PlaNet Finance est une structure d’accompagnement qui soutient les porteurs de projets des “Quartiers” en les aidant à créer leur entreprise.

Claudia Ruzza, Chargée de communication et des partenariats, vous explique l’utilité et la nature de leurs actions. Et parce que rien ne vaut le regard des principaux intéressés, Marie-Aymée Harel (Emma Cadame) a accepté de partager sa propre expérience avec PlaNet Finance.

Ces interviews sont réalisées à l’occasion de la semaine de la Création d’Entreprise du 3 au 10 février 2015 sur Gautier-Girard.com.

Planet Finance : un accompagnement gratuit pour les entrepreneurs des banlieues

PlaNet Finance : aider les porteurs de projets des banlieues à lancer leur activité

Pourquoi mener des actions spécifiques dans les banlieues ? Y a t-il des freins à l’entrepreneuriat spécifiques dans ces quartiers ?

Nous soutenons les entrepreneurs des quartiers prioritaires de la ville car ce sont les zones connaissant le plus fort taux de chômage.

Du fait de l’isolement, de l’éloignement géographique, etc, l’accès à l’emploi est difficile. Les freins rencontrés par les entrepreneurs tant au niveau technique (manque d’information, difficultés à obtenir un financement) que psychologique (exclusion, chômage, manque de confiance), ne favorisent pas le lancement d’un projet de création d’entreprises.

Nous travaillons avec eux, nous leur donnons les clés tout en les autonomisant. Il faut travailler avec eux afin qu’ils reprennent confiance en leur capacités. C’est l’alliance entre un accompagnement technique et humain qui rend notre accompagnement efficace et qui les amène à dépasser les obstacles pour devenir entrepreneur.

Lancer une activité pour créer son propre emploi est une perspective intéressante. Mais encore faut-il que le projet soit viable! Comment procédez-vous pour vous assurer que le futur entrepreneur se lance avec des bases solides ?

Notre accompagnement s’effectue en plusieurs étapes afin de s’adapter à chaque personne ou chaque projet. Les porteurs de projets qui viennent dans nos antennes ont pour la plupart un projet en tête.

La première étape nous permet de travailler cela avec eux. L’idée est-elle trop farfelue ? Quelle est la concurrence ? Où s’implanter ? Où sont les clients ? Autant de questions auxquelles nous répondons à travers l’étude de marché, la démarche commerciale, la validation avec un comptable qui prendra le soin de vérifier la viabilité du projet.

Si la conclusion du projet n’est pas viable nous retravaillons entièrement le projet et l’orientons de manière à ce qu’il s’accorde avec les besoins des potentiels créateurs.

Il est de notoriété publique que les personnes qui vivent en banlieue ont plus de difficultés à accéder à l’emploi. Est-ce que les créateurs d’entreprises issus de ces quartiers ont les mêmes problèmes avec les banques pour financer leur activité ? Proposez-vous des prêts ou des solutions concrètes ?

L’accès au financement est une difficulté pour les personnes qui ont peu ou pas d’apport. Cependant grâce à un accompagnement et un business plan bien monté, les banques sont rassurées et financent plus aisément les porteurs de projet que nous accompagnons.

Nous sommes une structure d’accompagnement et ne finançons aucun projet.

Est-ce que vos prestations d’accompagnement sont gratuites ou payantes ?

Nos prestations d’accompagnement sont totalement gratuites. Notre modèle économique repose uniquement sur des subventions. Nous ne générons aucun revenu.

Quels conseils pourriez-vous donner aux porteurs de projets qui se trouvent en banlieue ?

Si vous n’avez pas d’emploi, créez-le ! Avec de la motivation et une idée bien travaillé, vous deviendrez votre propre patron.

Ne lâchez pas. De nombreuses structures d’accompagnement existent alors n’hésitez pas à les contacter cela vous garantira une meilleure réussite de votre projet.

Merci Claudia !

Elle a été accompagnée par PlaNet Finance : témoignage de Marie Aymée Harel (Emma Cadame)

Entreprendre en banlieue : Emma Cadame

Pourriez-vous vous présenter, ainsi que votre entreprise, en quelques mots ?

Bonjour, je suis Marie Aymée Harel, et j’ai créé Emma Cadame (Marie Aymée = MA = Emma), la première marque de décoration et accessoires pour les voitures.

