Les porteurs de projet ignorent souvent que pour tester une activité et pour la développer, il n’y a pas que le statut d’auto-entrepreneur !

La  coopérative d’activité et d’emploi (CAE) est notamment une forme d’entrepreneuriat collectif très intéressante offrant plusieurs avantages tels que :

  • un cadre juridique existant : le porteur de projet n’a pas besoin de créer sa propre entreprise pour exercer
  • un statut d’entrepreneur salarié en CDI avec la protection sociale des salariés (dont les droits au chômage)
  • une aide concrète au quotidien : toute la gestion administrative, fiscale et comptable est mutualisée
  • un accompagnement
  • des échanges avec les autres entrepreneurs membres de la coopérative.

En contrepartie, l’entrepreneur salarié doit verser une contribution à la coopérative correspondant à un pourcentage de la marge brute réalisée (c’est-à-dire le chiffre d’affaires déduction faite des achats et de la sous-traitance).

Céline Lieffroy, télésecrétaire spécialisée en retranscription audio et responsable des sites Croquefeuille.fr et Lexiris.fr, a recréé Maïa Secrétariat au sein de la coopérative Oxalis.

Auparavant, elle avait aussi exercé dans la coopérative Coopaname.

Pour Gautier-Girard.com, elle a accepté de nous en dire plus sur cette façon d’entreprendre encore trop méconnue :

Beaucoup de porteurs de projet n’ont jamais entendu parler des coopératives d’activité. Comment avez-vous découvert ce concept ?

En 2009, alors que je souhaitais me lancer comme télésecrétaire spécialisée en retranscription audio, je fréquentais régulièrement les réunions et ateliers proposés par la Maison des entreprises et de l’emploi du 13ème arrondissement à Paris.

C’est dans ce cadre que j’ai pu assister à une présentation de la coopérative parisienne Coopaname sur les conseils de la personne chargée de cet espace.

Je ne connaissais pas du tout le concept. Il m’a complètement séduite.

Entreprendre sans risques avec la coopérative d’activités

Comment avez-vous procédé pour trouver « votre » coopérative ? La première prise de contact a-t-elle été facile ?

Après, cette première réunion d’information, j’ai pris rendez-vous avec un référent de la coopérative pour un entretien individuel au cours duquel j’ai pu parler de mon projet. Celui-ci étant déjà avancé, nous avons envisagé rapidement mon intégration à la coopérative qui s’est matérialisée par la signature d’un contrat d’accompagnement. Dans d’autres coopératives, ce sera un contrat CAPE (contrat d’appui au projet d’entreprise).

La signature de ce contrat me permettait de commencer à facturer (j’avais trouvé un premier client). Je suis alors entrée dans un parcours d’accueil comprenant plusieurs temps de formations (marketing, communication, prospection, facturation, gestion de projet…)

Cela m’a permis en outre de rencontrer d’autres entrepreneurs(es) qui étaient rentrés(ées) à la même époque que moi au sein de la coopérative.

Est-ce qu’il y a des critères spécifiques pour être admis dans une coopérative ?

Il faut bien comprendre que chaque coopérative a ses critères propres qui sont définis par ses associés(es), lors des assemblées générales.

L’activité doit pouvoir être assurée. Il est aussi couramment admis que l’entrepreneur(e) doit avoir les qualifications pour exercer son métier.

Après, certaines coopératives sont spécialisées dans des domaines particuliers : BTP, services à la personne, métiers du spectacle, communication…

Certaines font également office de couveuses et d’incubateurs de projets qui ne sont pas encore aboutis, alors que d’autres demandent à ce que l’entrepreneur(e) soit prêt(e) à facturer.

Depuis, 2015, j’exerce mon activité de transcriptrice au sein d’Oxalis. Cette coopérative accueille de préférence des projets déjà mûrs et privilégie les projets collectifs ou à fort potentiel de coopération entre ses membres.

Vous pouvez voir une vidéo de présentation avec Oxalis ici : https://www.youtube.com/watch?v=FRs-m0VIhKQ

A votre avis, ce statut est-il adapté à toutes les activités et à tous les profils d’entrepreneurs ?

