,  alors j’ai eu envie d’entreprendre.

Créer et gérer une entreprise, ce n’est pas si simple. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui se lance dans la création d’une entreprise ?

Oui, c’est assez complet disons. Et plutôt passionnant : je gagne moins que lors de mon dernier poste chez Havas j’ai investi toutes mes économies et je travaille plus que jamais dans ma vie.

Mais si je peux l’éviter je ne redeviendrai jamais employé. ..

Les satisfactions sont nombreuses : j’ai choisi personnellement la plupart des 30 personnes qui viennent tous les lundi avec l’envie de faire partie de ce projet, nous travaillons avec des grandes marques nationales et internationales et je ne perds pas mon temps dans des jeux politiques stériles voire malsains, et dans une entreprise de cette taille la progression est au mérite.

Pour des jeunes entrepreneurs je dirais des choses simples mais essentielles :

- DIY :
N’espérez d’aide de personne. On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise mais ne comptez pas dessus.
Moi j’espérais travailler sans relâche pour mes anciens collègues et amis, 8 ans plus tard ceux qui m’ont donné une opportunité se comptent sur les doigts d’une main.
Mais au final, les clients gagnés en « cold call » ont un petit goût de gloire plutôt agréable (comme on dit en espagnol) et sont fidèles si on travaille bien.
- MICRO MACRO :
Monter une entreprise demande de penser au micro détail sans intérêt (où assoir chaque personne et où acheter des fauteuils solides et ergonomiques) et en même temps penser à des idées stratégiques. Penser à la newsletter qui n’est pas prête et doit partir demain et penser qu’il faudra déménager dans deux ans si on continue à grandir à cette vitesse.

- INVESTIR SUR LE TALENT :
Depuis le début je dépense beaucoup de temps à rechercher les meilleurs professionnels.
Et je réinvestis toute notre marge en recrutant des personnes que je sélectionne toute l’année. En seulement 8 ans nous sommes devenus l’une des 5 plus grandes agences de Branding d’Espagne.

- NE PAS HÉSITER À RENVOYER :
Comme j’étais pétri de valeurs progressistes et que je voulais faire de l’agence une « bande d’amis » avec une bonne ambiance, j’ai fait l’erreur d’essayer pendant un an et demi de motiver une designer qui travaillait de façon très inégale suivant les jours, après l’avoir changé plusieurs fois d ‘équipe et demandé à mes associés de la coacher de plus près, j’ai fait un entretien avec elle, lors duquel elle m’a confessé « n’avoir pas la tête au travail et savoir que tôt ou tard j’allais la virer ».
Du coup je lui ai donné son licenciement qu’elle a accepté tout de suite : j’ai perdu un an et demi et j’ai fait perdre du temps à toute mon équipe créative.

De plus, je pensais que mon équipe allait protester de cette décision, mais pas du tout : plusieurs sont venus me voir pour me dire que j’avais mis du temps à prendre une décision. Avoir un bras cassé dans l’équipe, ça démotive ceux qui travaillent sérieusement, c’est injuste.

Je n’ai pas eu la nécessité de licencier d’autre personne depuis, mais j’ai donné deux avertissements à deux personnes et elles sont informées que si elles ne rectifient pas le tir dans les trois mois, elles devront quitter l’entreprise. Il ne faut pas perdre de temps.

Et il faut oublier le fantasme d’être l’ami de ses employés, ce n’est pas notre rôle.

Agence de communication Little Buddha

Se lancer, oui ! Mais on a une vie à côté… avez-vous dû faire des sacrifices pour vous lancer ? En faites-vous toujours actuellement ?

Comme nous avons fondé Litte Buddha en pleine crise, avec des banques qui ne prêtaient pas un euro, j’ai dû travailler très dur au début (je faisais Account Executive et Directeur de la Stratégie le jour, comptable, et je montais les présentations la nuit, …) et progressivement, tandis que je recrutais des personnes à qui je déléguais des fonctions l’agence grandissait à un rythme accéléré m’obligeant à une forte implication sur les recrutement, la gestion des projets etc.

Ma vie sociale a ainsi connu un essoufflement, mon temps me semble mieux employé en compagnie de mes enfants ou en travaillant pour mon agence.

Concrètement, qu’est-ce que l’entreprise vous a apporté de bien à vous, à titre personnel ?

- Le bonheur de ne pas perdre du temps en manœuvres politiques stériles

- La satisfaction de ne pas passer d’un chef excellent et motivant à un despote obtus tous les deux ans. Être son propre chef est un vrai bonheur.

- La reconnaissance de mon équipe qui transmet une vraie passion de faire ce chemin ensemble, qui me le dit, le montre tous les jours. Ça me motive plus que tout.
Lundi, je demande à un designer junior de retour de vacances comment il va. Il me regarde avec les yeux brillants « trop content d’être de retour » me dit-il.  Rien ne remplace ce regard, ce garçon me donne envie de me battre tous les jours pour le faire grandir et pour l’avoir à mes côté encore dix ans.

Que recherchez-vous pour votre entreprise à ce jour ?

Mon objectif est d’ouvrir un bureau à Paris en complément de celui que j’ai ouvert récemment à Cambridge et à Oporto.

Nous pouvons offrir à une entreprise française un meilleur service que celui qu’offrent les agences actuelles et à un meilleur tarif en ayant une équipe internationale basée à Barcelone.

A Barcelone nous sommes plusieurs français et quelques francophones, nous avons un nouveau Directeur Créatif exécutif Australien, des talents de différents pays passés par de très bonnes agences, notre avenir est à Paris.

Je vais terminer par une question originale : entreprendre, est-ce pour vous une manière d’exercer des talents artistiques ou est-ce que cela n’a rien à voir avec l’art ?

Comme nous nous consacrons au branding, et que de surcroit je suis féru d’art et de photo certains amis pensaient que mon projet avait une vision artistique.

Pas vraiment.  Bien sûr avoir une certaine sensibilité en typographie, photo, design ou marketing m’aide à mieux piloter les équipes, mais précisément j’essaie de me différencier des agences d’artistes qui ignorent le brief et se font plaisir. Nous sommes une agence qui ne se présente pas ou peu aux prix de design, ce n’est pas notre but.

Notre but c’est que Danone vende plus de yoghourts, que la dernière innovation de Henkel Dusselfdorf soit un succès commercial et que le restyle en cours pour Revlon permette de mieux transmettre les valeurs de la marque et de la gamme de produits et permette une forte progression des ventes.

Merci Bertrand !

Pour contacter Bertrand, vous pouvez :

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