Pouvoir d'achat, baisse du pouvoir d'achat, inflation : Baisse du pouvoir d’achat : phénomène médiatique ou tendance de fond de perte de pouvoir d’achat ?

Alors que le phénomène médiatique autour du pouvoir d’achat bat son plein, je vous propose une analyse du pouvoir d’achat sur le plan de la conjoncture économique. Cet article vous donne les raisons conjoncturelles de la baisse du pouvoir d’achat, la réalité de cette baisse ainsi que les implications pour les entrepreneurs.

Les raisons du phénomène médiatique autour du pouvoir d’achat

Je distingue 3 raisons qui expliquent les envolées médiatiques autour de la crise du pouvoir d’achat.

Tout d’abord, une raison politique : le pouvoir d’achat était l’un des thèmes de campagne sur lesquels s’est fait élire le Président de la République. Ensuite s’ajoutent deux raisons économiques : la première raison économique est la baisse du chômage qui crée d’autres aspirations de la part des français. La seconde raison économique est bien l’inflation (augmentation des prix).

Thème de campagne électorale : “je serai le Président du pouvoir d’achat”

On s’en souvient, en 2007 le Président Nicolas Sarkozy alors candidat à l’élection suprême faisait du pouvoir d’achat l’un de ses enjeux de campagne. Il faut savoir qu’au printemps 2006, une enquête de l’IFOP pour le CEVIPOF (Centre de Recherches politiques de Sciences-Po), seuls 10% des français citaient le pouvoir d’achat comme première préoccupation, loin devant l’emploi (38%).

Pendant la campagne, le pouvoir d’achat était donc loin d’être une préoccupation majeure… mais la communication a très bien marché :

En septembre 2007, l’inversion était déjà en cours : 25% des sondés citaient le pouvoir d’achat comme principale préoccupation, contre 34% pour l’emploi. 3 mois plus tard l’inversion était réalisée avec 37% pour le pouvoir d’achat contre 28% pour l’emploi.

Et début février 2008, le pouvoir d’achat devient la principale préoccupation des français : 41% des français citent le pouvoir d’achat comme principale préoccupation, contre 23% pour l’emploi. Soit un écart de 18 points !

On peut donc se demander si la thématique du pouvoir d’achat du candidat Sarkozy n’aurait pas trop marché… l’impression qui ressort est qu’à souffler sur des braises durant toute la campagne, c’est finalement un incendie qui s’est déclaré.

Le chômage diminue continuellement… les français veulent maintenant profiter du pouvoir d’achat

C’est une réjouissance pour l’économie française : le chômage est à un niveau beaucoup plus faible que toutes ces dernières années. Ainsi, au sens du BIT au 3ème trimestre 2007, le taux de chômage de la France est de 7,9% en France métropolitaine et de 8,3% si l’on inclut les DOM-TOM.

Son niveau n’avait jamais été aussi bas qu’en 2002 et sinon, il faut remonter à 1990 pour trouver un chiffre aussi faible, soit avant la déprime des années 1990.

Plus de travail donc, et paradoxalement moins de travailleurs pauvres. En 2004, il y avait en France 1,3 millions de travailleurs pauvres selon l’Observatoire des inégalités. En 1996, selon l’INSEE, le nombre de travailleurs pauvres était de 1,3 millions de personnes… mais la population était alors plus faible. Le nombre relatif de travailleurs pauvres a donc diminué entre 1996 et 2004.

Alors, qu’est-ce qui explique cette crise du pouvoir d’achat ?

L’inflation concerne surtout les biens de première nécessité ce qui grignotte le pouvoir d’achat des revenus des plus défavorisés

L’inflation. Voilà ce qui cause cette crise du pouvoir d’achat. En 2007, l’inflation française s’est élevée à 1,5% mais dégage de fortes disparités. Alors que les produits de loisirs et de confort ont dégringolé (-22% pour les téléviseurs par exemple), les produits de première nécessité (dont on ne peut pas se passer) ont fortement augmenté.