L’idée est d’amener le monde de la décoration d’intérieur dans les voitures, pour permettre de les personnaliser à l’envi et de renouveler l’aspect de son véhicule en fonction des saisons, ou tout simplement de son humeur !

Mon produit phare est une housse de siège auto que j’ai conçue pour être universelle, facile et rapide à installer, confortable et de qualité avec des matières en coton, et surtout déclinable dans des collections de motifs et coloris permettant à chacun de personnaliser sa voiture comme on décore sa maison.

Je souhaite distribuer ces produits (et bien d’autres, sur le même thème !) via une boutique en ligne dédiée, emmacadame.com, qui est encore en création.

D’où est venue l’idée et qu’est-ce qui vous a motivée à lancer ce projet ?

L’idée est venue d’un besoin non satisfait : depuis ma première voiture, j’ai eu envie d’interagir sur l’aspect de véhicules qui sont toujours livrés « tout décorés ». En effet, soit si on achète une voiture d’occasion, on ne choisit pas forcément les harmonies de couleurs extérieur/intérieur par exemple, soit si on achète une voiture neuve, les décors proposés restent limités, et même si on a très envie d’une voiture rose (en admettant que cette version existe), beaucoup choisissent le gris plus facile à revendre.

Quoi qu’il en soit, et même si on a la voiture de ses rêves avec les couleurs idéales… il faut espérer que cet enthousiasme durera, car il est très compliqué ensuite de changer l’aspect de sa voiture.

Les seules propositions actuellement existantes sont issues du style « tunning », qui est une esthétique particulière qui ne correspond pas au goût de tout le monde. Par ailleurs, les propositions actuelles pour accessoiriser sa voiture sont présentées parmi des pièces mécaniques, dans des lieux de vente assez peu portés sur le design…

C’est pourquoi j’ai souhaité d’une part créer une offre plus proche de l’univers de la décoration, présentée dans un environnement soigné et accessible à tous : un site internet dédié (emmacadame.com, bientôt en ligne).

D’autre part, je souhaite également transmettre ma vision de l’automobile, car pour moi une voiture est, plus qu’un objet métallique permettant de se déplacer, un « mini lieu de vie », un espace où l’on passe du temps, et il me paraît donc important que ce temps soit de qualité, dans un espace de qualité.

Trouvez-vous qu’il soit plus difficile d’entreprendre dans les banlieues ? Qu’est-ce qui vous a semblé le plus dur ?

J’ai la chance d’habiter en Petite Couronne (Montreuil) donc je bénéficie à la fois de la dynamique parisienne et des opportunités un peu plus éloignées géographiquement.

Concrètement beaucoup de mes interlocuteurs professionnels sont parisiens et je peux donc les rencontrer facilement, mais par ailleurs, j’étais par exemple récemment au salon « Maison et Objet » à Villepinte, c’est-à-dire pour moi à 20 minutes de voiture, quand la plupart des visiteurs viennent de toute la France voire de l’étranger pour bénéficier de ce rendez-vous important pour les professionnels de la décoration.

Par contre une difficulté liée à la proximité de Paris c’est… le prix du m2 ! J’ai démarré mon activité depuis mon domicile, mais il est déjà compliqué d’intégrer les dossiers, prototypes, échantillons…dans un espace de vie réduit, et donc j’ai dû faire appel à un prestataire extérieur, en province, pour entreposer le stock…

J’ai longtemps vécu en province, et je ne pense pas que j’aurais pu faire aboutir un tel projet en province, où certes les ressources existent mais sont moins concentrées géographiquement.

Mais je pense qu’une des clés pour ne pas être freiné dans son projet de création lorsqu’on est en banlieue c’est de pouvoir se déplacer facilement car si les opportunités existent, encore faut-il pouvoir aller à leur rencontre… vous aurez compris, étant donné le thème de mon entreprise, que la mobilité est une valeur qui m’est chère !

L’autre clé à mon sens est d’avoir accès à l’information, car il existe beaucoup de ressources en Ile de France (lieux, personnes, réseaux…) mais encore faut-il le savoir, et savoir les différencier pour aller vers les solutions qui correspondent à chaque porteur de projet, forcément unique. C’est peut-être pour moi ce qui a été une difficulté, de s’y retrouver dans toutes ces propositions, structures, dispositifs, pour trouver les interlocuteurs adaptés à mon projet.

Comment avez-vous entendu parler de PlanNet Finance ?

