Gladys Personnaz est une entrepreneure comme on les aime : passionnée, dynamique, et solidaire ! A l’origine de son entreprise (GB Secrétariat Spécialisé), il y a déjà la volonté d’accompagner les artisans pour les aider à remporter des marchés publics et donc à assurer la pérennité de leur entreprise.

Mais elle a également introduit un dimension solidaire dans chacune des prestations qu’elle réalise : pour toute commande effectuée, une prestation est offerte à quelqu’un qui en a besoin. En prime, aucun surcoût n’est facturé au client, c’est l’entreprise de Gladys qui prend en charge le don.

Une très belle initiative que Gautier-Girard.com ne peut qu’encourager !

Solidarité et entreprise : les prestations suspendues

 Pourriez-vous nous expliquer le principe des cafés, baguettes… et autres prestations suspendues ?

Le café suspendu nous vient d’Italie.

Il s’agit d’un geste de générosité simple et peu coûteux :  payer deux cafés, et n’en consommer qu’un. Le second est alors mis en attente, et sera servi à quelqu’un qui ne pourrait se l’offrir.

Celui-ci demande alors un café suspendu, qui lui est servi sans aucun questionnement. Un panneau d’affichage permet à tous de visualiser les cafés suspendus disponibles : le donateur comme le bénéficiaire peuvent alors en prendre connaissance librement.

Le principe du café suspendu repose sur deux éléments essentiels :

  • le faible coût du don,
  • et sa double utilité.

En effet, offrir un café dans un « bistrot », c’est aussi offrir un moment de chaleur, au sens propre comme au figuré. L’absence de questionnement permet également la dignité de la demande…

Le même principe de don a été mis en place par un boulanger. Le concept a pu être adopté sans aucune modification de fonctionnement, puisque le coût est aussi faible pour le donateur.

Dans le cas de GB Secrétariat Spécialisé, c’est un peu différent…

Comment avez-vous eu l’idée de transposer ce concept à des prestations de services qui peuvent être réalisées à distance ?

J’étais en pleine création de mon entreprise lorsque j’ai découvert le café suspendu.

Je  m’apprêtais à m’immatriculer sur une activité de « conseil technique » (externalisation des réponses aux appels d’offres, et travaux techniques connexes).

La vocation de ma petite entreprise visait déjà au départ à aider « les petits » (artisans) à accéder aux mêmes marchés que les « gros
» (groupes, structures réputées) : les Marchés Publics.

Cette dimension était importante pour moi, car je pense que chacun devrait voir les fruits de son travail valorisés.

Le café suspendu m’a véritablement « parlé ». J’ai réfléchi aux possibilités que j’avais, avec mon entreprise, d’apporter quelque chose, moi aussi, en ce sens.

La formule participative est apparue assez vite, même si sa transposition est un peu différente du concept initial !

 

Secrétariat spécialisé pour petites entreprises : remporter des marchés publics

Concrètement, quelles sont les actions que vous mettez en place dans le cadre de ces prestations suspendues ? Quel genre de prestations solidaires effectuez-vous ?

Pour monter le projet, j’ai listé ce que j’étais capable de faire, en termes de compétences (rédactionnel et stratégie) et de moyens (temps).

Les questions ont été pensées en ces termes :

  • De quels moyens puis-je disposer, à l’instant T ? De temps.
  • Quelle valeur ajoutée puis-je apporter à autrui ? Mes capacités rédactionnelles et de stratégie.
  • Quelle prestation est utile mais parfois non mise en œuvre faute de moyens ? Un bon CV,une lettre de motivation percutante, un « coup de main » pour rédiger un courrier important.
  • Comment faire participer mes clients, et comment les en remercier ? Simplement en prenant à ma charge le don, et en leur permettant de communiquer sur leur participation à cette opération solidaire, sur tous les supports de leur choix, et en bénéficiant également de la communication faite par mon entreprise.
  • Pourquoi ne pas proposer EN PLUS, la possibilité de faire un don libre, sur le strict même modèle que le café suspendu ? Je le propose, avec des tarifs spéciaux.

Il a fallu réfléchir également à la façon de mettre en œuvre ce projet, en tenant compte des difficultés !

Premier obstacle : la nature de mon activité.

Immatriculer mon entreprise sous le code APE adéquat me privait de proposer les prestations solidaires. Il n’en était pas question !

J’ai donc modifié l’angle de présentation de mon activité, pour relever d’un code plus général
: le secrétariat, qui me permet d’exercer mon cœur de métier tout en proposant ces prestations.

Second obstacle : la mauvaise image du « social ».


Les nombreux abus et la connotation négative du terme en lui-même m’ont conduite à ouvrir le dialogue franchement
avec mes clients, mes prospects, les professionnels qui m’entourent… Il en ressort beaucoup de choses !

