Le business plan est-il complètement dépassé ? Certains entrepreneurs pensent en tout cas que le modèle traditionnel du plan d’affaires est totalement inadapté à la réalité de l’entrepreneuriat.

Des alternatives sont alors proposées : le Business Model Canvas, la méthode Novae….

Claude Ananou est l’initiateur de l’approche SynOPP,  une méthode basée sur l’action. Avec HEC Montréal, il propose aux internautes un MOOC  (formation gratuite) “Réussir son démarrage d’entreprise - Approche SynOPP” qui débutera le 25 mai prochain (les inscriptions sont encore ouvertes).

Voici pourquoi il estime que le business plan ne correspond pas aux besoins des créateurs d’entreprises.

A propos de Claude Ananou

Claude Ananou, initiateur de l’approche SynOppClaude Ananou est maitre d’enseignement au Département de management à HEC Montréal depuis 1998. Il enseigne dans les domaines de la création d’entreprise et du management des PME aux programmes de BAA, DESS et MBA.

Récipiendaire de plusieurs prix universitaires en entrepreneuriat, dont un prix d’innovation pédagogique. Il a reçu, en 2014, le Prix Rossi de l’Académie des sciences morales et politiques de l’Institut de France pour son livre sur l’approche SynOpp.

Initiateur de l’approche SynOpp, alternative au plan d’affaires et coauteur des livres De l’intuition au projet d’entreprise publié en janvier 2010 et Réussir sa création d’entreprise – sans business plan publié en novembre 2012.

Il s’intéresse également à la dynamique entrepreneuriale chez les membres de la génération Y. Il est  notamment le responsable pédagogique de Folie Entrepreneuriale, camp d’été destiné au 14-16 ans. www.folieentrepreneuriale.com

Fondateur et propriétaire d’une dizaine d’entreprises, tant en France qu’aux Antilles et au Canada, il est actuellement président de Groupe Média Kit, entreprise œuvrant dans le domaine de l’information par bornes interactives.

Membre de plusieurs conseils d’administration, il siège à celui de la Fondation de l’entrepreneurship du Québec depuis 2006, au comité pédagogique de l’École d’Entrepreneurship de Beauce, de l’Académie de la franchise du Québec et des tables de concertation en entrepreneuriat du Réseau des femmes d’affaires du Québec et de la Fédération des chambres de commerce du Québec. Membre du Barreau du Québec, il a également une formation universitaire en gestion, économie et journalisme.

À l’été 2015, il lance un MOOC, intitulé “Réussir son démarrage d’entreprise – L’approche SynOpp” sur la plateforme www.EDUlib.org .

Qu’est-ce qui vous semble dépassé avec le plan d’affaires traditionnel ?

Le plan d’affaires est un corps étranger à l’entrepreneuriat, il est apparu au milieu des années 1975 suite à la demande de financiers ou banquiers.  Ce ne sont pas les entrepreneurs à succès qui sont à l’origine du plan d’affaires comme peuvent l’être d’autres modèles ou concepts qui ont été conceptualisés par les chercheurs.

Indépendamment de cela, le plan d’affaires n’a jamais été un gage de réussite d’un lancement d’entreprise, car sans cela comment justifier toutes les faillites dès le lancement de plusieurs projets qui étaient basés sur des plans d’affaires reconnus comme très bons.

Les plans d’affaires sont avant tout basés sur une projection certaine d’évènements du futur qui ne prennent pas en considération des incertitudes de notre monde actuel, qui change très vite. De plus, il ne prend pas en considération la réaction des concurrents ou des parties prenantes.

En quoi consiste l’approche SynOpp ? Est-elle adapté à tous les projets d’entreprises ?

L’approche SynOpp est avant tout basée sur la réalité du monde entrepreneurial et d’une constatation empirique du démarrage d’entreprise. Plus de 95% des projets de démarrage d’entreprise ne sont pas basés sur u plan d’affaires.

99% des plus grandes réussites commerciales actuelles n’ont pas connu de plan d’affaires au démarrage. Apple, Facebook, Google en informatique, mais la même chose pour d’autres secteurs.

Les méthodes alternatives au business plan

Est-ce que cela ne revient pas, dans le fond, à se poser les mêmes questions qu’avec un plan d’affaires classique ? Quels sont ses principaux avantages de cette approche ?

On ne se pose pas des questions avec l’approche SynOpp on passe à l’action et on analyse après. Voir l’approche de l’effectuation (NDLR : avec la méthode de l’effectuation, on détermine les objectifs en fonction des ressources - personnalité, connaissances et réseau - de l’entrepreneur.  L’effectuation repose sur 5 principes : démarrer avec ce qu’on a, raisonner en pertes acceptables, créer des partenariats avec les parties prenantes, tirer parti des surprises, et transformer son environnement).

De plus, plusieurs paradigmes en entrepreneuriat sont remis en question, comme :

  • On ne trouve pas des opportunités, on les crée.
  • On crée son marché
  • On n’a pas besoin d’argent au début pour démarrer (seul motif pour justifier un plan d’affaires pour certains)
  • On base tout sur le « Why » (besoin), et non sur le « What » (solution)

Cette approche permet de sauver du temps, de l’argent, et est plus motivante pour les porteurs de projet.

Pensez-vous qu’il soit possible d’entreprendre en France avec l’approche SynOpp ? Par exemple, les banquiers et les investisseurs potentiels en France vont-ils être convaincus si on ne leur présente pas le sacro-saint business plan ? (il est encore demandé systématiquement)

Autre paradigme, les banquiers ne prêtent jamais sur un plan d’affaires (sans garanties), sauf OSEO ou organismes similaires qui sont des organismes d’état qui distribuent de l’argent ou des fonds.

La preuve qu’on ne peut prêter sur un plan d’affaires est que seul le capital de risque va miser sur 10 entreprises en sachant très bien que 8 ne vont pas fonctionner, 1 plus ou moins et qu’une seule va offrir un très haut rendement. S’ils savaient en lisant un plan d’affaires laquelle serait la gagnante, ils n’investiraient pas sur les autres.

En tant qu’entrepreneur, quel est le conseil qui vous a été le plus utile ? Et celui que vous pourriez donner aux porteurs de projets qui veulent lancer leur activité ?

Entreprendre est un acte de géniteur et non d’éleveur. Il faut se lancer en ayant bien analysé qu’elle est notre sensibilité à la perte, pour bien comprendre ce qu’on est prêt à gagner par rapport à ce qu’on est prêt à perdre.

Il faut avoir la volonté, la fois et le courage, car tous les entrepreneurs qui ont très bien réussi vous diront que tout le monde pensait qu’ils ne réussiraient pas et ils ont réussi.

Merci Claude !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Crédit photo : Shutterstock.com  
Mettre en favoris et partagerEntreprise»Abonnement