Eric Suire est un entrepreneur au parcours assez atypique puisqu’il a choisi de créer son entreprise dans un domaine très éloigné de son métier de formation : les jeux de société.

“De A à Z” est un jeu éducatif 100 % Made in France qui est distribué dans une soixantaine de magasins en France, mais aussi dans des boutiques en ligne (www.passe-simple.fr et www.didacto.com) et dans un point de vente en Belgique.

Dans cette interview sans langue de bois, Eric vous raconte son parcours et sa vision du Made in France.

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise, en quelques mots ?

Eric Suire, entrepreneur françaisJe me présente, Eric Suire, société Kodycreation (www.kodycreation.fr).

Boucher de formation  j’ai subi en mai 2011 un licenciement économique, j’avais alors 48 ans.
J’ai décidé de prendre cet évènement comme un signe du destin.
Lors de mon RDV à pôle emploi j’ai évoqué mes inventions de jeux et j’ai décidé d’aller plus loin dans ce projet

J’ai été orienté vers l’ADIJE (association d’aide à la création d’entreprise) qui m’a accompagné pour l’étude de marché.

C’est début 2012, après avoir fait moi-même le prototype, que je décide de contacter un imprimeur.
Je le trouve à La Ciotat (France) et ce sera donc un jeu 100% Français.

Nous travaillons alors sur le design de la boite avec la graphiste, je lui trouve un nom “de A à Z”, et j’en fais fabriquer 500 pour le lancement.

J’ai à ce moment dans l’idée de pouvoir continuer à éditer les autres jeux que j’ai créé et qui sont encore à l’état de prototypes
La réalité des prix m’arrêtera dans cet élan (en tout cas pour l’instant) En effet la commercialisation du premier est très lente et le coût de fabrication élevé.

J’ai tout de même vendu le premier stock en environ 6 mois et j’ai donc en début d’année 2013 relancé une fabrication de 1000 jeux, qui est elle-même bien entamée à ce jour.

 

Créer une entreprise dans le secteur des jeux éducatifs suite à un licenciement économique….Est-ce que cela n’a pas été trop difficile ? Avez-vous été confronté aux « Ça ne marchera jamais » ?

Le jeu a maintenant un peu plus d’un an, mais j’ai du reprendre, au mois de mai, un travail à temps partiel car les ventes ne me permettent pas d’en vivre
En effet la marge est très faible, j’ai donc décidé de reprendre mon métier de boucher pour avoir un salaire, en revanche j’ai gardé tous mes après-midi et mes week-end pour continuer la commercialisation.

En effet, je travaille seul et je dois prendre moi-même mes RDV, faire les démonstrations qui quelques fois m’emmènent assez loin.
Ce qui est difficile c’est le démarrage, car encore à ce jour le jeu ne se vend pas tout seul et je dois consacrer beaucoup de temps pour le faire connaitre.
J’ai déjà eu plusieurs articles de presse dans différents journaux et passages télévisuels locaux, mais c’est encore insuffisant.

J’ai pour l’instant une soixantaine de points de vente qui sont des petits commerces de proximité (librairies presse cadeaux, magasins de jouets et 6 grandes surfaces indépendantes)

La problématique est que les grandes enseignes refusent de me référencer chez eux si je n’ai pas au moins 3 jeux et faire fabriquer 3 produits demande un gros investissement, inenvisageable à ce jour.

Par contre je vends à des écoles, maisons de retraite, centres aérés, associations, ludothèques…. qui sont très enthousiastes à la vue et à l’usage de ce jeu
C’était d’ailleurs la clientèle cible que j’avais choisie, mon étude de marché c’est avérée exacte, en effet à chaque démonstration, je vends entre 1 et 6 jeux.

Tout le monde m’encourage et me soutien, je ne repars jamais d’un RDV sans avoir quelques noms de recommandation. On me dit que de “A à Z” est d’un intérêt éducatif évident, intergénérationnel, dynamique, qui allie réflexion et rapidité. Il développe l’esprit de l’enfant à partir de choses simples.

Entreprises made in France : jeu de société

 

Pourquoi avoir fait le choix de faire imprimer votre jeu en France ? Était-ce la solution la plus intéressante pour vous ou est-ce que cela correspond à une conviction profonde ?

Le made in France n’est pas la solution la plus intéressante car c’est la plus chère!!!
Par contre c’était pour moi la plus simple.
De plus, faire fabriquer en Chine ou en Inde, impose de grandes quantités
Je n’ai aucune connaissances sur le commerce international et la règlementation en vigueur et je ne souhaitais pas m’informer sur le sujet. En effet pourquoi chercher les complications alors qu’en France et juste à coté de chez moi il y a de bons professionnels

Et pourtant pour 1500 jeux en France j’aurais pu en avoir 5000 à l’étranger!!

Cette fabrication Française et locale me rassure eu égard à ma clientèle.
En effet les utilisateurs sont les enfants dans les écoles ou les personnes âgées en maisons de retraite ou tout simplement les familles et j’apporte ainsi une meilleure qualité et une traçabilité

 Créer une entreprise en France : l’exemple d’un entrepreneur français

Comment vos partenaires et vos clients perçoivent-ils le « Made in France » ? Pensez-vous que cela soit un avantage pour vous démarquer de vos concurrents ?

Non le Made in France n’est pas toujours un avantage car il est plus cher.
Les gens, même s’ils trouvent ça bien regardent avant tout le prix!

La plupart des clients, sauf quelques irréductibles Gaulois, entre un jeu fabriqué en France et un jeu fabriqué à l’étranger, choisiront toujours par le prix le plus bas et non par le lieu de fabrication.

Malgré tout c’est un moyen de se démarquer tout de même et de faire la différence, même si cet argument ne permet pas de contrer la concurrence.

Quand on me dit que 28,90 € c’est cher, je réponds alors : “quand vous allez au restaurant vous dépensez certainement au moins 28.90 €, et qu’en reste-t-il le lendemain ? à part un petit passage aux toilettes !!!! Alors que le jeu vous le gardez à vie!!!”

 

Croyez-vous en l’avenir du « Made in France » ?

Oui j’ai envie d’y croire
Pour preuve, la multitude de e-commerces qui se créent localement dans toute la France pour vendre des produits locaux et régionaux.

Il existe donc une réelle demande et les gens sont peut-être en train de prendre conscience de l’intérêt du” Made in Franc
e”.

Même si nous n’achetons pas toujours Français, quelques fois par manque de réflexe et d’autres fois par manque de moyens, nous devrions quand l’occasion se présente et qu’elle est à notre portée, faire la démarche d’acheter Français.

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