Séverine CanonSéverine Canon est ingénieur en agroalimentaire. Durant son parcours professionnel, elle a collaboré avec des PME et des multinationales (Danone, Nestlé Waters…). Elle est aujourd’hui formatrice spécialisée en hygiène et sécurité sanitaire (une formation obligatoire pour tous les professionnels de la restauration commerciale). Son entreprise, eFormation HSAQ (www.eformationhsaq.fr), intervient en e-learning ou directement sur le site des sociétés clientes.

Séverine anime également un blog consacré à l’hygiène et à la sécurité des aliments : www.hygiene-securite-alimentaire.fr

Dans le cadre de la semaine spéciale “Créer son auto-entreprise en 2013? du 26 février au 05 mars 2013, elle a accepté de partager son expérience en tant qu’auto-entrepreneur avec les lecteurs de Gautier-Girard.com .

Vous vous êtes lancée en 2012 en tant qu’auto-entrepreneur. Pourquoi avoir choisi ce statut plutôt qu’un autre ?

Effectivement, j’ai créé mon statut en avril 2012.

J’ai choisi ce statut tout simplement parce que je savais que je n’aurais pas de charges (enfin du moins, c’est ce que je pensais). De plus, les démarches étaient extrêmement simplifiées.
J’ai demandé une aide, la NACRE, que j’ai obtenue facilement.

Avec le recul, quels conseils auriez-vous aimé que l’on vous donne lorsque vous avez créé votre entreprise ? Avez-vous le sentiment d’avoir été suffisamment accompagnée dans vos démarches ?

Vous savez, la première question qu’on m’a posée quand j’ai expliqué mon projet, c’est : « Et, quel statut avez-vous choisi ? »

Rien que cette question… On se dit : « Mince, j’ai raté quelque chose ! Il faut donc que je choisisse un statut avant d’aller plus loin ! ». Mais là, j’ai reçu une explication très rapide sur 2 statuts. Celui d’auto-entrepreneur et un autre. On n’a conseillé de choisir celui d’auto-entrepreneur dans un premier temps.

J’aurai aimé qu’on m’explique la différence entre tous les statuts et les charges (déductions, …). On me l’avait expliqué, mais simplement par rapport aux biens personnels et l’éventuelle faillite de l’entreprise. Bien trop peu pour moi et la connaissance que j’avais du sujet à ce moment-là !

Ensuite, une fois que la déclaration pour la création de l’entreprise a été faite par internet auprès de la CFE, il n’y a pour ainsi dire plus d’accompagnement. Or, c’est bien là qu’on découvre des points auxquels on n’avait jusqu’alors pas du tout pensé.

Par exemple : j’ai été hospitalisée pour une vésicule biliaire et j’ai découvert que ma mutuelle ne fonctionnait plus. J’ai du appeler plus de 5 organismes pour savoir qui me prenait en charge. J’ai eu quelqu’un qui m’a dit : « hé bien, il faut simplement nous faire une déclaration sur l’honneur comme quoi vous n’êtes plus salariée depuis x temps et ne percevez pas d’allocation-chômage ».

Il faut dire que je n’avais jamais reçu cette information, ni par email, ni par courrier.

Donc… si je n’avais pas été hospitalisée, je n’aurai toujours pas, à l’heure actuelle de mutuelle !

Par conséquent, les démarches sont rapides mais très peu claires. J’ai beaucoup de mal à comprendre le pourquoi du comment des démarches à faire. J’aurai aimé plus d’aides à ce niveau.

En novembre 2012, j’ai fait ma déclaration comme organisme de formation, j’avais déjà effectué les recherches pour savoir quelques démarches à réaliser et surtout comprendre pourquoi je devais les faire.

Bref, j’ai bien mieux compris le pourquoi des démarches lorsque l’on m’a refusé la première fois mon immatriculation. J’ai, bien sûr, rectifié le tir…et maintenant je suis immatriculée comme organisme de formation. Comprendre à quoi servent les démarches et comment procéder me semblent essentiels, c’est un gain de temps et d’énergie pour l’entreprise qui se crée !

Il y a tellement d’éléments à mettre en place que le temps et l’énergie sont des éléments précieux !

Témoignage auto-entrepreneur

Sur le forum, beaucoup d’auto-entrepreneurs disent se sentir désemparés lorsqu’il s’agit de se faire connaître et de trouver leurs premiers clients. Quelles actions avez-vous menées et quelles sont celles qui ont été les plus intéressantes pour votre activité ?

Trouver des clients ! C’est vrai, c’est difficile. Surtout que je n’avais pas pensé à ma stratégie marketing à l’époque… je suis ingénieur de formation en agroalimentaire, c’est pour vous dire !

