Hausse des taux de cotisation, allongement de la durée de cotisation, baisse du niveau des pensions : les nombreuses réformes des retraites engagées depuis une trentaine d’années ont profondément bouleversé les perspectives pour la retraite. Et ce n’est pas fini ! D’autres réformes viendront inéluctablement continuer cette mutation afin de réduire les déficits de nos régimes de retraite.

En tant qu’entrepreneur, faut-il se résigner en se convainquant que nous n’aurons pas de retraite ?

[NDLR : Ce dossier est le troisième volet d’une série d’articles sur le thème : “La gestion d’entreprise, une fatalité pour les entrepreneurs ?” 

Vous pouvez consulter les deux dossiers précédents ici :

La retraite des entrepreneurs : comment s’y préparer ?

Des réformes nécessaires pour la survie du système

Nous gagnons en moyenne trois mois d’espérance de vie par an, soit deux ans et demi par décennie.

Ainsi, le nombre de retraités est à son plus haut niveau historique (près de 16 millions de retraités actuellement contre moins de 13 millions en 2004)… et ne cesse de croître. Le nombre d’actifs par retraité diminue donc : 1,6 actif cotisait pour un retraité en 2000… le ratio est maintenant de 1,3 pour un et pourrait être de un pour un en 2040 !

Les gouvernements successifs n’ont donc eu d’autres choix que de modifier les paramètres de la retraite, et notamment :

  • L’ordonnance Auroux accorde en 1982 la retraite à partir de 60 ans, pour 37,5 années de cotisation, au taux plein de 50 % du salaire annuel moyen.
  • La réforme Balladur de 1993 fait passer la durée de cotisation de 37,5 ans à 40 ans, en créant une décote en cas de trimestres manquants et en changeant le mode d’indexation des pensions de retraites (aligné sur l’inflation).
  • La réforme Fillon de 2003 instaure une transition de la durée de cotisation vers 42 ans et prévoit la création de nouveaux produits d’épargne retraite facultative (le PERP et le PERCO).
  • La réforme de 2007 traite le cas des régimes spéciaux.
  • La réforme Wœrth de 2010 a passé l’âge de départ légal à la retraite de 60 à 62 ans et relevé l’âge de départ sans décote de 65 à 67 ans.
  • La réforme Ayrault de 2013 prévoit notamment une hausse des cotisations (salariales et patronales) et une augmentation de la durée de cotisation à 43 ans d’ici 2035.

Ces évolutions n’ont pourtant pas permis de retrouver un équilibre dans les régimes de retraite. Donc, le contenu de la prochaine réforme n’est évidemment pas connu, mais il est certain qu’elle arrivera rapidement et que les mesures devraient être significatives.

Optimiser ses revenus pour une meilleure retraite

En tant que dirigeant d’entreprise, une action prioritaire pour préserver au mieux son niveau de vie à la retraite consiste à optimiser ses revenus en période d’activité. Ceci ne consiste pas à les augmenter (la trésorerie et la politique de rémunération ne le permettent pas forcément), mais à mieux les affecter afin de trouver l’équilibre optimal entre revenus court-terme (capacité d’épargne en période de constitution de retraite), protection sociale (couverture en cas de maladie ou accident) et revenus à la retraite (pension).

Quelle retraite pour les indépendants et les chefs d’entreprises ?

Le premier levier consiste à choisir l’option la plus adaptée entre un statut d’assimilé-salarié (en tant que président de SAS ou SASU) ou d’indépendant (EURL, SARL…). Ce choix va tant impacter la pension future que la couverture sociale. Quel est le meilleur choix ? Malheureusement, il n’y a pas de réponse universelle.Tout dépend des priorités de chacun :

  • privilégier des revenus court-terme significativement plus élevés en tant qu’indépendant (les charges sociales d’un dirigeant relevant du régime salarié, tel qu’un Président de SAS, sont plus élevées que celles dues par un dirigeant relevant du régime TNS)
  • ou miser sur l’avenir en gagnant éventuellement un peu plus à la retraite (les cotisations plus élevées en SAS donnent un rendement supérieur sur le montant de la pension).

