Plus de la moitié des jeunes de moins de 25 ans résidant dans les banlieues ont envie d’entreprendre.  Selon les données de l’Elysées, dans les 1500 quartiers qui relèvent de la politique de la ville, le taux de création d’entreprises atteint le double de la moyenne nationale.

Pour autant, est-il si facile d’entreprendre dans les quartiers ? Pour accompagner les porteurs de projets, Yump France a mis en place une formation de 6 mois gratuite.

Serge Malik,co-fondateur de Yump France, vous explique les spécificités de cette structure et son fonctionnement. Et pour avoir un aperçu de cet accompagnement vu de l’intérieur,  Sarah Ourahmoune (Boxer Inside) a accepté de partagé son expérience concernant le lancement de son entreprise.

Ces interviews sont réalisées à l’occasion de la semaine de la Réussite d’Entreprise du 12 au 19 mai 2015 sur Gautier-Girard.com.

Entreprendre dans les quartiers : yump france

Serge Malik, co-fondateur de Yump France

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que Yump France, en quelques mots ?

Serge Malik, cofondateur de Yump FranceJe suis cofondateur de Yump France. Il s’agit d’un dispositif de formation à l’entrepreneuriat visant les habitants des quartiers politique de la ville porteurs de projet d’entreprise à fort potentiel de croissance et de création d’emplois.

Ce dispositif fonctionne sur la base d’une formation “blended learning” mixant le e-learning, la formation nomade (immersion dans les entreprises partenaires) et le lean startup est très professionnalisant. Il est gratuit et dure six mois.

Le principe de fonctionnement est ” apprendre en faisant” et l’intelligence collective comme vecteur de progrès et de réussite. La formation à l’entrepreneuriat au service du développement économique des territoires est une modalité innovante de lutte contre les discriminations et pour l’égalité des chances.

Mettre les gens dans le projet est un objectif, la sortie de la formation étant toujours positive :

  • retour à l’emploi dans de meilleures conditions,
  • attrait pour la formation comme moyen d’accéder à des connaissances ou des savoir faire pour améliorer son potentiel de vie,
  • la réparation de son estime de soi et de sa confiance en soi et dans le pays
  • etc..

Pourquoi avoir créé cette formation pour les porteurs de projets des quartiers ?Quels sont les problèmes spécifiques qu’ils peuvent rencontrer ?

Aujourd’hui un grand nombre de dispositifs sont à l’oeuvre largement financés par l’argent public des collectivités territoriales et l’Etat à raison “d’appels à projet”. Le Président a récemment décidé de mettre en oeuvre une “agence de développement économique des territoires” qui remette dans l’ordre quelques priorités et surtout qui permette de tirer le bilan des actions financés.

Sur le terrain un nombre important de porteurs de projet se voient proposer d’être accompagné. Ces accompagnements sont en priorité des emprunts à l’Adie (entre autres prêteurs) ou l’intégration de couveuses ou de pépinières (en fonction du stade de maturité de leur projet) mais aussi le concours de mentors etc..Il est tout à fait exceptionnel qu’on leur propose une formation complète et professionnalisante qui leur permette de réaliser un business plan sur la base d’un modèle d’affaire validé par des professionnels.

C’est à ce manque très préjudiciable à l’efficacité des mesures financées par l’argent public que Yump entend répondre en apportant une innovation décisive, un dispositif gratuit, ouvert à tous (sous réserve de franchir le cap de la sélection), professionnalisant et facilement dupliquable sur tout le territoire français.

Quel est le contenu de la formation ?

La formation est constituée de films dans lesquels les bénéficiaires trouvent des missions à accomplir. Ces missions permettent de vérifier sur le terrain la validité du concept, et de vérifier l’ensemble des paramètres du projet : produit, marché, concurrence et..

Ces missions sont l’objet d’un compte rendu appelé “MyChallenge” qui chaque semaine consiste pour le yumper à présenter (pitcher) son projet devant les autres membres de la promotion. Il s’agit là de mettre en oeuvre une “intelligence collective” au service de tous et de chacun.

La formation se poursuit par des demi journées d’immersion et de conférences ou ateliers chez nos partenaires : LCL, Microsoft, Altran etc..

Comment procédez-vous pour sélectionner les candidats ?

Un comité de sélection indépendant (Yump n’y est pas représenté), constitué de représentants de nos partenaires entrepreneurs et de nos soutiens publics dont la CDC et la région reçoivent les candidats et les sélectionnent.