À ma connaissance, les coopératives ne peuvent pas accueillir de professions réglementées, comme les experts-comptables, les avocats ou les médecins…

Dans la plupart des cas, elles ne me semblent pas indiquées pour des activités individuelles commerciales exercées au sein d’un local qui nécessiteraient un bail 3-6-9…

Sinon, je ne vois pas tellement d’autres freins liés à cette forme d’entreprise.

Il est possible également de rentrer sous forme de collectif pour y développer une activité à plusieurs. Un(e) même entrepreneur(e) peut y développer plusieurs activités sous différentes marques.

Comment est-ce que cela se passe au quotidien ? (prospection, édition des devis/factures, gestion…) Est-ce plus compliqué qu’avec une entreprise ayant un statut plus « classique » ?

Pour avoir connu également l’entreprenariat au sein d’une EURL, je dirais que c’est exactement la même chose.

La communication, la prospection, le positionnement commercial, la politique tarifaire, etc. relèvent de la responsabilité de l’entrepreneur(e) ou du collectif d’entrepreneurs(es).

La coopérative intervient en soutien, si nécessaire, à la demande de l’entrepreneur(e), ou en alerte, en cas d’impayés, de problème de trésorerie, ou autres.

En revanche, l’entrepreneur(e) est déchargé(e) de toutes les déclarations comptables, sociales et fiscales, ou encore d’établir ses fiches de paye (puisque nous sommes salariés(es)). Ces fonctions sont mutualisées au sein de la coopérative. Cela ne le dispense pas de facturer ses clients, faire le suivi de ses paiements, de préparer ses notes de frais, de suivre ses comptes, notamment sa trésorerie, et de participer à la bonne gestion comptable de son activité.

La coopérative peut-elle refuser certains contrats/prestations ?

La coopérative pourrait refuser certaines prestations qui ne sont pas assurées (dans ce cas, il faudrait demander une extension d’assurance), ou non assurables (je n’ai pas d’exemple qui me vient en tête).

Cela veut dire qu’on ne peut pas s’improviser, par exemple, prof de karaté du jour au lendemain, car un client nous en aurait fait la proposition, la veille.

Ensuite, les coopératives sont libres de refuser des prestations qui seraient contraires à leur bon fonctionnement ou en opposition à leurs valeurs mutualistes (je n’ai pas d’exemple en tête).

Quelle est la fréquence des échanges avec les autres membres de la coopérative ?

Là encore, cela va dépendre des coopératives.

Mais il y a des fondamentaux, puisqu’il y a, au moins une fois par an, une assemblée générale des associés(ées), ainsi que des journées organisées pour la bonne gestion de la coopérative.

Des temps d’échanges peuvent être organisées régulièrement pour les rencontres, comme les mensuelles, des apéros d’entrepreneurs(es), ou encore des réunions métiers.

Par exemple, à Oxalis, nous organisons chaque année, avec d’autres coopératives partenaires, une semaine de rencontre dans un centre de vacances, autour des métiers et des activités de la coopérative. De nombreux ateliers d’une demi-journée sont proposés. C’est un rendez-vous important pour nouer de nouveaux contacts et initier d’éventuelles nouvelles collaborations.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans la coopérative ?

J’exerce à domicile une activité individuelle pour laquelle je ne rencontre même pas mes clients… J’avais besoin de pouvoir me tourner vers quelqu’un en cas de problème. En plus, je suis absolument allergique aux Cerfa et autres déclarations dont je ne comprends pas toujours si elles me concernent ou pas.

Je suis également rassurée de pouvoir bénéficier de la protection sociale des salariés(es), de cotiser au chômage (on ne sait jamais) et de bénéficier d’une mutuelle.

Mais ce qui me semble le plus important et le plus stimulant, c’est cette aventure collective que représente la coopérative. Ma petite activité fait partie d’un tout qui la dépasse complètement, mais auquel elle contribue. Moi-même, je contribue autant que je le peux à cette aventure. Le collectif me permet de dépasser mes limites individuelles.

Et qu’est-ce qui pourrait, selon vous, être amélioré ?

Le meilleur moyen d’améliorer les choses au sein d’une coopérative est d’en devenir associé(e) et de participer à la prochaine assemblée générale !

Merci Céline !

Et vous, qu’en pensez-vous ? Si vous avez déjà intégré une coopérative, quel est votre ressenti sur cette façon d’entreprendre ?

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