Voici quelques exemples de produits et services qui ont fortement augmenté l’an dernier, creusant le pouvoir d’achat :

  • L’eau chaude a augmenté de +7,7%.
  • L’enlèvement des ordures ménagères a augmenté de 7%.
  • Dans le secteur de l’alimentation, le poulet a augmenté de +5,2%, les légumes de +2,8% (+6,4% pour les plats cuisinés à base de légumes).
  • Les services des médecins ont augmenté de +4,1%, les services d’assurance complémentaire de +4,5%.

En amont, l’augmentation des matières premières est partiellement en cause dans l’augmentation des prix. C’est particulièrement le cas pour tous les produits alimentaires. Voici quelques exemples d’augmentations spectaculaires de matières premières :

  • Le blé coté sur le marché à terme de Chicago a connu une hausse de 53% entre juin 2006 et juin 2007 et le maïs de 60% (source : AFP),
  • Les cours du blé, du maïs et du soja ont augmenté de respectivement 244%, 154% et 150% sur trois ans (source : Le Temps),
  • En France, la tonne de poudre de lait écrémé pour la consommation humaine se négociait en septembre 2007 à plus de 4.000 euros contre seulement 2.200 euros au début de l’année 2007 (source : AFP),
  • Le prix du pétrole a augmenté de +300% depuis cinq ans (source : Banque populaire).

Ce que va faire le Gouvernement pour lutter contre la diminution du pouvoir d’achat

En deux mots, très peu pour contenir la diminution du pouvoir d’achat. Les marges de manoeuvre sont très faibles parce que l’augmentation des matières premières est pour beaucoup dans l’inflation que l’on constate.

Le Gouvernement a promis une opération coup de poing pour mettre à son compte le souci du pouvoir d’achat. Or on se souvient que le Président de la République alors Ministre de l’économie et des finances, avait déjà promis en son temps de faire quelque chose à grand renfort de communication… et cela n’avait pas abouti.

En fait, c’est beaucoup plus une impuissance politique qui est en cause, quel que soit le gouvernement en place.

Les pistes actuelles étudiées par le Gouvernement sont :

  • Les heures supplémentaires incluses dans le paquet fiscal voté à l’été 2007 (augmenter les revenus),
  • La mise en application de certaines mesures du rapport Attali en faveur de la croissance (augmenter l’offre et donc la concurrence entre enseignes de grande distribution),
  • Demander aux producteurs et distributeurs de baisser leurs marges” (je cite François Fillon), reste que le Gouvernement ne peut pas instaurer des mesures coercitives,
  • Baisser la TVA sur certains produits (voulue par une cinquantaine de députés de la Majorité), une annonce faite à l’approche des municipales qui serait bloquée par l’Union Européenne parce qu’elle causerait des distorsions de concurrence.

La baisse du pouvoir d’achat est-il un mal français ou un souci européen ?

La baisse du pouvoir d’achat est assurément un souci mondial parce que l’augmentation des matières premières est un enjeu mondial. Les analystes pensent que les matières premières agricoles par exemple ne baisseront pas avant 2 ou 3 ans au moins.

On apprenait récemment que la Chine et l’Inde elles-mêmes ont instauré des taxes à l’exportation de leurs produits agricoles (blé, riz…) pour contenir la propre inflation de ces produits sur leur marché domestique.

En Espagne, le pouvoir d’achat est rapidement devenu un enjeu de la campagne électorale en cours pour les législatives. La droite espagnole tire sur le gouvernement sortant Zapatero l’accusant d’être responsable de la baisse du pouvoir d’achat… et de ne rien faire.

On voit donc que ce phénomène de perte de pouvoir d’achat est largement dû à l’inflation de certains produits et services qui se présente comme durable. Mais aussi à une entente sur les prix entre les distributeurs et producteurs.

Les solutions se font rares pour le moment, et la situation ne devrait pas s’améliorer avant quelques temps encore. J’ajoute que l’augmentation de la valeur de l’euro par rapport au dollar nous protège partiellement contre l’inflation des matières premières.

Mettre en favoris et partagerEntreprise»Abonnement