J’ai contacté l’Adie à Montreuil, en me doutant que le type d’accompagnement qu’ils proposent n’était pas adapté à mon projet, et en effet, ils m’ont confirmé ne pas être des interlocuteurs adaptés mais ce sont eux qui m’ont orienté vers Planet’Adam.

Comment vous ont-ils accompagné et pendant combien de temps ?

J’ai eu mon premier rendez-vous en mai 2014, et même si j’ai à présent créé l’entreprise, je garde le contact avec mon accompagnatrice pour la tenir au courant de mes débuts…

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans leur accompagnement c’est la disponibilité et l’implication dont ils font preuve. J’ai été reçue aussi souvent et aussi longtemps que nécessaire : du coup mon accompagnatrice connait vraiment mon projet, et peut être force de proposition pour le faire avancer concrètement. Elle a même plus d’une fois décroché son téléphone en direct pendant nos rendez-vous, pour débloquer un point ou tester une idée de contact prometteuse… Elle m’a également beaucoup aidée dans la réalisation du business plan et les montages financiers qui s’y rapportent.

Son professionnalisme a entre autres permis que j’accède à un programme de soutien à l’innovation, alors que j’avais déjà précédemment pris contact avec ce subventionneur, mais sans que ma démarche aboutisse lorsque je l’avais réalisée seule.

Par ailleurs, ils n’ont pas été rebutés par la complexité de mon projet, qui comportait un volet de protection industrielle conséquent, et même si c’était un aspect inhabituel pour mon accompagnatrice, son engagement a été total pour me guider sur des dispositifs qui étaient nouveaux pour elle aussi !

Aujourd’hui, où en êtes-vous de votre projet ?

Aujourd’hui la structure juridique est créée et j’ai lancé fin 2014 une campagne de crowfunding ( http://fr.ulule.com/emma-cadame/ ) qui m’a permis de compléter mon besoin de financement et de tester une première collection automne-hiver.

Je prépare actuellement la collection printemps-été 2015, et l’ouverture du site internet Emma Cadame (emmacadame.com).

D’après vous, quelles seraient les mesures qui pourraient aider les personnes vivant dans les banlieues à lancer leur activité ?

A mon sens la clé c’est l’accompagnement individualisé : beaucoup de structures d’accompagnement existent, et je dirais que pour tout type de projet le bon accompagnement existe… mais encore faut-il savoir le localiser, et cela prend du temps et de l’énergie de faire le tour de toutes les structures, dispositifs, salons thématiques,rencontres, réunions d’information… pour savoir qui fait quoi, ce qui pourrait nous convenir… d’autant que d’une ville à l’autre, d’un département de l’Ile de France à l’autre, les opportunités offertes aux créateurs peuvent différer… pas facile de s’y retrouver !

Les premières associations d’accompagnement que j’ai rencontrées m’ont carrément découragée de persister dans ce projet, qu’elles jugeaient trop atypique et compliqué !

J’ai découvert bien plus tard, que ces associations étaient plutôt spécialisées dans l’accompagnement de projets implantés localement, type artisanat ou commerce de proximité, et qu’en fait un projet de e-commerce nécessitant la création de produits innovants appliqués à l’automobile tout en relevant plutôt du secteur du textile et de la décoration ne relevait pas de leur champ d’action… mais j’aurais préféré qu’on me le dise, et qu’on me dirige vers un interlocuteur plus adapté, plutôt que de me conseiller de créer une entreprise certes, mais une autre entreprise que celle-là !

Et bien sûr, la formation à l’entrepreneuriat est aussi un élément crucial

Mais quand on parle de création d’entreprise, le mot « entreprise » en soi ne veut rien dire : il peut aussi bien s’agir d’une entreprise de prestation de services que de vente de biens ou d’artisanat, à dimension locale ou internationale, etc… c’est pourquoi bénéficier d’interlocuteurs qui ont le temps de réellement guider le porteur de projet, en fonction de son projet d’entreprise à lui (ou elle) me paraît important.

Et la continuité de l’accompagnement me paraît importante aussi, car il y a mille raisons de se décourager quand on se lance, mais ce sont ceux qui persistent qui réussissent !

Merci Marie Aymée !

Et vous, que pensez-vous de cette initiative ? Si vous résidez en banlieue, avez-vous bénéficié de l’aide de PlaNet Finance ?

Crédit photo : Shutterstock.com
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