Nadia Autier est la fondatrice et la dirigeante de “La Fée Corsetée”. Créatrice de robes de mariées et de corsets sur mesure dans les Alpes-Maritmes, elle est artisan depuis octobre 2006. En plus de son site web (www.fee-corsetee.com), elle vend également des vêtements et des accessoires en ligne (la boutique de La fée corsetée). Vous l’avez d’ailleurs peut-être déjà vue dans les médias : son entreprise a fait l’objet de reportages sur France 3, sur M6 (émission 100% Mag). La Fée corsetée a également remporté le concours “Kiosque de la ” organisé par les 3 Suisses.

Pour les lecteurs de Gautier-Girard.com, elle a accepté de se livrer à l’exercice de l’interview pour partager son expérience à tous ceux qui veulent créer leur entreprise dans le secteur de l’. Un joli parcours et de bons conseils qui seront utiles à tous les entrepreneurs, quelque soit leur secteur d’activité !

 Interview Nadia Autier - La fée corsetée

1) Vous avez créé votre entreprise en 2006. 7 ans plus tard, quels sont les conseils que vous auriez aimé que l’on vous donne lorsque vous vous êtes lancée ?

Déjà 7 ans ou presque que La Fée Corsetée a vu le jour ! C’est une jeune fée encore mais sa vie est déjà bien remplie. Son histoire n’est pas forcément intéressante pour tout le monde mais la genèse de sa création peut être tout de même porteuse de clés.

Portrait Nadia AutierIl y a 7 ans, je n’avais “que” 23 ans, c’est bien jeune pour certains pour ouvrir sa boutique. Mais en même temps on vous materne un peu et lorsque j’ai poussé la porte de la chambre des métiers de Limoges, tout le monde m’a aidé.

Il est difficile de savoir quelles petites choses auraient pu me faciliter ce début. Avant l’ouverture il a fallu faire le stage de compta/administratif/droit de la chambre des métiers et malheureusement ce dernier n’est pas mis à notre hauteur. Les exemples donnés sont toujours pour des grosses entreprises avec gros budgets, salariés…Pourtant les 15 stagiaires présents étaient tous sans budget conséquent et montaient leur business pour créer leur propre emploi. L’embauche viendra peut-être plus tard mais nos questions de débutants sont souvent restées sans réponse. “Nous verrons plus tard” : voila ce que l’on nous répondait.

Alors un conseil : poussez les portes des administrations en personne pour parler de votre cas précis avec vos questions précises. Ne pas garder des questions “bêtes” en suspens…

Après l’ouverture c’est le florilège des commerciaux de tout type ! “mettez une pub dans notre superbe magasine”, “inscrivez vous dans notre annuaire”, “publiez dans le journal” . La tentation est grande car ils savent bien faire leur travail.
Alors budgétez bien la partie communication avant de débuter et ne craquez pas pour tout et souvent n’importe quoi !

2) Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontée en tant qu’artisan ?

Des difficultés il y en a tous les jours, même 7 ans plus tard car il faut toujours prendre des décisions.

  • Ce corset plaira t-il en bleu ou en rouge ?
  • Lequel se vendra et lequel restera sur son portant?
  • Est ce que faire ce salon serait un plus ou une perte de temps ?
  • L’investissement en vaut-il le coup ?
  • Garder ma boutique en ville avec vitrine ou prendre un appartement pour faire un show room ?

Au jour le jour, voila les difficultés rencontrées, c’est un peu comme des choix de vie. Car il ne faut pas se leurrer, lorsque l’on est a son compte comme on dit, la vie personnelle et professionnelle sont étroitement liées… Le plus compliqué reste la partie administrative… Encore que “compliqué” n’est pas le bon mot, plutôt chronophage.  Passer 20 coups de téléphone  pour mettre a jour un rappel de cotisations que vous avez déjà réglé le mois dernier, ça c’est une vraie difficulté! Ou encore votre médecin traitant, déclaré 3 fois qui vous annonce à la 4ème visite que ce n’est toujours pas pris en compte . Bref payer la consultation ou se battre encore une fois pour que cela soit enfin enregistré par l’administration ? Je me pose régulièrement la question!

La Fée corsetée dans la presse

3) Comme vous êtes une fée :-), imaginons que vous ayez une baguette magique  : quelles sont les premières mesures que vous prendriez pour soutenir les  ?

C’est pour cela que la mesure principale serait de simplifier, de purifier (si si) les administrations artisanales ! Trop d’énergie perdue et de temps et donc…. d’argent ! Car oui même les fées en ont besoin!

