Bonjour Alexandre,

Vous avez une solide expérience dans votre secteur d’activité (la communication) mais aussi en tant qu’entrepreneur, puisque c’est la seconde fois que vous créez une entreprise.

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise ?

Je m’appelle Alexandre Faure, je viens de monter mon studio de graphisme et communication cette année. Cela fait maintenant bientôt 15 ans que je travaille professionnellement dans ce domaine (avec une petite coupure de 3 ans où j’ai monté un restaurant sur La Rochelle).

La communication, le design et l’art en général fait partie de mon éducation car j’ai eu la chance d’avoir des parents intéressés par ces thèmes. J’ai donc baigné dans un univers très créatif.

Le studio Komet est une société qui a pour but la communication dans tous ses aspects.
Je ne sais pas tout faire, mais j’ai un réseau de contacts privilégiés (des entreprises avec lesquelles je travaille depuis longtemps, ou que je découvre au gré des demandes et des projets), ce qui me permet de répondre à presque toutes les demandes.

Mon travail est donc très variable, et mes activités très polyvalentes. Je peux aussi bien intervenir physiquement sur un projet de décoration pour un restaurant par exemple ou bien me positionner comme chef de projet ou Directeur Artistique sur une action qui dépasse mes compétences techniques comme la vidéo ou la prise de vue en studio.

Comment vous est venue l’idée ? Qu’est-ce qui vous a motivé à lancer ce projet ?

Après mes débuts dans une association Bordelaise de Culture Scientifique, où j’ai exercé mes compétences de graphiste et de scénographe, mon expérience de 10 ans en agence de communication en tant que graphiste avec pas mal de packaging et beaucoup de print, puis comme Directeur Artistique, j’ai créé ma première entreprise dans un domaine très différent, la restauration. Domaine qui fait aussi partie de ma vie, en tant que gastronome, mais aussi comme passionné de cuisine.

Ces trois années (ou j’ai tout de même continué la communication, mais pour mon restaurant), on été très formatrices sur le plan de la gestion et la création d’entreprise. J’ai fait beaucoup d’erreurs, fait des choix pas toujours judicieux, mais qui me permettent aujourd’hui d’aborder les choses de manières plus sereine.

Aujourd’hui je vis en Italie du Nord depuis un an, et la difficulté de trouver un emploi qui puisse me correspondre, la barrière de la langue que je ne maitrise pas encore parfaitement, m’ont poussé à créer ma propre structure, et à créer donc mon emploi, et donc à renouer professionnellement avec ce que finalement je sais le mieux faire : la communication visuelle.

L’existence d’internet, la facilité des échanges en Europe (pas toujours simple non plus…), ont fini par me décider, et travailler à quelques milliers de kilomètres de mes clients n’est au fond pas plus compliqué que d’être voisins.

Créer et gérer une entreprise, ce n’est pas si simple. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui se lance dans la création d’une entreprise ?

Créer une entreprise est à mon avis une aventure qui vaut le coup d’être vécue, mais il faut vraiment savoir où l’on met les pieds (et ça c’est souvent le plus difficile).

Il y a une sorte de fantasme sur la création d’entreprise :  être et devenir son propre patron, oui, mais c’est aussi un risque énorme si on n’est pas préparé. J’ai croisé beaucoup de créateurs d’entreprise, notamment par le biais de stages et de formations à la création d’entreprise. Un stage de 6 mois effectué avant de monter mon restaurant où j’ai vu beaucoup de choses, croisé pas mal de personnes, et sur les 25 personnes qui on fait ce stage avec moi, aujourd’hui une seule a créé une entreprise viable et aujourd’hui en bonne santé.

A quoi cela tient, je pense avant tout à la volonté des pouvoir publics de sortir des chiffres du chômage des personnes prêtes à tout pour se sortir d’une impasse professionnelle. Et donc on pousse un peu, de manière dramatique, des projets qui sont de toute façon voués à l’échec, de part leur nature parfois, de part la fragilité même de leur “créateurs”, et surtout par le manque de recul, et de temps qui est donné à ces créateurs.

Pour moi créer une entreprise ne peut se faire par dépit. Il faut y croire, avoir de bonnes idées, être passionné par ce que l’on fait, mais aussi et surtout, savoir écouter et être lucide. Écouter les conseils, écouter son environnement, professionnel, amical, social et familial.

Car on crée une entreprise aussi avec son entourage : le temps des horaires calés, des vacances programmées et programmables est bel et bien fini. Il faut donc être certain de pouvoir assumer ces changements. Être sûr que la personne qui est avec vous en a aussi envie. Il y a aussi les risques financiers, qu’il faut prendre en compte, avoir une vision à long terme, les deux premières années étant relativement facile, la troisième, il faut l’avoir anticipé, car c’est souvent là que les soucis arrivent.