La meilleure réponse pourra être apportée par un expert de la protection sociale à travers une étude individuelle de la situation de chacun qui permettra d’évaluer l’écart entre les deux statuts et de prendre la bonne décision en connaissance de cause.

Ensuite, il convient de définir la répartition optimale entre salaire et dividendes. Là encore, le statut retenu est capital :

- Depuis le 1er janvier 2013, la part des dividendes perçus par les TNS (gérant majoritaire de SARL, associé unique d’EURL, associé de SNC) est assujettie à cotisations sociales pour la fraction supérieure à 10 % du capital social, des primes d’émission et des sommes versées en compte courant détenus par le travailleur indépendant. Ainsi, tant les revenus d’allocation de gérance que ceux des dividendes (au-dessus du seuil de 10%) donnent droit à des prestations sociales… et donc contribuent à la pension de retraite. Le versement de dividendes élevés a perdu de son intérêt.

- Par contre, les dividendes perçus par les dirigeants relevant du régime social des salariés (gérants minoritaires de SARL, présidents de SAS ou de SA., …), ne sont pas soumis à cotisation sociale donc ne donnent pas de droit à la retraite (ni au revenu de remplacement de la prévoyance). L’intérêt des dividendes n’est donc que d’augmenter les revenus court-terme. Mais est-ce que la SAS est la plus adaptée pour cela… ?

Encore une fois, ces arbitrages sont personnels et dépendent des attentes de chacun !

Préparer sa retraite au plus tôt

Anticiper sa retraite, c’est également se constituer des revenus supplémentaires, qui viendront compenser (au moins en partie) la baisse de revenus lors de l’arrêt de votre activité professionnelle.

Et plus la situation est gérée tôt dans la carrière, plus facile sera l’atteinte des objectifs du dirigeant (effort d’épargne moindre grâce à un lissage sur une plus longue période).

Retraite : Bien préparer sa retraite pour avoir des revenus

Les Français misent beaucoup sur l’assurance-vie (placement préféré) pour compléter leurs revenus. La place de l’immobilier est également significative. Cette solution ne s’applique toutefois pas à tous  (en termes de capacité d’endettement à long terme) et présente des risques de rentabilité sur la durée (charges croissantes, chute des prix).

Par ailleurs, «  il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ! ». La diversification permettra de sécuriser la retraite.

Ainsi, une préparation optimale de la retraite, tout comme dans de nombreux pays ne disposant pas d’un système de retraite obligatoire, doit également passer par un système facultatif. Certaines entreprises ont mis en place des PERCO (dispositif collectif). C’est un premier pas pour les bénéficiaires. Mais, seul le travailleur actif (qu’il soit indépendant ou salarié), sait de quoi il veut que soit faite sa retraite, et donc de quels revenus il aura besoin. A lui de mettre en place un dispositif d’épargne retraite via des produits tels que le PERP (en fonction de l’enveloppe disponible qu’il peut retrouver sur son avis d’imposition) ou des régimes Madelin pour les entrepreneurs. Et pour inciter cette épargne volontaire, ces deux solutions permettent de défiscaliser !

L’avenir de nos retraites est incertain, mais la tendance est connue et va vers un durcissement des conditions de versement des pensions. Il existe toutefois des solutions individuelles pour limiter ces impacts. Le tout est de les appréhender en faisant un point régulier avec des experts pour évaluer les droits acquis (contributions obligatoire et facultative) : s’intéresser au plus tôt à sa retraite est le seul moyen de la piloter efficacement et ainsi d’atteindre ses objectifs !

A propos de l’auteur de l’article

Brice REICHLÉ, gérant du cabinet de conseil ProCid basé à Avignon (Vaucluse), met ses 15 années d’expérience en conseil d’entreprises à la disposition des dirigeants de TPE qu’il accompagne sur la création, la gestion et le développement de leur structure.

Crédit photo : Shutterstock.com
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