Pour ce qui plaît :

  • le fait d’être généreux
  • le fait de se sentir utile
  • le fait de véhiculer une bonne image de son entreprise

Ce qui freine la générosité :

  • les moyens financiers

Ce qui agace, lorsqu’on parle de solidarité :

  • « ce sont toujours les mêmes qu’on aide »
  • « je veux bien aider, mais pas assister ! »
  • « il y a trop d’abus, je veux être sûr que cela serve vraiment »

En tenant compte de tous ces éléments, le projet s’est dessiné.

Les actions concrètes :

  1. Mise à disposition d’une prestation suspendue à chaque commande client.
  2. Pourparlers avec des associations pour le relais d’information et la mise en place future d’un partenariat.
  3. Prise en compte des retours de mes interlocuteurs pour bâtir l’opération (conditions notamment).

Quelles sont les réactions de vos clients ? Sont-ils sensibles à la dimension éthique et solidaire de votre projet ?

Mes clients sont agréablement surpris de cette démarche. Beaucoup découvrent le principe du café suspendu par ce biais !

Globalement, l’opération est bien accueillie, et les clients se mettent à imaginer le bénéfice supplémentaire que leur entreprise va retirer de notre collaboration. Ce système permet à chacun d’être gagnant, ce qui sera déterminant je pense, pour la diffusion du projet.

Comment un client peut-il vérifier si sa commande a bien donné lieu à une prestation suspendue ?

Au même titre qu’un cafetier, j’ai disposé sur mon site un tableau d’affichage, qui est actualisé à chaque « mouvement ». Le client est prévenu par mail lorsque le don fait en son nom est ajouté. Il peut ainsi constater la réalité de sa disponibilité.

Je travaille dans un climat de confiance avec mes clients, je crois que cela joue aussi pour mon opération solidaire !

Comment procédez-vous pour choisir les bénéficiaires des prestations suspendues ?

J’ai tenu compte des remarques qui ont été formulées, d’une part car je les trouvais pertinentes, d’autre part car ce projet est également celui de mes clients. Je souhaite qu’ils adhèrent au principe pleinement, sans réserve.

J’ai donc mis en place des conditions d’accès aux prestations suspendues :

Pour les prestations emploi :

Il faut faire état d’une démarche active de recherche d’emploi. La prestation suspendue n’est disponible qu’après avoir effectué des démarches avec des associations/organismes de soutien, ou éventuellement présenter les mauvais résultats de candidatures réelles. Sur la courte durée de l’opération, il m’est arrivé de réaliser un pack CV avec comme justificatif, la charte d’adhésion à une association. Le candidat est venu vers moi car il lui fallait attendre indéfiniment avant d’être intégré à un atelier dédié, alors qu’il voulait postuler à une offre précise, et avait besoin d’aide.

Pour les prestations courrier :

L’objet du courrier doit être en lien direct avec le problème rencontré. La nature du courrier est révélatrice du besoin réel…

A titre d’exemple, les deux courriers que j’ai rédigés à ce jour concernent, pour le premier, une demande d’échelonnement de paiement amiable pour cause d’un évènement indépendant de la volonté du bénéficiaire, pour l’autre une demande à la DDCCRF pour l’examen d’une situation anormale en poste.

Bien sûr, je ne donnerai pas d’informations plus précises, par souci de confidentialité, mais il est évident que les prestations servent uniquement à qui en a un besoin avéré, notamment à ceux qui ne sont par ailleurs pas nécessairement considérés comme prioritaires, car non affiliés à des organismes sociaux etc…

Par ailleurs, j’ai été amenée à refuser une prestation de remplissage d’un dossier de la CAF, qui m’avait été demandé au titre prestations suspendue. J’ai considéré que cette demande ne relevait pas d’une situation « critique », et qu’elle n’entrait donc pas dans le cadre des prestations suspendues.

J’ai demandé à l’un de mes clients son sentiment quant à ce refus, et il a conforté mon choix.

Une entreprise peut-elle choisir d’offrir une prestation à quelqu’un en particulier ? Le don est-il obligatoirement anonyme ?

Une entreprise peut tout à fait orienter un bénéficiaire potentiel vers moi. Si sa demande est conforme à l’esprit des prestations suspendues et que la prestation est disponible, il est évident que rien ne s’oppose à ce qu’il en bénéficie !

Le don n’est surtout pas obligatoirement anonyme !

L’un des principes de cette opération repose sur le fait que les entreprises donatrices ont, par le biais des prestations solidaires, un moyen de communiquer autour de la valeur « générosité ». Pour l’instant, mes clients n’ont pas souhaité figurer sur le support du site (partenaires solidaires). Je sais par ailleurs qu’au moins l’un d’entre eux a communiqué en interne sur sa participation. Il m’a appelée pour me dire que son équipe avait été surprise et enthousiaste !

J’imagine que lorsque le premier se sera lancé, d’autres suivront !

Il est à noter que plusieurs clients sont très attachés à la confidentialité de notre collaboration, il est important de pouvoir la conserver, aussi je respecte scrupuleusement leur choix.

Pour en savoir plus : les prestations suspendues

Crédit photo : merci à Kannan B 
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