Formation, compte personnel de formation, droit formation : Réforme de la formation : 25 000 organismes de formation pourraient bientôt fermer

Le 9 mai 2015, après 10 ans d’existence, l’organisme de formation Success Story Pro a été mis en liquidation judiciaire. Les 13 salariés des deux sites d’enseignement linguistique se sont retrouvés au chômage.

La directrice a expliqué avoir subi une chute brutale de son chiffre d’affaires suite à la réforme de la formation : les organismes de financement qui gèrent les dossiers de formation professionnelle des salariés ont rejeté quasiment toutes les demandes. Pendant 5 mois. (source) Son entreprise n’a pas survécu….

Ce cas est loin d’être isolé. Les consultants indépendants qui proposaient des formations professionnelles et les petits organismes de formation sont lourdement touchés par la transformation du DIF (droit individuel à la formation) en CPF (compte personnel de formation).

D’après le mouvement de contestation les Hiboux (voir ici et ici), co-lancé par Guillaume le Dieu de Ville (le co-fondateur de Lingueo) 25 000 organismes de formation sont menacés de fermeture. Au total, 75 000 personnes pourraient se retrouver au chômage…

Voici pourquoi.

Ce dossier est réalisé à l’occasion des 3 Jours de la Formation du 2 au 4 juin 2015 sur Gautier-Girard.com.

La réforme de la formation professionnelle : des entreprises ferment

 Le passage du DIF au CPF : les raisons de la grogne

Depuis le 1er janvier 2015, le DIF (droit individuel à la formation) a été remplacé par le CPF (compte personnel de formation). A ce sujet, vous pouvez consulter ce dossier : le Compte personnel de Formation devient obligatoire.

Au départ,  l’idée était de limiter certains abus et de permettre aux salariés d’accéder plus facilement à des formations qualitatives. Par exemple, avec le CPF, le salarié n’a plus besoin de l’accord de son employeur s’il veut suivre une formation en dehors de ces heures de travail.

Le bien-fondé de la réforme n’est d’ailleurs pas contesté.

Mais en pratique, de nombreux problèmes se posent.

La liste des formations éligibles au CPF est en effet très restreinte. Les formations doivent être obligatoirement qualifiantes (certificats de qualification professionnelle…) ou diplômantes (brevet pro, licence, master….) et correspondre “aux besoins de l’économie à court et à moyen terme”.   Sont uniquement acceptées :

  • les formations qui permettent d’acquérir le socle commun de connaissances et de compétences qui est fixé par décret (exemple : la maîtrise du français, les formations linguistiques mais surtout l’anglais….)
  • les actions qui permettent d’accompagner la validation des acquis de l’expérience
  •  les formations inscrites sur une liste nationale de branche, une liste nationale ou régionale interprofessionnelle

Or, pour de nombreuses entreprises, ces formations ne correspondent pas à leurs besoins. Les salariés ou les chômeurs ne peuvent plus se former en développent personnel (gestion du stress, coaching…), en commercial, en vente, en communication, au web, à la bureautique (word, excel), à certaines langues (comme le chinois), aux conversations dans une langue étrangère, aux métiers de la sécurité, aux hautes technologies …  Un diplôme n’est pourtant pas la seule solution pour trouver un emploi, pour le conserver  ou pour avoir une évolution de carrière !

Donc la demande en formation diminue.

Autre problème :  du côté des prestataires,  il n’est pas évident de proposer une formation remplissant tous les critères pour être validée (les dossiers sont très compliqués à monter) et les délais pour être inscrits sur une liste peuvent être très longs (il faut compter 18 mois en moyenne pour qu’une formation soit éligible).

Les chiffres du CPF après 5 mois d’existence

Depuis que le CPF existe, seulement 1000 dossiers ont été acceptés. Avec le DIF, sur la même période, il y avait 250 000 dossiers validés.

Une centaine d’organismes de formation auraient déjà mis la clé sous la porte.

Face aux critiques, certaines formations ont été rajoutées au CPF comme les formations aux tests de langue. Celles liées à la bureautique devraient également devenir éligibles.

Une campagne de communication devrait également être lancée par le gouvernement pour promouvoir le CPF. Mais comme aucune date officielle n’a été arrêtée, le Medef a décidé de prendre les devants pour soutenir la réforme de la formation professionnelle via deux campagnes de sensibilisation du 25 mai au 2 juillet puis du 24 août au 1er octobre 2015.

De son côté, la CGPME tire la sonnette d’alarme : au premier trimestre 2015, le marché de la formation a baissé de 15%. Fin mai, la baisse était estimée à 30%.

La réunion organisée demain par le ministère du Travail autour du CPF s’annonce agitée.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Crédit photoShutterstock.com
Mettre en favoris et partagerEntreprise»Abonnement