Concurrence, concurrence déloyale, travailleurs détachés : Concurrence déloyale : Faut-il craindre la concurrence des artisans étrangers ?

Hier, on entendait parler du plombier polonais. Aujourd’hui, ce sont les routiers ou les travailleurs du BTP, venus des pays de l’Est, qui sont la cible de toutes les critiques.

Ces craintes sont-elles réellement justifiées ?

Concurrence deloyale et artisans étrangers

En réalité, c’est comme avec le travail au noir ou au gris : le seul bénéficiaire, c’est celui qui triche. Qu’il soit artisan ou non.

Avec les travailleurs détachés, il y a 3 victimes par ricochet :

  • les travailleurs détachés eux-mêmes (voir explications ci-dessous)
  • les petits artisans, qui souffrent d’une concurrence déloyale
  • les salariés français, jugés “trop chers” par rapport à des ressortissants venus des pays de l’Est

 La loi détournée par des “patrons voyous”

Ce que dit la loi : Les salariés étrangers doivent bénéficier des mêmes droits que les salariés français. Ce qui signifie que pour un travail similaire, les conditions de rémunération doivent être identiques, tout comme les droits aux congés, au chômage, à la retraite, et les conditions d’hygiène, de sécurité et d’hébergement.

Mais dans la réalité, ce n’est pas si simple.

Les ressortissants des pays européens ont ainsi le droit d’occuper un emploi en France sans qu’il soit besoin d’autorisation de travail.  Alors certains n’hésitent pas à faire appel à des travailleurs venus d’autres pays, pour des “petits boulots”, afin de profiter ensuite de leur situation précaire et leur imposer des conditions de travail illégales.

En  septembre 2013, un domaine viticole a ainsi été épinglé (source) pour avoir mis “ses” ouvriers portugais à la disposition d’autres patrons en ne les payant qu’au niveau du smic de leur pays, soit 500 euros par mois. Ils étaient isolés et leurs conditions de travail étaient déplorables.

Une situation également très fréquente dans le secteur du bâtiment.

Le problème du dumping social et de la sous-traitance

Il est très facile de faire appel à la sous-traitance pour faire venir des travailleurs “low cost”.  Autre point noir : là encore, les règles du droit du travail sont rarement respectées.

Selon la CAPEB (source), 40 % des travailleurs détachés exercent dans le BTP. Leur nombre aurait augmenté de 985 % entre 2004 et 2011 (+ 57 792 salariés).

Théoriquement, dans ce cas là, si l’entreprise française doit s’acquitte du paiement du salaire et des droits sociaux, les cotisations sociales restent au niveau du pays d’origine. Ce qui fait une grosse différence.

A titre d’exemple, sur le chantier du Carré de Jaude à Clermont-Ferrand, certains ouvriers portugais étaient payés 2,86 € de l’heure (source).

Une tentative de réaction pour protéger les secteurs les plus touchés

Suite à la multiplication des scandales, le Gouvernement a décidé de mettre en place une liste noire des entreprises qui fraudent dans le secteur du BTP et de multiplier les contrôles en soirée et le week-end (voir ici).

Autre avancée : une entreprise pourra être poursuivie en justice et sanctionnée en cas de fraude commise par un de ses sous-traitant. Une mesure qui apporte une certaine satisfaction en France, mais aussi à l’étranger.  Jakub Kus, responsable du syndicat des ouvriers du bâtiment Budowlaniec (dont les fameux “plombiers polonais”) estime en effet que  «C’est un progrès pour les travailleurs du bâtiment, le dernier maillon d’une longue chaine de sous-traitants».

La concurrence est inévitable

Il n’en reste pas moins que la concurrence est inévitable. Une entreprise espagnole ou portugaise, qui paie moins de charges sociales notamment, pourra toujours répondre à des appels d’offre en France et remporter des marchés parce qu’elle est moins chère.

Dans l’hôtellerie, dans l’industrie, dans les transports, certains patrons font également appel à des travailleurs détachés (source).

Légal ou non, il y a donc ce dumping qui touche certains secteurs de l’artisanat. Donc la seule solution reste, encore et toujours, de s’adapter et d’innover (voir à ce sujet l’interview de Gérard Caillé dans le secteur de la restauration avec son concept “anti-crise”).  Et si vous ne pouvez pas rivaliser sur les prix, vous devez vous démarquer en mettant en avant le savoir-faire, la souplesse et la disponibilité, la qualité du service (avant et après la vente).

Et vous, êtes-vous confronté à la concurrence déloyale des travailleurs détachés ? Comment luttez-vous contre ce phénomène ?


 Crédit photo : Eric Batholomew

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