Taux d'intérêt BCE, BCE inflation, politique monétaire de la bce : Pourquoi la BCE ne baisse pas ses taux d’intérêt et la stratégie de taux FED-BCE

Comme on s’y attendait, la Banque Centrale Européenne a décidé de laisser son taux d’intérêt directeur inchangé, à 4%.

Le Président de la BCE Jean-Claude Trichet, a réitéré ses craintes à propos de l’inflation qui “reste préoccupante en Europe“. Un assouplissement de la politique monétaire européenne ne semble donc pas encore pour tout de suite en zone euro.

Comme je l’évoque depuis quelques semaines, ces craintes exprimées publiquement confirment que la BCE ne devrait pas assouplir sa politique monétaire avant le second semestre 2008. Je vous propose de revenir sur les raisons, et vous propose un point de vue sur la stratégie en cours.

Trois raisons pour lesquelles la BCE ne baisse pas les taux d’intérêt

A mon avis, trois raisons expliquent la politique monétaire actuelle de la BCE et de son Président Jean-Claude Trichet.

Des raisons économiques

Les pressions en matière d’inflation sont très fortes.

Tout d’abord l’inflation en zone euro ainsi que dans l’ensemble de l’Union Européenne. Même les prix de la production industrielle continuent leur ascension, malgré l’extrême force de la parité euro/dollar en faveur de l’euro. Or cette inflation n’est pas saine puisqu’elle s’accompagne d’une croissance économique faible.

La BCE choisit donc clairement de segmenter les devoirs de chacun. “Moi, c’est l’inflation. La croissance, c’est pour les politiques” :

  • La BCE doit faire son boulot, à savoir limiter l’expansion des prix.
  • Tandis que les pouvoirs politiques doivent faire le leur, qui consiste à poursuivre les réformes en vue de lever les freins à la croissance et d’autre part à favoriser la croissance.

Des raisons politiques

Les pouvoirs politiques, notamment français, se tirent une balle dans le pied à demander expressément à la BCE d’intervenir. Chacun sait que la politique monétaire de la BCE est indépendante, et chacun sait que l’existence de la BCE est dédiée à contenir l’inflation. Ses statuts ne prévoient pas de prérogatives en matière de croissance économique.

Or, lorsqu’on demande poussivement à quelqu’un de faire quelque chose alors que ce quelqu’un est sensé être indépendant, la réaction est claire et évidente… ne pas faire ce que les politiques demandent. En effet, si la BCE décidait maintenant de baisser ses taux d’intérêt, elle perdrait toute crédibilité. On ne lui ferait plus confiance.

Des raisons internationales… la FED est à la manoeuvre

Depuis plusieurs semaines, même plusieurs mois (décembre 2007), la FED est clairement et massivement à la barre de l’autre côté de l’Atlantique. Comme je le disais plus haut, la BCE fait son boulot aussi sur le plan international. En zone euro l’inflation est menaçante et la BCE n’a pas de prérogative en matière de croissance économique. C’est le travail exclusif de la BCE de tenter de juguler l’inflation dans sa zone.

Or la réserve fédérale américaine (FED) peut intervenir en accord avec l’Administration américaine en vue de soutenir la croissance des Etats-Unis. C’est donc de plein droit que la FED intervient pour injecter des liquidités et baisser ses taux d’intérêt. Cela pose des problèmes de change mais il semble que la FED soit décidée à laisser ce souci du côté américain.

Mon avis sur la stratégie monétaire en cours entre FED et BCE

En pleine année électorale aux Etats-Unis, mon opinion est que la FED veut soutenir au maximum l’économie au premier semestre afin de la relancer. Quitte à créer de l’inflation, quitte à laisser couler le dollar.

Le but étant que l’économie américaine se porte mieux au second semestre. Cela donnerait des leviers pour durcir à nouveau la politique monétaire (afin de juguler l’inflation) et redonner des couleurs au dollar au détriment de l’euro.

Du côté de la BCE, la stratégie serait pratiquement inverse. C’est à dire s’occuper dès maintenant de l’inflation au risque de freiner la croissance économique, puis déserrer les taux d’intérêt au second semestre 2008 une fois que la croissance européenne serait soutenue par la reprise aux Etats-Unis.

Le ticket serait donc :

  • FED : Semestre 1- soutenir la croissance, Semestre 2- juguler inflation, favoriser la remontée du dollar.
  • BCE : Semestre 1- juguler l’inflation, laisser l’euro s’apprécier, Semestre 2- déserrer la politique monétaire.

Qu’en pensez-vous ? Pensez-vous que cela pourrait fonctionner ?

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