Taux d'intérêt BCE, taux d'intérêt zone euro, politique monétaire de la bce : Numéro spécial BCE et taux d’intérêt : pourquoi la BCE augmente ses taux d’intérêt

La Banque Centrale Européenne vient d’annoncer par l’intermédiaire de Jean-Claude Trichet l’augmentation des taux d’intérêt en zone euro.

Cette augmentation intervient dans un contexte défavorable sur tous les plans économiques. C’est pourquoi nous vous présentons, avec Eric Mussard, un numéro spécial dédié à la BCE et aux taux d’intérêt.

Pourquoi la BCE augmente ses taux d’intérêt ?

On en parle ici depuis quelques mois, c’est fait : Jean-Claude Trichet, Président de la BCE, a annoncé une augmentation des taux d’intérêt en zone euro.

Le taux d’intérêt directeur de la Banque Centrale Européenne augmente ainsi de 4% à 4,25%, soit une augmentation d’un quart de point. Cette annonce fait suite à l’augmentation de l’inflation en zone euro qui inquiète la BCE au plus haut point. Alors que l’inflation a battu des record au mois de mai, on s’attend à un mois de juin catastrophique sur le plan de l’inflation. J’y reviendrai prochainement.

Alors que le spectre de la stagflation (inflation et faible croissance économique), cette nouvelle fait trembler l’économie européenne qui craint un nouveau ralentissement de l’activité. Voici les chapitres d’un scénario écrit d’avance.

On annonçait pour notre part depuis 5 mois l’augmentation des taux d’intérêt pour cet été :  alors que tous les analystes prédisaient depuis début 2008 une baisse des taux d’intérêt, nous disions exactement le contraire.

Pourquoi la BCE augmente ses taux d’intérêt

Cette chronique d’augmentation des taux d’intérêt se déroule en 4 chapitres :

  • La BCE, ses missions et les taux d’intérêt
  • Une conjoncture économique mondiale fébrile avec des tensions sur les prix des matières premières
  • La politique de change de la FED
  • L’inflation qui se renforce en zone euro

Vous êtes prêts ? Analysons donc les raisons de cette augmentation des taux d’intérêt par la BCE.

La BCE et l’inflation : une seule mission prioritaire

Comme nous en parlions dans ce 1er numéro spécial BCE et taux d’intérêt, le traité de Maastricht n’a donné à la BCE qu’une seule mission prioritaire. Qu’ une seule aiguille à [son] compas comme le dit Jean-Claude Trichet. Cette mission prioritaire, c’est la maîtrise de l’inflation en zone euro.

En 2007, la BCE avait stoppé son cycle de hausse des taux pour faire face à la crise financière. Seulement voilà : les chiffres inquiétants de l’inflation la contraignent aujourd’hui à reprendre son cycle… après la période d’attentisme dont nous avions parlé.

Une conjoncture économique mondiale fébrile

Tous les jours à la télévision ou presque, on annonce un nouveau prix record et symbolique du baril de pétrole. Une hausse des prix des matières premières et notamment alimentaires, des émeutes de la faim, des jacqueries, le dollar en chute…

Ce n’est pas la crise économique à proprement dit parce que les taux de croissance restent positifs. Mais le Village Monde se porte mal.

La politique de change de la FED

En 2006, une erreur de la Réserve Fédérale américaine - La FED - a envoyé des milliers d’américains à la rue à cause de la crise des sub-primes.

Le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions. C’est la morale que Ben Bernanke, le Président de la FED, doit retenir des dernières décisions d’Alan Greenspan (ancien Président de la Réserve Fédérale américaine).

Souhaitant éviter la crise économique aux Etats-Unis, la FED a accouché d’une crise financière qui a plongé le monde de la finance dans le marasme. En 1 an, le CAC 40 perd plus de 1500 points et les banques ont annoncé des pertes abyssales.

