Comment réussir à se faire connaître pour se lancer et développer une entreprise de traduction ? Quels sont les outils qui fonctionnent ? Comment fidéliser sa clientèle ?

Astra d’Oudney est traductrice indépendante de langue maternelle anglaise depuis 7 ans. Membre de Gautier-Girard.com (voir son profil), elle a souhaité partager son expérience à l’occasion de la Semaine de l’International, du 27 mai au 2 juin.

Elle vous explique notamment comment elle a trouvé de nouveaux clients pour son entreprise, Scorpio Traduction (www.scorpiotraduction.com).

Depuis combien de temps avez-vous créé votre entreprise ? Ciblez-vous uniquement les professionnels ou travaillez-vous aussi pour les particuliers ?

Il y a sept ans.

En général, je dirais que je traduis plus de textes pour les professionnels que pour les particuliers tout simplement parce que ce sont plus les pros qui souhaitent atteindre le grand marché global anglophone avec leurs produits, sites web, ouvrages, livres, guides et brochures touristiques, annonces immobilières, services, etc. Cependant, en même temps, il faut que mon entreprise attire les particuliers qui veulent faire traduire, par exemple, leur CV et lettre de motivation. Ce sont justement les documents les plus traduits pour les particuliers. Je traduis des textes aussi pour des associations, des universités, et des institutions/ONG.

Que je cible des pros ou des particuliers, les mêmes principes s’appliquent – je crois que c’est important de guider et de conseiller les gens. J’essaie d’attirer leur attention sur le fait qu’il faut choisir un traducteur natif pour leur projet (quelle que soit la langue). La règle d’or de la traduction est de faire traduire les textes vers la langue maternelle du traducteur : cela permet d’obtenir des traductions authentiques et “naturelles” et de cette façon on évite les traductions bizarres, voire incompréhensibles, faites par des traducteurs dont la langue maternelle n’est pas l’anglais.

Il ne faut pas, par exemple, faire appel aux services d’un traducteur qui traduit vers une langue qui n’est pas la sienne, malgré ses affirmations, comme « j’ai vécu là-bas pendant quelques années », etc. Il faut garder à l’esprit qu’il y a cinq fois plus de mots en anglais qu’en français (viz. McCrum, Cran & MacNeil, “The Story of English,” New York, Penguin, 1992). Un traducteur natif anglais commence à apprendre tous ces mots dès son plus jeune âge.

D’ailleurs, dans les annonces que je publie en ligne ciblant les pros et les particuliers, j’attire l’attention sur la traduction non-humaine – c’est étonnant mais il y a toujours ceux qui pensent qu’ils peuvent utiliser un logiciel de traduction automatique pour traduire leur site web ou texte – résultat ? = absurdités garanties et une mauvaise image professionnelle !

Alors, oui, j’essaie de cibler les deux, les pros et les particuliers.

Avez-vous une spécificité par rapport aux autres traducteurs français/anglais ?

Je suis véritablement biculturelle, de nationalité anglaise, ayant vécu et grandi en Angleterre et vécu, grandi et travaillé en France. C’est pour cette raison que je connais la culture anglaise et française. Shakespeare, Verne, Les Bronzés Font du Ski… ! De plus, j’ai toujours aimé lire des livres et écrire des textes.

Si possible, j’essaie de faire un petit peu plus que la simple traduction en anglais. Par exemple, pour aider le client, si lors de la traduction je remarque des fautes dans le texte original en français, je les énumère dans un e-mail bien que le client ne m’ait pas rémunérée à faire ce travail chronophage.

Créer une entreprise de traduction : comment trouver des clients ?

Comment avez-vous procédé pour trouver vos premiers clients ? Est-ce difficile de se faire une place sur ce marché ?

Mon premier client a vu une petite annonce en ligne ? c’était aussi simple que ça ! Figurez-vous que quelques semaines plus tard le père du premier client est devenu client aussi ! Il est professeur, maître de conférences et écrivain. Et puis il y avait la femme (une conservatrice de musée) d’un autre client, et ainsi de suite.

Donc, vous voyez que pour se faire une place sur ce marché il est important de fournir des traductions de qualité et de bâtir une base de clients fidèles, et puis le bouche à oreille fonctionne bien. Je propose aussi des tarifs très compétitifs ce qui semble être une considération très importante aux yeux des clients potentiels.

Selon vous, quels sont les leviers les plus efficaces pour prospecter et trouver des clients dans le secteur de la traduction ?

Être visible, donc, il faut avoir un site web d’allure professionnelle facilement navigable avec un formulaire de contact. C’est une bonne idée d’utiliser toutes les ressources gratuites, comme la publication de petites annonces en ligne, la soumission d’une fiche dans des annuaires en ligne, etc. Il faut bien sûr des cartes de visite ; et on peut faire des recherches sur l’Internet pour essayer de retrouver des clients.

Je travaille directement avec mes clients ce qui réduit considérablement leurs frais, mais naturellement les traducteurs qui le souhaitent peuvent envoyer leurs candidatures aux agences de traduction.

Quels conseils pourriez-vous donner aux créateurs d’entreprise qui veulent se lancer dans le secteur de la traduction ?

Il faut être patient, persévérant, et surtout, méticuleux dans son travail de traducteur. Ça prend du temps pour bâtir une base de clients fidèles. Comme pour toutes les personnes qui travaillent à leur compte, c’est une expérience très émancipatrice mais il ne faut pas oublier qu’il est nécessaire d’être très discipliné car tout dépend de soi et de ses actions – il n’y a pas de patron pour vous dire de faire ceci ou cela !

Mon deuxième conseil s’agit d’un avertissement : de temps en temps un client potentiel vous demandera de faire un “test”. J’aimerais sensibiliser les traducteurs sur une vieille arnaque (signalée trop peu sur l’Internet) : un ‘client’ demande à un traducteur de traduire une partie de son texte comme ‘test gratuit’. Cette personne envoie son texte entier divisé en différentes parties à de nombreux différents traducteurs en leur demandant de traduire ces parties comme des ‘tests’. De cette façon, ce soi-disant client obtient la traduction entière de son texte « à l’œil ». Alors, il faut être prudent. C’est bien d’être en mesure de fournir des échantillons de ses traductions et des recommandations de ses clients. Les traducteurs qui ne sont pas expérimentés et donc pas en mesure de fournir de tels exemples et des recommandations, proposent de faire le test, mais toujours en traduisant un texte qu’ils choisissent ou en faisant payer le test.

Pour finir, je dirais à quelqu’un qui souhaite devenir traducteur que c’est un boulot fascinant car on aborde toutes sortes de thèmes et de sujets. Par exemple, pendant une semaine, je fais la traduction d’un site web touristique et la semaine d’après je traduis des pochettes de CD pour la musique classique (ce que je fais régulièrement pour une maison de disques française). On ne lirait pas forcément l’histoire de tel ou tel château ou d’un musicien dont les compositions sont tombées dans l’oubli. Donc, on apprend bien des choses. C’est un beau métier.

Merci Astra !

Et vous, envisagez-vous de créer votre entreprise de traduction ? Si vous exercez déjà cette activité, comment avez-vous trouvé vos clients ?

Crédit photo : merci à Chris JL 
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