J’ai créé un blog pour montrer mon expertise. De plus, il me permet aussi de connaître et comprendre les réels besoins des entrepreneurs se lançant dans la restauration commerciale en tant que restaurants, traiteurs, kebabs, pizzerias ou snacks, …

Je m’aperçois que finalement, ils sont réticents à réaliser une formation (qui est pourtant obligatoire) sur l’hygiène des aliments, alors que naturellement ils vont chercher à savoir pourquoi. Cette formation est justement construite pour leur donner toutes les pistes. Mais est-ce que c’est le fait de savoir qu’elle est maintenant obligatoire les freine ?! Je ne sais pas vraiment.

Bref, ce blog m’a permis de trouver des clients. D’autres arrivent spontanément sur le site de l’organisme de formation.

L’hygiène alimentaire est un domaine assez obscur et évolutif pour tous ceux qui envisagent de se lancer dans une activité de restauration (et notamment la livraison de plats cuisinés à domicile). Entre le coût des formations et des mises aux normes, diriez-vous que ce secteur est accessible aux auto-entrepreneurs ?

En fait, je ne le vois pas comme vous. La formation c’est un investissement comme n’importe quel bien. En effet, une fois acquise, cette formation sera utilisée pour apporter de la valeur au produit. Or, ce que nous payons aujourd’hui c’est un produit valorisé.

Formation auto-entrepreneursRegardez : une montre d’une grande marque sera payée 10 à 100 fois plus chère qu’une autre montre. Pourquoi ? Parce que sur la montre de marque on a apporté de la valeur (la complicité des engrenages, la qualité du travail, le service après vente…). On n’a pas seulement acheté une montre mais également tout ce qu’elle engendre (qualité, SAV, représentation).

Bref…en définitive, la formation ne coûte pas si chèr que cela, car elle permettra de vendre un produit valorisé. Par contre, la mise aux normes de la cuisine et le matériel sont bien plus conséquents… (Rien que le matériel pour travail coût cher (couteaux, casseroles, …).
Donc, le statut d’auto-entrepreneur n’est pas vraiment conseillé, il me semble, car vous ne pourrez pas déduire toutes ces charges de départ qui sont là très importantes.

De plus, l’hygiène alimentaire n’est pas en constante évolution !
Ce sont les découvertes qui ajoutent des points supplémentaires pour lesquels il faut faire attention (par exemple : le cas de l’ESB (vache folle) qui a interdit l’utilisation du cerveau et de la moelle épinière dans le circuit alimentaire de l’homme et des animaux. Donc avant 2000, il n’y avait pas cette démarche mais maintenant oui).

Je veux dire par là que la base c’est la base. Une fois que vous la connaissez c’est toujours la même chose. Par exemple : les différents flux de contamination. Une fois connus, vous saurez comment les contrecarrer et donc vous mettre à l’abri d’une intoxication alimentaire .

Bref… la base c’est toujours la même… les formations de recyclage sont là pour faire des piqûres de rappel et pour se mettre à jour si nécessaire.

Le statut d’auto-entrepreneur est actuellement en cours d’évaluation par le gouvernement. Les résultats de l’audit ne sont pas encore connus mais Sylvia Pinel a déjà annoncé que des modifications allaient être apportées à ce régime. Auriez-vous quand même créé votre entreprise si ce statut n’avait pas existé ? Redoutez-vous qu’il soit limité dans le temps ou que certaines activités soient définitivement exclues du champ d’application de ce régime ?

Je pense que non. Je ne sais pourquoi en France, créer son entreprise ça fait peur… Or avec le statut auto-entrepreneur, on entendait souvent : « Si ça marche, tant mieux, sinon tant pis, j’aurai au moins essayé. »
Je pense que le statut d’auto-entrepreneur permet d’essayer et par cet intermédiaire de se rendre compte que c’est possible….ou pas. C’est finalement un tremplin vers quelque chose de plus abouti !

Qu’elle soit limitée dans le temps ? Si la durée limite est de 5 ans, cela ne me fait pas peur ! En effet, si effectivement, le concept fonctionne alors on ne remplit plus les conditions du statut d’auto-entrepreneur depuis longtemps.
Donc une limite de la durée ne me fait pas peur, mais bien évidemment tout dépend de cette durée ! Par exemple 2 ans je pense que c’est trop juste, car déjà on peut perdre beaucoup de temps au début entre les démarches administratives et la recherche de clientèle…..

Voilà…j’espère avoir pu vous apporter un peu de contribution au travers de mon expérience ;-)

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