Combien ça coûte ?

C’est entièrement gratuit.

L’Elysée affirme que plus de la moitié des jeunes des quartiers souhaitent créer leur entreprise. Partagez-vous ce constat ? Percevez-vous une vraie envie d’entreprendre ?

Oui c’est ce que nous avons vérifié pendant les 27 mois de préparation de la première académie pilote. Le vrai problème est que les habitants des quartiers n’ayant ni réseau ni “la tête de l’emploi” sont systématiquement barrés et ne parviennent pas à crever les plafonds de verre.

Par ailleurs, ils ont rarement moins de 26 ou 30 ans et ne peuvent bénéficier d’un grand nombre de dispositifs.

Enfin, quand ils sont conseillés, c’est pour être adressés à des prêteurs au lieu d’être guidés vers des formations qui sont les seuls dispositifs en capacité de sécuriser le parcours et de majorer l’efficacité des autres dispositifs qui devraient intervenir en aval de la formation.

Selon vous, quelles mesures pourraient faciliter la création et le développement d’entreprises dans les quartiers ?

Quitte à le répéter inlassablement LA FORMATION doit être le portail d’entrée dans la création d’entreprise. Les dispositifs dits d’accompagnement sont utiles après que les porteurs sont formés. Il faut remettre le bonhomme sur ses pieds…

Merci Serge !

Sarah Ourahmoune, sportive de haut niveau et chef d’entreprise

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise, en quelques mots ?

Sarah Ourahmoune, sportive et chef d’entrepriseJe m’appelle Sarah Ourahmoune. Je suis sportive de haut niveau et entrepreneure. J’ai été championne du monde de boxe et actuellement je prépare les qualifications pour les Jeux olympiques de Rio.

Mon entreprise, Boxer Inside propose des séminaires en entreprise et des coaching sportifs autour d’une activité boxe en où nous utilisons ce sport comme outil de développement personnel.

Nous développons également des gants de boxe connectés pour permettre à nos clients de mesurer leur activité et de se challenger.

Quel est lien entre la boxe et l’entreprise ? Qu’est-ce que cela peut apporter aux dirigeants ou aux salariés ?

La boxe et l’entreprise ont des valeurs communes :

  • la prise de risque,
  • la compétitivité,
  • la gestion du stress et des émotions,
  • la fixation d’objectifs,
  • etc.

Nos prestations permettent aux salariés d’apprendre à gérer leurs émotions, de dépasser leurs limites, de mettre en place des stratégies mêmes dans des situations stressantes.

Est-il plus compliqué d’entreprendre quand on vit en banlieue ? Qu’est-ce qui vous a semblé le plus difficile ?

Pour ma part, je ne trouve pas qu’il soit plus difficile d’entreprendre en banlieue. Dans le monde de l’entrepreneuriat, on se fiche de savoir d’où tu viens.

Ce qui est important, ce sont tes valeurs personnelles et ton produit.Toutefois, le plus difficile pour moi est le manque de réseau adapté.

Vous avez été accompagnée par Yump France pour lancer votre activité. En quoi a consisté cette aide ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

La Yump Académie permet d’avoir une réflexion à 360°.

J’ai pu bénéficier d’une formation complète pendant 6 mois et de conseils de professionnels. Cette aide m’a permis d’avancer concrètement sur mon projet en me donnant un rythme de travail, des échéances à boucler.

J’ai pu également élargir mon réseau au contact des partenaires de Yump et ainsi me trouver de nouveaux clients. Enfin, j’ai également tisser des partenariats solides.

Aujourd’hui, où en est votre entreprise ?

Aujourd’hui mon entreprise est créée. Je suis en phase de développement. Mes offres sont opérationnelles et je conclue régulièrement des ventes. Je nécessite tout de même encore un accompagnement car le plus dur reste à venir…

Quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes (et aux moins jeunes) des quartiers qui ont un projet d’entreprise ?

  • De ne pas hésiter à se faire accompagner. Il y a énormément de structures d’aide.
  • De parler au maximum de leur idée car c’est de cette manière que leur projet s’améliorera;
  • De faire preuve de persévérance et de patience. C’est par étapes que se monte un projet.

Merci Sarah et bonne chance pour les J.O !

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Crédit photo : Shutterstock.com 
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