24%… c’est le taux de TPE faisant face à un déficit de trésorerie *. Ceci ne laisse pas présager d’une défaillance de ces entreprises à court terme, mais il est néanmoins essentiel de gérer cette situation pour qu’elle ne devienne pas pérenne !

Les difficultés de trésorerie des entrepreneurs

Une situation financière fragile des TPE

Le niveau de trésorerie d’une entreprise permet d’évaluer si celle-ci dispose de ressources suffisantes pour remplir ses engagements financiers. Or, selon le baromètre IFOP des TPE (vague 57, 1er trimestre 2015), 24% des TPE ont une trésorerie déficitaire (jusqu’à 41% pour les TPE de l’hôtellerie) et 46% sont à l’équilibre. En conséquence, moins d’un tiers des TPE disposent d’une trésorerie excédentaire.

Un manque d’anticipation et une mauvaise gestion de la trésorerie pourraient ainsi conduire une grande partie des TPE à une situation de cessation de paiement voire de liquidation. Heureusement, ce scénario catastrophe ne se produira pas pour la plupart des entreprises concernées grâce à des bonnes pratiques de gestion (il est toutefois à noter que le taux de défaillance des entreprises est à un niveau particulièrement haut avec plus de 18000 défaillances au premier trimestre 2015, principalement des TPE, soit +7,6% par rapport au premier trimestre 2014, selon l’étude Altarès du 1er trimestre 2015 sur les défaillances d’entreprises en France).

Et vous, avez-vous mis en place les bons outils et effectué des choix de gestion de trésorerie judicieux ?

Maitriser sa trésorerie pour la pérennité de l’entreprise

Le maître-mot en matière de gestion de trésorerie est l’ANTICIPATION. C’est elle qui vous permettra de gérer les difficultés à venir et de trouver des solutions au plus tôt. Et c’est grâce à elle que vous pourrez conserver la confiance de votre banquier. En effet, s’il est informé de difficultés à venir, il sera probablement en mesure de vous proposer des solutions, alors que s’il est au pied du mur, ses capacités de résolution de vos problèmes seront moindres…

Donc, rien ne sert de cacher les difficultés, il faut les traiter en anticipation pour éviter qu’elles deviennent insurmontables.

Nombre de dirigeants consultent régulièrement le solde de leur compte bancaire pour évaluer leur trésorerie. Or, le compte bancaire ne fait que traduire la situation passée et ne permet pas d’anticiper la trésorerie future. Pour ce faire, l’outil incontournable du dirigeant d’entreprise est le prévisionnel de trésorerie.

Il consiste à positionner les flux de trésorerie futurs en fonction de leur date prévisionnelle :

  • quand allez-vous recevoir les règlements de vos clients ?
  • quand allez-vous payer vos fournisseurs ?
  • quelles sont vos échéances RSI, URSSAF, TVA ?

Et pour être efficace, cet outil doit être actualisé périodiquement, car la signature d’un contrat à gros budget ou le report du paiement d’une facture par un de vos clients, par exemple, peuvent changer radicalement les décisions à prendre.

Bien utilisé, ce prévisionnel devient un outil de pilotage incontournable pour le dirigeant de TPE car il lui permet d’évaluer le niveau futur de la trésorerie de sa société, pour agir le cas échéant.

Prendre les bonnes décisions en matière de gestion de trésorerie

Les trous de trésorerie identifiés sur les prochains mois doivent faire l’objet d’une analyse (quelles sont les raisons ? comment éviter que cela se produise à nouveau ?) et d’une résolution (quelles solutions mettre en place ?).

Bien gérer son entreprise : prendre les bonnes décisionsSi les difficultés de trésorerie sont récurrentes, il devient nécessaire, pour la pérennité de l’activité, d’agir sur le modèle économique de la société, en optimisant les revenus (amélioration de la rentabilité par un meilleur positionnement en termes de prix, suppression d’activités déficitaires) et limitant les charges (réduction des charges fixes, renégociations avec les fournisseurs…).

Si les difficultés sont ponctuelles, il est essentiel de bien en identifier l’origine pour en limiter l’ampleur. Notamment, en cas de baisse passagère d’activité, un effort supplémentaire est à fournir sur le commercial et la communication afin de retrouver un niveau de chiffre d’affaires compatible avec les charges. Mais, si le problème provient d’une augmentation des délais de règlement par les clients, impliquant une augmentation du Besoin en Fonds de Roulement, des solutions organisationnelles pourront être envisagées, par une optimisation du recouvrement (relance des clients et négociations éventuelles) et un report du paiement de certaines échéances. Il faudra éventuellement y ajouter des solutions bancaires (si la situation financière de l’entreprise n’est pas structurellement dégradée) par la mise en place de financements court-terme de type crédit de trésorerie (facilité de caisse, autorisation de découvert, crédit de campagne) ou mobilisation de créances (Dailly, escompte, affacturage).

De plus, lorsque le prévisionnel de trésorerie fait ressortir des dettes accumulées par l’entreprise trop importantes par rapport à ses capacités de remboursement, une négociation doit être effectuée avec les créanciers. A noter que pour faciliter cette démarche pour les créanciers publics (administrations fiscales et sociales), l’entreprise pourra soumettre une demande d’échelonnement de ses dettes publiques (TVA, URSSAF, RSI…) à la CCSF (Commission départementale des Chefs de Services Financiers) dont il dépend. Mais ces demandes devront être soutenues par un prévisionnel de trésorerie solide et le dirigeant devra démontrer sa bonne foi et faire preuve de confiance quant au rétablissement rapide de la santé financière de son entreprise.

En matière de gestion de trésorerie, chaque cas reste unique et le dirigeant devra choisir, parmi les nombreuses solutions disponibles, celles qui sont les plus adaptées à sa situation.

Et en acquérant les bons réflexes, en particulier en matière de gestion de trésorerie en anticipation, il devrait éviter de se trouver à nouveau dans une situation sensible !

A propos de l’auteur de l’article

Brice REICHLÉ, gérant du cabinet de conseil ProCid basé à Avignon (Vaucluse), met ses 15 années d’expérience en conseil d’entreprises à la disposition des dirigeants de TPE qu’il accompagne sur la création, la gestion et le développement de leur structure.

* Baromètre IFOP des TPE - vague 57

Crédit photoShutterstock.com
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