Travail au noir, travail au gris….Le travail dissimulé explose en France, avec de lourdes conséquences sur l’économie. Parce que ne rien déclarer, ou ne pas déclarer assez, c’est aussi participer à un cercle vicieux qui tire tout le monde vers le bas.

Explications.

Travail au gris et travail au noir en france

La France, victime de la théorie de Laffer ?

Arthur Laffer est un économiste américain qui, à la fin des années 70, a formalisé une théorie déjà très répandue et qui considère que “trop d’impôt tue l’impôt”. Il a schématisé son analyse dans une courbe connue sous le nom de “courbe de Laffer” (dont on entend souvent parler dans les débats politiques).

Grosso modo, l’idée est qu’au-delà d’un certain taux d’imposition, le produit de l’impôt diminue puisque l’assiette fiscale  (le montant qui sert de base au calcul de l’impôt) baisse. L’augmentation d’impôt est donc contre-productive car cela contraint les entrepreneurs et les salariés à trouver des parades pour maintenir un niveau de revenu identique : déménagement à l’étranger, exil fiscal, travail au noir, travail au gris….

La France serait-elle victime de cette théorie ?

En tout cas, le travail au noir (ne pas déclarer les heures travaillées) et le travail au gris (déclarer partiellement les heures travaillées) explosent… La fraude au travail dissimilé représenterait entre 4 et 10 % du PIB !

Le dernier baromètre O2-Market audit relève que :

  • un Français sur trois travaille ou a travaillé au black (2008 : 13,5 %)
  • 20 % des Français ont recours au travail au gris (2008 : 2%)

Les coûts de rabots successifs sur certains avantages fiscaux coûteraient donc au final beaucoup plus cher que les sommes qu’ils sont censés rapporter….

Un exemple avec le secteur des services à la personne

Selon le Figaro, le coût du travail aurait augmenté de 12% en deux ans suite à la baisse des avantages fiscaux liés au travail à domicile.

Résultat : l’Urssaf  constate une diminution du nombre d’heures déclarées par les particuliers employeurs de 8%….alors que le nombre de particuliers employeurs n’a baissé que de 2% (source).

Les secteurs qui fraudent le plus

Les champions du travail au noir et du travail au gris seraient :

  • le BTP : plus de la moitié des fraudes (source)
  • les services à la personne
  • l’hôtellerie et la restauration (12,3 % des entreprises redressées)
  • le commerce de détail alimentaire (environ 10 %)

Travail au noir, travail au gris : un mode de survie, oui mais….

Travail au noir et travail au gris

Beaucoup d’entrepreneurs et de salariés disent qu’ils n’ont pas le choix et qu’il s’agit d’une “façon de survivre”. Oui mais…ce n’est pas forcément si simple.

Tout simplement parce que cette vision à court terme détruit aussi, lentement mais sûrement, les entreprises et l’économie française.

Il faut savoir par exemple que le travail au gris est financé par la Sécurité Sociale : le travailleur qui déclare partiellement ses heures bénéficie d’une couverture sociale, et il continue parfois à percevoir des aides. Au total, le coût de cette fraude est estimé à 15 milliards d’euros par an.

Ce manque à gagner va alors devoir être financé par les entreprises et les salariés, par le biais de taxes et d’impôts en tous genres. Sans compter que le travailleur au noir/au gris y perd, puisqu’il ne cotise pas ou pas suffisamment pour le chômage et la retraite par exemple. L’employeur risque des sanctions pénales (3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende) mais aussi l’interdiction d’exercer son activité, la confiscation du matériel, la fermeture de son établissement…

Sans compter que cela crée aussi une situation de concurrence déloyale : les tarifs pratiqués par les entrepreneurs qui font du travail au noir ou du travail au gris ne seront pas les mêmes.

Au final, c’est donc tout le monde qui en pâtit !

Crédit photo : merci à Jeni RodgerEvert Nelson

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