Ensuite, il faudrait que les administrations soient plus rigides pour cocher la case “artisan”. On passe tous à un moment donné par la case “salon de l’ et foire artisanale”. Il est déplorable de voir que ces manifestations ne font pas le tri entre création artisanale et revente du produit artisanal fait a la chaîne a l’autre bout du monde qui bien sûr casse les prix.

Bien sûr le Made in France devrait être mis en avant, cela fait son chemin tranquillement , j’espère qu’une vraie reconnaissance viendra rapidement!

4) Dans son pacte pour l’artisanat, Sylvia Pinel annonce vouloir promouvoir le savoir-faire français. Vos clients sont-ils sensibles au « made in France » ?

Le chemin est encore laborieux, pour les robes de mariées il y a un business terrible entre le créateur, la boutique filière d’une grande marque, le revendeur web, et le copieur Made in China qui refait un modèle que j’ai pu créer pour 50€. (J’ai un article sur mon blog ou je développe tout cela : the Wedding Team / http://theweddingteam.fr/robes/robe-de-mariee-prix-ethique/ )

Lorsque je prends le temps d’expliquer à une cliente les différences, elle comprend très bien et ouvre les yeux sur sa consommation, car cela est valable pour beaucoup de produit.

Je lui dis bien qu’il ne s’agit pas de passer pour tout par le créateur, la franchise en bas de sa rue sera très bien également, mais il faut qu’elle assimile les différents modes de fonctionnement et qu’elle puisse juger par elle même les prix pratiqués. Pour ce faire, connaître la provenance de l’article, de sa fabrication serait un point important!

En tant que créatrice j’ai tout de même beaucoup de demoiselles qui sont fières de faire travailler la couturière de leur région. Souvent ces mariées font également faire leur alliances par un bijoutier proche d’elle… Elles ont la notion de “fait main” qui, oui, prends du temps et ,oui , cela a un coût.

Expliquer les choses est la base de tout mais faire un label “made in France” sans expliquer aux gens la différence économique pour leur pays ne servira à rien je pense!

5) Vous êtes très présente sur les réseaux sociaux et vous avez réussi à fédérer une importante communauté autour de votre page « fan ». Ce média vous a t-il permis de développer vos ventes ? Conseilleriez-vous aux de développer leur communication en ligne ? (site web, réseaux sociaux, boutique en ligne…)

Peut être parce que j’ai commencé jeune, je ne voulais pas de l’image de la couturière au fond de son échoppe, derrière sa machine a coudre avec le mètre ruban autour du cou !
Sur les deux boutiques que j’ai eu (Limoges puis Le Cannet , la machine a coudre a toujours été visible, mise en valeur même.
Et avec cette vision moderne, le coté web était une évidence.

Mon concubin étant webmarketeur (Rémy Bigot- Monter Son Business ) cela aide, il faut bien l’avouer. Donc dés le début le site web a été lancé.ll y a 7 ans, c’est un forum de discussion qui était lié au site pour que les mariées parlent de leur projet, de leurs préparatifs. J’y montrais également les créations en cours. Mais le temps passe et les évolutions du web également, au-revoir  le forum et bonjour Facebook! La petite communauté présente sur le forum m’a suivie.

ll faut reconnaître que dans le monde féminin dans lequel je travaille, les filles sont très curieuses et voir l’avancée d’une robe avec juste une petite photo, une matière, leur demander leur avis sur telle ou telle finition, vivre a travers leur écran la vie de l’atelier elles aiment ! Et la communauté a grossi.

Près de 8000 fans aujourd’hui qui regardent dans l’atelier a travers leur fenêtre d’ordinateur. Les filles suivent aussi les péripéties de Vanille, la
lapine de l’atelier. Le but reste d’être  la plus conviviale possible, partager des choses, faire des cadeaux, et former une famille!

6) Comme tous les , vous avez du prospecter pour trouver vos premiers clients. Quels ont été les actions qui ont été le plus efficaces dans votre secteur d’activité ?

Dans l’, comme dit plus haut je pense que la première chose et de se faire voir, de montrer son travail ! C’est ainsi que je me suis retrouvée plus d’un dimanche entre le banc de saucisson et le banc de la fabrique de savon sur les marchés/foires artisanales.
Travaillant sur mesure les gens n’achetaient rien, peu de pièces étaient à la vente, mais ils apprenaient à connaître mon travail, étaient curieux et repartaient  avec la carte de cette petite jeune qui fait des corsets !!!

C’est un budget et du temps, mais attention il faut faire les petits salons exclusivement dans un premier temps. Les grands salons sont trop onéreux et surtout vous êtes noyés dans la masse des prestataires.

Bref, entreprendre dans l’ est une sacrée belle aventure, nous avons notre métier dans les mains, il suffit juste des ouvrir pour les montrer au monde !

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