Fin 2007, les 94,8 milliards d’euros injectés par la BCE dans le système financier européen et les 24 milliards de dollars US injectés par la FED n’ont pas suffi pas à endiguer la crise financière.

Pour sauver les meubles, la FED tient à conserver son taux de change à un faible niveau. Ceci afin d’assouplir les finances américaines suite aux crises immobilière et financière, mais surtout pour soutenir les exportations US.

L’élément perturbateur : les nouveaux chiffres de l’inflation en zone euro

Les derniers chiffres de l’inflation en zone euro offrent un nouveau record : près de 3,7% d’inflation en mai 2008.

Une note avancée d’Eurostat prévoit 4% d’inflation en zone euro au mois de juin.

Ce n’est pas un hasard si la BCE réagit juste après cette première prévision avancée d’inflation. C’est en effet quelques jours plus tard que Jean-Claude Trichet annonce une augmentation des taux d’intérêt directeur à 4,25%, soit son record depuis 7 ans.

Que va t-il se passer après cette augmentation des taux d’intérêt ?

Les réactions à l’augmentation des taux de la BCE

L’annonce de la BCE sur l’augmentation de ses taux ne fait pas que des heureux, c’est le moins que l’on puisse dire.

Ce genre d’annonce n’est pas très bénéfique pour les personnalités politiques européennes. Christine Lagarde n’est “pas convaincue de l’opportunité” d’augmenter à nouveau les taux de la BCE a t-elle déclaré. Selon Madame le Ministre, le risque de stagflation est trop fort. L’avis est partagé par le ministre allemand des finances, Peter Steinbrück qui craint que la hausse des taux de la BCE augmente le risque de stagflation.

De son côté, José Luis Zapatero, Président du Gouvernement espagnol demande à la BCE “une certaine flexibilité, en particulier parce que l’inflation en Europe est surtout due à l’augmentation des prix du pétrole et des aliments et non à un excès de la demande interne“.

Les données internes et externes restent très défavorables à l’Union Européenne

Comme une odeur de dollar parfumé au pétrole et aux matières premières

Les faits sont là, l’annonce de l’augmentation des taux d’intérêt s’est suivie d’une nouvelle augmentation de l’euro par rapport au dollar US. Le Président de l’OPEP, Chakib Khelil accuse la BCE de mettre de l’huile sur le feu.

Peut-on lui donner tort ? Oui et non.

En effet, la mécanique des changes est ainsi faite qu’une hausse des taux d’intérêt en zone euro entraîne la hausse de l’Euro par rapport au Dollar. Le cours du pétrole étant fixé en Dollar, toute baisse du Dollar contraint les vendeurs à augmenter le prix du baril pour compenser la perte.

Il en va de même pour les denrées alimentaires dont les prix sont fixés en dollar.

Mais Chakib Khelil sait très bien que la BCE n’est pas seule responsable de la hausse du cours du baril. Il a lui même déclaré que la hausse du prix était dûe aux trois phénomènes suivant :

  • La crise économique et financière aux Etats-Unis
  • Les tensions géopolitiques, notamment la crise entre les Etats-Unis et l’Iran
  • La montée en puissance du bio-éthanol.

La menace de l’augmentation des salaires

Bien que le pouvoir d’achat en France soit en diminution et malgré quelques réclamations ci et là de professionnels, on peut remarquer un étonnant attentisme des français qui sont peu à réclamer des augmentations de salaires.

Pourtant ces demandes seraient légitimes. Mais sur le fond, ce serait une mauvaise affaire : une inflation qui génère des augmentations salariales nourrit cette inflation.

En effet, ces augmentations salariales provoqueraient un accroissement des coûts de production, donc une perte de productivité des entreprises qui se répercuterait tout ou en partie sur les prix de vente. La BCE se retrouverait alors devant une spirale inflationniste forte avec une croissance que les dernières prévisions annoncent alarmantes pour 2008 en France.

