Soldats français en TurquieA l’heure des méthodes modernes de management comptées et théorisées dans de nombreux livres, je vous propose un dossier qui traite du management au paraître si archaïque… puisqu’il fait référence aux techniques de management de l’armée française, ainsi qu’à celles d’un vieux général chinois du 5ème siècle avant Jésus Christ.

Pour ce faire je vais vous parler d’une anecdote vue récemment à la télévision : il s’agissait d’un reportage sur la Légion française, basée dans l’un de ces paradis tropicaux dignes des meilleures cartes postales. Ce reportage contait la vie d’une unité de nouvelles recrues, et n’avait pour ainsi dire rien à voir avec le management ou la motivation d’équipe.

Or à un moment du reportage, une nouvelle recrue fait acte d’insubordination. Et comme on s’y attend avec l’armée, l’adjudant émet immédiatement une sanction : 200 pompes à réaliser sur le champ.

Alors que la nouvelle recrue se met à terre pour exécuter cette sentence, on voit l’adjudant qui s’apprête lui aussi à faire de même. L’auteur du reportage est ébahi : “Mais pourquoi donc faites-vous ces pompes ?“. L’adjudant étonné par cette question lui répond “je vais aussi faire ces 200 pompes parce que sinon ma parole n’aurait pas d’impact ni sur lui et ni sur le groupe“.

Cela m’a de suite rappelé un verset que j’avais lu dans l’Art de la Guerre de Sun Tzu (aux éditions Flammarion, page 171) :

Couverture de L'art de la guerre - Sun TzuSi un général se montre trop indulgent envers ses hommes, mais est incapable de les employer, s’il les aime, mais ne peut faire exécuter ses ordres, si les troupes sont désordonnées et s’il ne sait pas les prendre en main, elles peuvent être comparées à des enfants gâtés et elles sont inutiles.

Chang Yu : Si l’on ne montre que de la bienveillance, les troupes deviennent semblables à des enfants arrogants inutilisables. C’est la raison pour laquelle Ts’ao Ts’ao (note: un général chinois) se coupa les cheveux pour s’infliger un châtiment… Les chefs de valeur sont à la fois aimés et craints.

Dans nos entreprises il me semble que ces deux histoires sont cousines en matière d’autorité du manager (leadership) et de motivation d’équipe. Bien sûr on ne parle pas d’enfants gâtés ou de gens utilisables… on ne parle pas non plus de guerre au sens propre et historique du terme avec de vrais morts. En revanche, il est intéressant de noter que certains managers emploient cette méthode de leadership naturellement, alors que d’autres managers d’entreprises n’utilisent pas cette façon d’exercer leur autorité.

Cette approche de management venue de l’armée est utilisée depuis les confins de l’Histoire. L’Art de la Guerre a été écrit au 5ème siècle avant Jésus Christ. Peut-être que des exemples aideraient à envisager cette approche ?

Dans un monde moderne et en entreprise, je pense que cette autorité tourne autour de deux points :

  • Capacités coercitives : capacité à exercer des sanctions par la dissuasion de droit. Si tu ne fais pas bien ton travail, j’ai le pouvoir de te sanctionner mais la sanction vaudra aussi pour moi, ainsi que toute l’équipe.
  • Capacités empathiques : capacité à ressentir les besoins par l’empathie de fait. Je comprends tes besoins et tes motivations, je vais les rendre compatibles avec les miens.

C’est à dire la manière dont les managers ont la capacité de faire corps avec leur équipe : faire valoir le leadership par le pouvoir des sanctions. Et d’autre part sa capacité à faire valoir son leadership par sa capacité à être partie intégrante (exécutante ?) de l’équipe. D’un côté l’autorité par le droit et la dissuasion, de l’autre l’autorité par les faits et l’empathie (voir en complément ce dossier sur le leadership de droit et le leadership de fait).

Plus concrètement, je vous propose quelques exemples plus modernes de ces façons d’exercer son autorité.

Les capacités empathiques :

  • Le projet prend du retard : aider personnellement les collaborateurs à le rattraper,
  • Des tensions apparaissent au sein des collaborateurs de l’équipe : aider les collaborateurs à régler leurs différends,
  • La motivation est en baisse : chercher les raisons et trouver des solutions avec l’équipe,
  • L’un des collaborateurs est affecté pour des raisons extérieures à l’entreprise : rendre l’équipe à disposition pour toute aide ou aménagements susceptibles de le soutenir (y compris récupérer personnellement et temporairement une partie de certaines tâches).

Les capacités coercitives :

  • L’équipe rate son objectif de vente (ou de production, ou de délais, …) : ne pas se verser de bonus ou avantage, évaluer les raisons et mettre en place les solutions, effectuer d’éventuels recadrages et réévaluer sa propre stratégie,
  • Un problème se fait jour : aider à trouver la solution et non déléguer la recherche de la solution,
  • Le supérieur hiérarchique n’est pas satisfait : monter au créneau et assumer sa propre responsabilité, résoudre le souci avec l’équipe en s’attaquant au fond des soucis.

En résumé, est-ce que cela ne consiste pas à bien vouloir mouiller sa chemise de manager ? Si l’on repense à la première anecdote de ce dossier, il semblerait bien que oui. Cela dit pour asseoir votre autorité et motiver votre équipe, vous n’êtes sans doute pas obligé d’aller jusqu’à vous couper les cheveux comme l’a fait Chang Yu il y a quelques dizaines de siècles. ;-)

Qu’en pensez-vous ? Avez-vous d’autres exemples qui vous viennent à l’esprit ?

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