Le tableau semble un peu noir, mais c’est la réalité, et il ne faut pas l’occulter, créer une entreprise n’est pas un long fleuve tranquille.

J’ai coutume de dire que créer une entreprise se fait par passion pour son projet. Le projet ne doit faire qu’un, car c’est son métier, sa vie, mais au bout du compte, sur le temps de travail, il n’y a bien souvent que peu de temps ou l’on prend du plaisir à travailler. Mais ce petit peu de plaisir vaut vraiment le coup. 80% d’obligation pour 20% de plaisir intense (et ces 20% qui peut aujourd’hui se vanter d’en avoir tous les jours ?).

Mais il faut faire aussi attention à ce que la passion ne soit pas comme des œillères, il faut avoir une vision au contraire large et ouverte, et ne pas se laisser enfermer par ce que l’on veut et peut faire. Si on ne peut pas faire soit même, il ne faut pas se freiner, mais plutôt chercher le partenariat, et développer son champ d’action.

Se dire que rien n’est impossible.Difficile oui, car la création d’entreprise n’est pas sans paradoxes !

Interview Alexandre Faure

Se lancer, oui ! Mais on a une vie à côté… avez-vous dû faire des sacrifices pour vous lancer ? En faites-vous toujours actuellement ?

Les sacrifices sont souvent inévitables. Alors oui on fait des sacrifices, j’en ai fait, mais aujourd’hui mon activité me permet surtout de choisir. J’ai des moments ou je travaille mieux, ou je suis plus créatif, et le fait de travailler de manière indépendante me permet de pouvoir travailler tard le soir, parfois la nuit, période calme et propice à la création. Alors cela me permet de minimiser l’impact du temps de travail sur ma vie familiale.

Mon métier étant aussi un métier a plein temps (même en dormant !), j’ai toujours de quoi noter mes idées, faire des croquis, faire des photos… et en faisant ça, on ne perd pas de temps, et on se tient à jour.

Les sacrifices financiers ont été réduits pour ce projet, mes besoins techniques étant relativement faibles, ayant aussi déjà du matériel à disposition, pas de besoin de local particulier, juste un bureau aménagé dans une pièce de l’appartement, tout cela est aussi une chance et un privilège. Le risque financier à été réduit, et les investissements se font petit à petit, en fonction des besoins mais surtout en fonction de mes capacités. J’ai fait le choix de ne pas prendre de crédit, tout se fait en autofinancement, tout cela pour minimiser les risques et la dépendance.

Concrètement, qu’est-ce que l’entreprise vous a apporté de bien à vous, à titre personnel ?

Très concrètement, l’entreprise ne m’a apporté pour l’instant que des bonnes choses.

Un regard différent porté sur moi par mes proches et amis, qui ne connaissaient pas tous mon travail. C’est très valorisant, et ça peut paraitre orgueilleux mais c’est aussi un des points important de la création d’entreprise.

Que mes différentes réalisations réussissent à accrocher les regards, la réussite de mes clients fait aussi partie de ma grande fierté et de mon plaisir personnel, car c’est aussi un métier qui est très personnel. On a une relation client très forte, et bien souvent on se sent associé aux résultats. Cette relation conduit aussi souvent à des relations plus fines, voire de réels liens d’amitié, et c’est sans doute le point le plus important, l’homme est un animal social non ?

Que recherchez-vous pour votre entreprise à ce jour ?

Des clients, des clients des clients !!! Bien sûr, que rechercher d’autre ? car comme je l’ai dit plus haut, le relationnel faisant partie de mon travail, il est normal de vouloir développer cet aspect, en dehors (presque) des aspects générateurs de CA.

Plus concrètement, j’aimerais pouvoir développer d’autres projets de développement, particulièrement au niveau du design. La création de meubles et particulièrement de luminaires, faisant partie de mes (nombreuses) passions, j’aimerais pouvoir un jour créer une petite maison d’édition de meubles. Et l’Italie étant à la pointe dans ce domaine je pense pouvoir profiter de ce savoir faire. Mais ça c’est déjà demain !

Je vais terminer par une question originale : entreprendre, est-ce pour vous une manière d’exercer des talents artistiques ou est-ce que cela n’a rien à voir avec l’art ?

Je serais plutôt mal placé pour dire le contraire, mon activité étant pour une bonne part une activité “artistique”. Mais en dehors de cet aspect, la création d’entreprise à pour moi plus de l’alchimie, et de la science que de l’art…. Science économique, science sociale, science humaines… puisque la Science dans sa définition est “la pratique de théories qui cherchent à établir des régularités reproductibles, mesurable et réfutable…” donc tout a fait applicable à la création d’entreprise.

Mais l’art n’a t-il rien a faire avec la science ? Et je ne vais pas tenter de répondre à l’intéressante question “Qu’est ce que l’Art ?”… Alors je laisse la question ouverte… et laisse la parole aux prochains !!!

Merci Alexandre !

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