Les taux d’intérêt devraient continuer à augmenter…

En l’absence d’une meilleure solution ou d’un élément nouveau, comment la BCE pourrait faire autrement qu’augmenter à nouveau ses taux ?

La probabilité reste forte que les taux poursuivent leur augmentation (après une pause estivale ?)

A l’origine, la construction économique européenne avait pour but de combiner les politiques économiques et monétaires que l’on sait plus efficaces lorsqu’elles sont conjointes. Or, les Etats-Membres de la zone euro ne parviennent pas à s’entendre sur les politiques économiques et doivent faire face à un nouveau fiasco des institutions européennes.

Il ne reste plus à la BCE qu’à intervenir et son seul cheval de bataille, ce sont les taux d’intérêt.

L’objectif de la BCE est de maintenir le taux d’inflation autour de 2%, or il est en mai à 3.7% et annoncé en juin à 4%. Ce ne sont pas les soucis de croissance faible qui effraient les autorités monétaires. La politique de la Banque de France des années 80 et 90 pour maîtriser l’inflation a été de faire flamber les taux d’intérêt… au risque d’un taux de croissance négatif en 1993, en France.

Si ce mal est nécessaire, la BCE devrait s’y contraindre malgré les pressions.

Entre déflation et croissance nulle

Les inquiétudes de Christine Lagarde sont bien fondées, l’augmentation des taux d’intérêt va à nouveau freiner la croissance qui s’oriente déjà vers un chiffre à zéro pour la France en 2008.

Des voix s’attendent à une rétractation de la BCE due à la fébrilité de l’économie européenne et une possible accalmie sur les prix du pétrole. Est-ce un effet d’annonce ? Probablement. Si on tient compte des dires du président de l’OPEP, on remarque qu’il table sur un baril entre 150 et 170 dollars pendant l’été. Et même à un baril à 250 dollar si l’Iran venait à fermer le robinet du pétrole.

Les actions de la BCE amplifieront ces augmentations à court terme. Mais théoriquement, contraignant les agents économiques de la zone euro à diminuer leur consommation, la hausse des taux d’intérêt obligera les prix à se stabiliser.

Encore faut-il ne pas compter sur des revendications salariales très légitimes en cette période de crise du pouvoir d’achat. En plus des éléments extérieurs qui importent de l’inflation (pétrole, matières premières, etc), la zone euro se retrouverait avec une poussée interne d’inflation.

Un miracle, sinon rien : consommons, investissons et créons des entreprises !

Une voix s’est élevée pour annoncer un soutien à la politique de la BCE. Suite à l’intervention de Peter Steinbrück (ministre des finances allemand), c’est le ministre de l’économie allemande Michael Glos qui a rappelé que “la stabilité et la confiance dans la politique monétaire sont les fondements d’une croissance et d’un niveau d’emploi durables“.

Pour notre part on ne s’en est jamais cachés, la politique de la BCE nous paraît tout à fait conforme à ses statuts ainsi qu’à la conjoncture. Si cette politique ne convient pas, c’est aux citoyens et aux politiques de la réformer. C’est un tout autre débat.

En attendant, la crédibilité de la BCE est prédominante dans l’efficacité de ses politiques monétaires. Il est donc indispensable qu’elle se tienne à ce qu’elle à dit si aucun chamboulement n’arrive.

La conclusion est là : alors que le moral des ménages est à un bas niveau, nous proposons :

  • De ne plus regarder les informations (sauf ce site web)
  • D’être heureux
  • De consommer
  • D’investir
  • De créer  des entreprises

Fuir en avant, ne pas se retourner pour éviter le pire. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Crédits sources et illustrations de cette analyse économique

Sources et illustrations de cette analyse économique :

  • Crédits sources extérieures : AFP, Challenges, Libération, Les Echos.
  • Crédit photo/image : copyright Gautier Girard. Tous droits réservés, reproduction interdite.
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